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Élevage bovin
Une réflexion fructueuse et aboutie pour le Gaec Lardé Carouge

Atelier laitier, allaitant ou les deux ? Dans la Somme, les associés du Gaec Lardé Carouge ont engagé une réflexion pour améliorer la cohabitation de ces activités au sein de leur exploitation, et investir en conséquence.

Nicolas et Sébastien Carouge (à droite et au centre) avec Thomas, apprenti au Gaec Lardé Carouge.
Nicolas et Sébastien Carouge (à droite et au centre) avec Thomas, apprenti au Gaec Lardé Carouge.
© D. R.

En 2020, Sébastien et Nicolas Carouge, associés du Gaec Lardé Carouge à Maison Roland dans la Somme étaient en plein questionnement sur l’avenir de leurs troupeaux. 85 vaches laitières, 40 vaches allaitantes et 200 hectares engendrent en effet une grosse charge de travail, et encore davantage lorsque les outils (bâtiment et salle de traite) n’ont pas suivi l’augmentation du cheptel. Pour améliorer l’efficacité et les conditions de travail, l’investissement est une des solutions envisageables, tout comme la réduction de l’effectif pour le redimensionner à l’existant. Ici, la question s’est posée essentiellement en termes économiques puisque le désir de maintenir l’élevage est intact. Dans ces conditions, lorsque les éleveurs reçoivent leurs résultats de gestion en 2020 pour l’ensemble de l’exploitation, ils s’interrogent sur l’intérêt économique de l’atelier lait et sur son avenir. «À ce moment de la réflexion, nous envisagions de réduire fortement l’effectif laitier afin de dégager du temps en faveur de l’atelier allaitant. Nous étions persuadés que le temps de travail était mieux rémunéré avec la viande», raconte Sébastien Carouge.

 

Une problématique bien posée

En prenant le temps de poser tous les chiffres afin de préciser l’exactitude des résultats économiques de chaque atelier, les éleveurs et Julien Lamy, conseiller d’ACE, tirent une conclusion toute autre. «Finalement, c’est le lait qui faisait le résultat économique. L’atelier viande était pénalisé, entre autres, par des surfaces en herbe sous exploitées.» Le maintien de l’effectif laitier est alors acté. Mais, l’amélioration du temps de travail et de ses conditions implique des investissements ; la stabulation des vaches laitières de 50 places était saturée et la traite durait parfois près de 2h30. Rapidement, les éleveurs envisagent la construction d’un nouveau bâtiment. «Pour commencer, Julien nous a demandé d’imaginer la solution de nos rêves pour ensuite l’adapter à notre capacité de financement.» Durant leur démarche, Sébastien et Nicolas sont allés à la rencontre d’autres éleveurs pour enrichir leur réflexion et affiner leurs choix : une aire paillée pour la valeur agronomique du fumier et le bien-être des animaux, des filets qui s’ouvrent de bas en haut sur les longs murs pour maximiser la ventilation et, même si la traite est loin d’être une corvée, l’installation d’un robot de traite pour répondre à la problématique «main-d’œuvre».

 

Un contexte favorable

Après quelques ajustements techniques avec le conseiller bâtiment d’ACE (le nombre et la disposition des tôles translucides, l’abreuvement, les entrées sur l’aire paillée…), une demande de permis de construire est déposée en janvier 2021 pour un bâtiment de 120 places. «Ensuite, tout est allé très vite, à cette époque (contexte de Covid et de confinements) les entreprises ont pu être très réactives et les premiers travaux ont débuté dès la fin du mois d’avril», se souvient Sébastien qui précise également «Nous avons eu beaucoup de chance ! Les taux bancaires étaient encore bas, les matériaux n’avaient pas encore subi de hausse et le plan d’investissement a été établi avec le prix du lait de l’époque.»

Le bâtiment est livré sans les aménagements intérieurs en novembre 2021. Pendant les mois qui suivent, les deux frères assurent les travaux et préparent la livraison des deux stalles de robot GEA. «C’était une période intense qui nous a demandé du temps et beaucoup d’énergie, et même si nous avions un peu réduit l’effectif allaitant, les résultats techniques s’en sont un peu ressentis.» En effet, afin de resserrer la période de vêlages, le cheptel viande est revu à la baisse de quinze vaches. Cette décision est aussi un moyen de libérer de l’espace pour élever quelques génisses laitières supplémentaires et ainsi répondre à une première attribution de 150 000 litres par la laiterie pour la campagne 2022.

