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Vergers écoresponsables : Delphine et Philippe Nicolaï, arboriculteurs écoresponsables

Installés depuis 1989, à Vron, dans une ancienne ferme d’élevage, Delphine et Philippe Nicolaï se sont lancés dans la culture de pommiers et de poiriers.

Delphine et Philippe Nicolaï gèrent les Vergers du Franc Picard, à Vron, avec cinq salariés permanents et une trentaine de saisonniers au moment de la cueillette.
Delphine et Philippe Nicolaï gèrent les Vergers du Franc Picard, à Vron, avec cinq salariés permanents et une trentaine de saisonniers au moment de la cueillette.
© F. G.



Il suffit de pénétrer dans les vergers du Franc Picard, puis de longer l’allée bordée de pommiers et poiriers, au pied desquels sont plantés de magnifiques rosiers, pour saisir toute l’attention et l’amour que portent Philippe et Delphine à leurs vergers, comme à ceux qui travaillent avec eux. Pas un jour ne passe sans que l’un et l’autre n’arpentent les rangées pour s’assurer que leurs arbres ne manquent de rien. «Philippe sent les arbres. Il sait tout de suite quand l’un d’eux a un problème», assure Delphine. Le couple n’a pas compté les nuits blanches passées l’an dernier, quand le gel a sévi sur les vergers, leur faisant perdre une grosse partie de leur récolte. Sur le pied de guerre, ils l’ont aussi été tout l’été avec la sécheresse, se levant à quatre heures du matin pour arroser les arbres jusqu’à six heures pour créer de l’humidité. Et à ces heures-là précisément pour que les arbres en profitent, avant que l’humidité ne s’évapore trop vite. Chez eux, la passion ne se nourrit pas de mots, mais d’actes.
Une passion née de l’enfance chez Philippe, qui a grandi au milieu des vergers cultivés par son père. Aussi, quand il reprend une ancienne ferme d’élevage à Vron, il décide de consacrer 42 ha sur 130 ha à la plantation de vergers. «Philippe connaissait bien cette production, qu’il avait apprise auprès de son père, et qui l’a toujours passionnée. Puis, comme notre surface d’exploitation n’était pas suffisante, il nous fallait trouver une culture à marge importante. Les vergers se sont donc imposés», raconte Delphine. Si cette dernière, originaire du Nord, n’y connaissait rien, elle s’est laissée pourtant emporter par cette passion en épousant Philippe, au point d’avouer parler aux arbres, qu’ils cultivent de manière écoresponsable.

Pratiques écoresponsables
Avant que le label n’existe, le couple décide, dès son installation,  de produire autrement, comprenez de manière plus respectueuse pour l’environnement. «On vit avec la nature. Notre volonté était de la préserver. On a donc eu envie de faire les choses bien et proprement, dès que l’on a démarré», explique Delphine. Produire un fruit sain et bon est leur obsession. Pour ce faire, ils cherchent les solutions les plus naturelles et évitent «de faire des traitements bêtement», complète Philippe. Certes, les traitements phytosanitaires n’ont pas disparu, mais ils sont pratiqués au milligramme près, et quand il n’y a pas d’autre option.
Aussi, quand le label Vergers écoresponsables est lancé par l’Association nationale pommes et poires, rien de plus naturel pour eux que d’y adhérer et de décliner le cahier des charges imposé. Parmi les pratiques mises en place dans leurs vergers, la confusion sexuelle a été retenue pour lutter contre le ver de la pomme. Pour limiter sa présence, des petits diffuseurs de phéromones ont été accrochés dans les arbres. «Nous avons placé 750 anneaux par hectare. Au départ, nous en mettions 1 000, mais comme la société qui les produit a améliorer leur qualité, 750 suffisent aujourd’hui», explique Philippe. Même si leur efficacité est démontrée, le couple a opté également pour la pose de pièges pour contrôler l’activité potentielle des papillons.
Contre l’araignée rouge, acarien pouvant ravager les vergers, un autre acarien a été introduit, le typhlodrome. Celui-ci gère seul les populations d’araignées rouges et permet de supprimer totalement les traitements acaricides dans la plupart des vergers, s’il est bien introduit. «Quand on implante un nouveau verger, on prend des branches du verger réservoir pour les mettre dans les nouveaux vergers», indique Delphine. Autre auxiliaire précieux : le bourdon. Et celui-ci plutôt que l’abeille, car cette dernière ne s’active qu’à partir de 15°C alors que le bourdon, lui, se met en branle dès 5°C. Trois à quatre ruches de bourdons ont été placées par hectare. Haies et bandes enherbées ont été aussi implantées pour favoriser encore plus la présence des auxiliaires.
En ce qui concerne l’irrigation, ils ont investi, depuis deux ans, dans une station de traitement de l’eau, Aquaphyto, pour diminuer les doses d’intrants de 50 %, voire de 75 % grâce à la mesure de l’apport d’une eau à la bonne dureté et température, et au bon pH. «On utilise de l’eau déminéralisée pour traiter avec une bonne conductivité et au bon pH», dit Philippe. Il a fallu cependant arroser tout l’été en raison de la sécheresse. «Et, juste avant la récolte, de peur que les fruits ne colorent pas, nous avons taillé en août pour laisser plus de place aux fruits et créer un stress afin que les pommes recolorent», précise Philippe.
Un autre investissement a été réalisé pour un outil d’aide à la décision (OAD), Rimpro, afin de lutter contre la tavelure, l’ennemi n° 1 des maladies des arbres fruitiers. Autant de pratiques qui permettent de développer le biocontrôle au sein de leurs vergers, et avec succès.
Ces pratiques seront au cœur des explications qu’ils donneront lors de l’opération «Vergers ouverts», les 22 et 23 septembre à ceux et celles qui franchiront le pas de leur exploitation. Au programme : visite pédagogique en verger, libre cueillette et vente, jeux pour les enfants, labyrinthe de maïs, château gonflable, dégustation de jus et échanges. «Notre volonté, en participant à cette opération, est de montrer le fruit de notre travail, et ce, d’autant que tout et n’importe quoi se racontent sur nos pratiques, notamment par rapport aux traitements. Il est donc nécessaire de remettre les choses à leur juste place. Une fois cela dit, l’opération «Vergers ouverts», nous, on la fait quasiment tous les jours avec nos clients à qui on explique ce que l’on fait au quotidien», commente Delphine. Gageons que leur passion sera communicative.

Chiffres clés

42 ha de vergers, dont 21 ha pour les pommes et 21 ha pour les poires
3 ha de vergers sont en cueillette libre
27 variétés de fruits
1 600 t : moyenne de la production des pommes et des poires

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