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Télévision
« Vert de rage : engrais maudits » : un documentaire militant et sectaire

France 5 diffusera ce dimanche 19 septembre à 20h55 un documentaire de 50 minutes intitulé « Engrais maudits » qui met en avant la présence de cadmium dans des pommes de terre française. L’approche pseudo-scientifique du sujet est autant sujet à caution qu’à débat.

© France TV

La série documentaire initiée par Martin Boudot s’appelle fort opportunément « Vert de rage », comme pour mieux exprimer la colère qui le hante et qui le fait sortir de ses gonds chaque fois qu’un élément, un fait, un événement n’a pas l’heur d’être en conformité avec ses opinions. C’est aussi dans le même état d’esprit que les téléspectateurs pourraient légitimement ressortir du visionnage de cette pseudo-enquête.

Mise en scène

L’un des premiers points contestables de ce “documentaire” tient à la forme et bien sûr au ton sciemment sombre et mortifère de la voix off (texte) qui accompagne les images. Il verse intentionnellement dans le dramatique : il est souvent question d’engrais « massivement utilisés » sur les pommes de terre, mais aussi de « poison », de produits « cancérigènes » et « toxiques ». Il est aussi question de « malédiction », d’usage intensif d’engrais chimiques, de « souffle de la révolte » (au Maroc).

S’il voulait faire passer le message qu’il a côtoyé la mort de près, l’auteur ne s’y prendrait pas autrement. D’ailleurs, cet âne ne va-t-il pas bientôt mourir d’avoir (quelles preuves ?) absorbé de l’eau proche de l’usine marocaine incriminée ? Tout aussi impressionnants sont les risques pris par le journaliste, contraint d’obtenir des rendez-vous dignes des films d’espionnage, à la dérobée, dans une voiture. On sent la menace planer sur lui. Il est suivi, il va avoir des problèmes mais s’en sort finalement grâce à des coups de fils d’amis. La mise en scène est parfaite et très crédible.  Plus encore avec une musique de fond anxiogène.

Extrapolation

Le plus inquiétant tient cependant à l’investigation au fond même de ce qui se veut être une enquête. 50 minutes c’est peut-être court en termes de format, mais c’est aussi assez long pour expliquer. Or Martin Boudot n’est pas effrayé par les raccourcis. Le téléspectateur reste ainsi interdit devant les conclusions qui veulent faire passer les 57 cobayes bretons, volontaires et donc ne correspondant pas à un panel scientifique, pour un échantillon représentatif de la population française. Oui, quand on est militant et pas statisticien, on peut extrapoler à ce point : 57 personnes sont 68 millions de Français ! Et donc, s’ils sont contaminés, nous le sommes tous, et le tout devient un problème global de santé publique français. Car tous ont plus ou moins de cadmium dans les urines. Sachant que le cadmium est un élément toxique cumulatif (comme l’indique lui-même Martin Boudot), et qu’il est notamment présent dans les poissons, les fruits de mer, et le goudron des cigarettes, il aurait été intéressant de savoir combien de fumeurs (et avec quelle consommation de tabac) composaient cette collection de 57 volontaires. Et, surtout, connaissant l’appétence des Bretons pour les fruits de mer, de savoir si les habitudes alimentaires de cette population littorale n’avaient pas lieu d’être prises en compte dans une démarche scientifique digne de ce nom.…

Quant à l’interprétation des données, on est tout autant dans le péremptoire. L’un des exemples les plus flagrants est celui où Martin Boudot affirme de manière dramatique que 21 % des personnes analysées ont « dépassé le seuil critique » d’ingestion de cadmium quand l’analyste de l’hôpital Lariboisière indique qu’ils sont « au-dessus des normes ». Encore faudrait-il préciser lesquelles. Celles en vigueur ? Non, même pas. Mais celles, très restrictives, préconisées de manière univoque dans rapport isolé de l’ANSES. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose, convenons-en !

Inquiétant et dangereux

On eût aimé que Martin Boudot donnât, entre autres, la parole à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) qui a récemment indiqué que le cadmium n’est pas assimilable par les végétaux. Alors que l’affirmation du contraire semble constituer l’une des bases de sa démonstration…

Ce “documentaire” est d’autant plus sujet à caution et à débat qu’il est totalement à charge, qu’il se pare d’une caution scientifique presque sui generis et qu’il ne donne que peu la parole à la cible préférée de Martin Boudot : les agriculteurs. Pour se donner bonne conscience sur ce point, le journaliste a interrogé l’un d’entre eux… dont on a l’impression qu’il est pris au dépourvu et qu’il tente de sortir d’un piège qu’on lui aurait tendu.

Convenons-en une fois de plus, il ne sera pas le premier. Le documentaire « Bretagne, une terre sacrifiée », lui aussi diffusé sur France 5, est encore dans toutes les mémoires.Il y aurait encore beaucoup à écrire sur les amalgames, les imprécisions et les raccourcis de ce “documentaire” militant, donc engagé et naturellement sectaire. Le mal est fait. Les agriculteurs français sont à nouveau des serial empoisonneurs, des « agricul-tueurs » !

Inquiétant et dangereux quand on sait ce que ceux qui décrient aujourd’hui l’agriculture française et qui souhaitent qu’elle revienne à la lampe à huile et au cheval de trait, n’auront aucun scrupule à importer des produits agricoles et alimentaires de l’étranger pour assurer leur alimentation quotidienne. Et qu’importe finalement si ces produits d’importation ne respectent pas les (draconiennes) normes de production et de santé qui ont cours en France et en Europe ! Aussi ubuesque que contradictoire.

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