 

Planning tenu, météo imprévue !

En septembre 2022, le planning est tenu et les robots sont prêts pour la mise en service. «Nous savions que ce serait une période difficile et la météo ne nous a pas aidé. Avec la sécheresse, les ensilages de maïs ont été très précoces et ont beaucoup perturbé la mise en route. On voyait le lait baisser, la fatigue s’accumuler… heureusement, nous avons été bien suivis et bien aidés par Julien et Guislain Fleury (technicien d’Evialis)», se souvient l’éleveur. Et, quelques semaines après, les résultats retrouvent un niveau normal. «Nous avions un troupeau adapté avec très peu de boiteries et nous n’avions aucun souci de qualité du lait.» Depuis, d’après les données du robot, les 110 vaches produisent 33 litres par jour avec 2,8 à 3 traites. L’objectif de produire la deuxième attribution laitière de 150 000 litres
devrait être atteint à la fin de 2023.

Pour les prochains mois, Sébastien et Nicolas envisagent d’augmenter encore légèrement la production pour parvenir à l’optimum des capacités de leur investissement. «L’outil est là, extrêmement fonctionnel, il faudra tout de même veiller au renouvellement du troupeau. Nous avons génotypé toutes les génisses pour maintenir, voire augmenter le niveau laitier avec des semences sexées sur les meilleures. Nous pourrons rapidement gagner de la souplesse dans les réformes», précise l’éleveur. «Nous n’avons aucun regret. Avec les taux bancaires actuels et les coûts qui ne sont plus du tout les mêmes, je ne sais pas si nous ferions les mêmes choix, mais il ne faut pas arrêter l’élevage laitier sur un coup de tête. Il peut y avoir des périodes difficiles qui ne doivent pas faire oublier tout le travail effectué. L’important, c’est de mettre les chiffres sur le papier, un élevage allaitant c’est aussi beaucoup de travail», conclut Sébastien. L’exemple du Gaec Lardé Carouge démontre qu’une étude chiffrée précise et une bonne préparation sont des essentielles à la conduite d’une telle réflexion et à son aboutissement.

 

Attention aux pics de chaleur

Malgré le choix de poser des filets brise vent sur les deux longs côtés du bâtiment, la réduction des surfaces translucides en toiture et l’installation en nombre d’abreuvoirs, les pics de chaleur estivaux engendrent des baisses de production notables. «Dès que la température augmente, les vaches dominantes monopolisent les abreuvoirs, on voit la fréquentation du robot qui diminue et il ne faut que quelques jours pour passer de 33 litres à 26 litres par vache et par jour», détaille Sébastien. Pour réduire l’impact des pics de chaleur, il n’exclut pas d’installer des ventilateurs mais reste encore interrogatif sur leur consommation électrique. La mise en place de bacs d’abreuvement supplémentaires pendant les canicules limiterait aussi le phénomène.

 

Des pâtures valorisées

La gestion des surfaces en herbe a fait l’objet d’un travail particulier. L’ensemble du parcellaire des pâtures a été revu ainsi que les temps de repos et le chargement ; la fertilisation est adaptée à la pousse et à la conduite technique. «À la sortie en pâture, nous veillons à la surface par animal en coupant les parcelles pour ne pas gaspiller. Et notre objectif est de faucher les premières coupes au  1er mai pour bénéficier d’une bonne repousse», détaille Sébastien Carouge. Avec ces modifications, la pousse de l’herbe est bien mieux valorisée laissant la possibilité de faucher davantage de surfaces.

Parmi les pâtures, 9 ha sont situés sur la côte maritime en zone Natura 2000. Tous les ans, une dizaine de bœufs charolais valorisent ces surfaces éloignées, justifiant un peu plus le maintien de l’atelier viande. «La marge brute viande par hectare est bien sûr inférieure à une marge lait, mais avec un tel système (naisseur engraisseur avec des bœufs), on atteint quand même 1 000 €/ha.»

 

Le Gaec Lardé Carouge à Maison Roland (80)

• 2 associés : Sébastien et Nicolas Carouge, 1 apprenti
• 110 vaches laitières
• 30 vaches allaitantes : vêlages d’automne
• 200 hectares de SAU dont 55 ha de prairie et 55 ha de maïs

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