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Vergers éco-responsables : un arboriculteur samarien engagé dans la démarche

Le Domaine de Moismont, à Vron, dans la Somme, est adhérent des «Vergers écoresponsables» depuis le début. Les pratiques mises en place dans les vergers par Bernard Nicolaï.

Bernard Nicolaï a installé des nichoirs à mésanges dans ses vergers, parce que ces dernières dévorent des centaines 
d’insectes, des vers et des chenilles chaque jour. Un auxiliaire précieux évitant les traitements.
Bernard Nicolaï a installé des nichoirs à mésanges dans ses vergers, parce que ces dernières dévorent des centaines
d’insectes, des vers et des chenilles chaque jour. Un auxiliaire précieux évitant les traitements.
© F. G.


Arboriculteurs de père en fils, les Nicolaï ont toujours eu le souci de pratiquer des méthodes alternatives dans leurs vergers, au Domaine de Moismont, à Vron. Avec le label «Vergers écoresponsables», ils sont passés à la vitesse supérieure, et ont converti, par la même occasion, une partie de leur production de pommes et de poires en bio. Sur les 72 ha consacrés à ces arbres fruitiers, 13 ha sont dédiés aux poiriers (dont 0,5 ha en bio) et 59 ha aux pommiers, dont 12 ha en cours de conversion bio.
Les variétés de pommes, Jonagold et Boskoop, se taillent la part belle, mais cohabitent aussi avec la Pirouette, l’Elstar, la Gala golden et la Rouge américaine. Côté poiriers, les Nicolaï ont misé sur la Doyenne de comice et la Conférence. Toutes variétés confondues, la production annuelle s’élève, selon les années, de 3 000 à 3 800 tonnes.

Le biocontrôle au cœur des vergers
Depuis qu’il a repris la gestion des vergers, en 2007, Bernard Nicolaï a vu son métier évoluer par l’intégration des pratiques alternatives sur ses arbres fruitiers. Certes, les traitements phytosanitaires n’ont pas disparu, mais ils sont pratiqués «au milligramme près, et quand il n’y a pas d’autre option», précise Bernard Nicolaï. Parmi les outils de prévention mis en place, la confusion sexuelle a été retenue pour lutter contre le ver de la pomme. Pour limiter sa présence, des petits diffuseurs de phéromones ont été accrochés dans les arbres. «Nous avons placé entre 800 et 1 000 anneaux par hectare. C’est un gros boulot, car les anneaux sont à mettre à la main dans tout le verger. De plus, cela a un coût, mais le résultat est là, car les femelles papillons ne pondent plus leurs œufs dans les vergers», explique Bernard Nicolaï.
Pour lutter contre les pucerons, l’aide des coccinelles est précieuse. Contre l’araignée rouge, acarien pouvant ravager les vergers, un autre acarien a été introduit, le typhlodrome. Celui-ci gère seul les populations d’araignées rouges et permet de supprimer totalement les traitements acaricides dans la plupart des vergers, s’il est bien introduit. «Nous en avons introduits dans tous nos vergers, car c’est un outil essentiel pour lutter contre les acariens rouges», dit Bernard Nicolaï.
Autres auxiliaires précieux : des nichoirs à mésanges installés dans les vergers. Une bonne vingtaine de nichoirs a déjà été installée dans les vergers, «et on continue à en poser», précise l’arboriculteur. Pour favoriser encore plus la présence des auxiliaires, une bonne dizaine de kilomètres de haies a été implantée. «Ce sont de super abris pour les abeilles. On laisse dedans tous les bois morts pour faire des habitats pour elles. En parallèle des haies, on a mis en place des jachères fleuries à base de mellifères. Non seulement cela favorise la biodiversité, mais en plus, c’est un véritable garde-à-manger pour les abeilles et, de surcroît, c’est beau», s’enthousiasme l’arboriculteur.
Les abeilles sont présentes depuis toujours dans les vergers, grâce à une quinzaine de ruches mises à disposition par un apiculteur du village. Pour assurer un bon environnement aux abeilles, «on tond une à deux fois pour éviter de les déranger quand elles sont dans les herbes. La première tonte se fait pour le gel, et la seconde, avant la cueillette, pour faciliter le travail des salariés et des saisonniers», détaille-t-il.
Pour la gestion de l’irrigation, le Domaine de Moismont a investi dans un outil, Aquaphyto, pour diminuer les doses d’intrants de 50 %, grâce à la mesure de l’apport d’une eau à la bonne dureté et température, et au bon pH. Un autre investissement a été réalisé pour un outil d’aide à la décision (OAD), Rimpro, afin de lutter contre la tavelure, l’ennemi n° 1 des maladies des arbres fruitiers. «Avant, on traitait systématiquement. Maintenant, grâce à cet OAD et à Aquaphyto, on traite beaucoup moins. Il n’empêche. On va essayer de trouver des solutions plus naturelles de traitement contre la tavelure telles que le bicarbonate de potassium», ajoute Bernard Nicolaï. Toutes ces bonnes pratiques ont ouvert les portes de la grande distribution.

Des débouchés plus faciles
Grâce au label «Vergers écoresponsables»,  80 % de la production est vendue à la grande distribution, le reste allant chez des grossistes, des restaurateurs, des marchés, des épiceries et des centrales d’achat. Puis, «c’était un bon compromis écoresponsable avec l’agriculture biologique, et on va plus au fond de notre métier. On est beaucoup plus dans l’observation. Moi qui ne faisais pas vraiment attention à tout cela, la charte “Vergers écoresponsables“ m’a fait prendre conscience de l’importance des méthodes alternatives et de celle des auxiliaires pour nos vergers. Certes, c’est hyper carré, et cela implique des investissements financiers et humains, mais on est “Vergers écoresponsables“ ou on ne l’est pas», conclut Bernard Nicolaï.
Et parce que les enfants seront les consommateurs de demain, Bernard Nicolaï a développé une marque «Tête de pomme», un outil ludique pour faire manger ces fruits aux enfants. Puis, en juin, il lancera des compotes. «C’est mon obsession de faire manger des pommes aux enfants», avoue-t-il.

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