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Perspectives agricoles
Vers une décroissance de l’agriculture européenne en 2035 ?

Au cours des dix prochaines années, l’Union européenne ne renforcerait pas sa sécurité alimentaire, selon la Commission européenne. Les productions végétales croîtraient à la marge, tandis que les filières animales poursuivraient leur déclin.

Perspectives agricoles
Perspectives agricoles
© Pexels/Matthias Zomer

Le rapport «Agriculture Outlook 2025-2035» publié par la Commission européenne décrit une agriculture ligotée par le Pacte vert et corsetée par ses règlements (1), sans réels moyens d’action pour réarmer ses filières d’ici 2035, alors que l’agriculture est devenue un enjeu géopolitique majeur. La Commission européenne présente ses projections agricoles pour l’UE à 27 en s’appuyant sur le rapport «Perspectives agricoles OCDE-FAO 2025-2034». Faute de volonté politique et économique, le déclin de l’agriculture européenne pourrait s’accentuer.

Pas d’ambition souveraine

Dans son rapport, la Commission européenne publie ses projections, production par production. En 2035, l’UE et ses 6,9 millions de paysans et salariés agricoles (contre 7,55 millions en 2024) n’engrangeraient que 128 millions de tonnes de blé (Mt), soit 10 Mt de moins qu’en 2013-2015, mais aussi 49 Mt d’orges, 61 Mt de maïs et 27 Mt d’autres céréales (sorgho, avoine, seigle). L’avoine serait davantage consommée au cours de la prochaine décade (+4 % par an).

L’UE à 27 exporterait toujours une trentaine de millions de tonnes de blé et d’orges, mais resterait une région importatrice majeure de maïs (au moins 15 Mt). Or, la demande mondiale de céréales ne cessera de progresser au cours des dix prochaines années. Les autres pays exportateurs majeurs de grains accroîtront régulièrement leurs productions pour approvisionner l’Afrique et le Moyen-Orient, incapables de pourvoir aux besoins croissants de leur population.

D’ici 2035, l’UE ne sera pas parvenue à réduire son déficit en protéines et huiles végétales. Elle produirait 18,4 Mt de colza, comme en 2023-2025, ainsi que 3,1 Mt de soja et 9,2 Mt de graines de tournesol. Pour combler son déficit en protéines végétales, elle resterait un bassin de 27 pays importateurs nets de soja (14 Mt) et de colza (4 Mt). Toujours à l’horizon 2035, l’UE ne semble pas avoir l’ambition d’accroître ses productions de carburants verts pour se doter d’une flotte de véhicules et de poids lourds roulant au biodiésel ou au bioéthanol. La consommation de biodiésel n’excéderait pas 18,2 milliards de litres d'ici 2035, et celle de bioéthanol 7,5 milliards de litres.

Pour le sucre, Bruxelles mise sur une production des 27 juste à l’équilibre (14,5 Mt). La culture de betteraves se maintiendrait en surface autour de 1,42 million d’hectares, mais les rendements diminueraient de 1,1 % par an. Pour toutes ces productions végétales, la Commission européenne n’a aucune réelle ambition de souveraineté.

Des filières animales chahutées

Au cours des dix prochaines années, l’UE sera incapable de prendre part à l’expansion des marchés mondiaux des produits laitiers et de la viande. Elle produirait à peine plus de lait qu’actuellement (154 Mt ; +2 Mt sur dix ans) et se contenterait d’en exporter l’équivalent de 20 Mt, alors que le marché mondial des produits laitiers aura, entre-temps, crû de 8 Mt.

Un scénario similaire se profile sur les marchés bovins viande. Leur production devrait continuer de diminuer de 615 000 tonnes équivalent carcasse (Mtéc) d’ici 2035 pour atteindre 6,1 Mtéc (-9,2 % par rapport à la moyenne 2023-2025). Mais comme la consommation faiblira dans les mêmes proportions, l’UE restera exportatrice nette de 250 000 téc. D’ici 2035, les échanges mondiaux de viande bovine auront entre-temps progressé de 1,1 Mtéc.

Le déficit européen de la production de viande ovine atteindra 100 000 téc, car la consommation résisterait, et relancer cette filière en Union européenne pour gagner en autonomie n’est pas programmé.

D’ici 2035, l’UE restera un acteur majeur sur le marché mondial de la viande porcine : les baisses concomitantes de sa production et de sa consommation préserveront ses capacités d’exportation (3 Mtéc par an) dans un marché mondial qui restera stable (10,5 Mtéc). Par ailleurs, les Vingt-sept États membres produiront environ 15 Mtéc de poulets. Globalement excédentaires, ils accroîtront à la marge (+0,8 % par an) leurs capacités d’exportation (2,1 Mtéc). Or, le marché mondial de la viande de volaille atteindra 18,0 Mtéc à l’horizon 2035, après avoir progressé de +2,5 Mtéc au cours des dix prochaines années.

Parallèlement, la production européenne d’œufs (environ 6,5 Mt) sera concurrencée par des importations ukrainiennes. Elle croîtra de 0,5 % par an, alors que les exportations d’œufs progresseront de 1,7 %. En conséquence, l’UE participera pleinement à l’expansion du marché mondial des œufs (+13 % en dix ans), aussi bien sur son sol qu’à l’extérieur de ses frontières.

(1) (Directive nitrate, stratégie bioéconomie, loi sur la restauration de la nature, loi sur la déforestation ou encore retraits massifs de substances active sans solution par exemple).

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