A la télévision
« Violence dans les champs » : à quoi s’attendre avec ce documentaire engagé sur l’agriculture française
Diffusé ce dimanche 3 mai sur France 5 (21h05), Violence dans les champs revient sur les transformations de l’agriculture française à partir d’un travail d’enquête journalistique de longue durée, mené principalement en Bretagne.
Diffusé ce dimanche 3 mai sur France 5 (21h05), Violence dans les champs revient sur les transformations de l’agriculture française à partir d’un travail d’enquête journalistique de longue durée, mené principalement en Bretagne.
C’est un film qui rassemble agriculteurs, chercheurs et acteurs institutionnels autour des tensions du modèle agricole contemporain. Sous un titre volontiers provocateur, « Violence dans les champs », ce documentaire s’inscrit dans une démarche clairement située, issue d’un travail d’investigation déjà fortement documenté, avec une lecture assumée des évolutions du secteur.
Il est né du travail du journaliste Nicolas Legendre, correspondant de presse et auteur d’une enquête de référence sur le monde agricole breton, publiée sous le titre Silence dans les champs. Fils de paysanNicolas Legendre a reçu le prix Albert-Londres 2023 pour son livre Silence dans les champs ; lequel a ensuite donné son origine au documentaire Violence dans les champs.
Menée sur plusieurs années, cette enquête reposait sur des entretiens approfondis, des immersions dans des exploitations et des travaux d’observation des filières agro-industrielles, avec une attention particulière portée à la Bretagne, région fortement structurée par l’élevage intensif et les coopératives.
Violence dans les champs est co-réalisé avec Magali Serre, documentariste, et transpose à l’écran les thématiques déjà développées dans l’enquête écrite : concentration des exploitations, dépendance économique aux filières, tensions sociales dans les territoires ruraux et transformation des modes de production.
Le documentaire ne part pas d’un constat neutre ou d’une commande institutionnelle, mais d’un travail d’enquête journalistique déjà orienté vers l’analyse critique du système agro-industriel.
Des intervenants issus de parcours agricoles, scientifiques et institutionnels
D’une durée de 72 minutes, le film s’appuie sur une diversité de profils, organisés autour de témoignages et d’expertises complémentaires. Parmi les intervenants figurent Benoît Biteau, agriculteur et député engagé dans la promotion de systèmes agroécologiques, ainsi que Paul François, céréalier et président de l’association Phyto-Victimes.
S’expriment également Emmanuel Hyest, ex-président de la Safer, Marylise Lebranchu, ancienne ministre, ainsi que des chercheurs comme Édouard Lynch, historien du monde rural, et Ève Fouilleux, politiste au CNRS.
Le film donne aussi la parole à des agriculteurs en activité ou ayant connu des trajectoires de transformation, comme Vanessa et Samuel Péan, Pierre Chesnot ou Stéphane Mial, qui décrivent leurs conditions de travail et leurs arbitrages professionnels.
Un récit construit autour des tensions du modèle agricole
L’organisation du film repose sur une lecture des évolutions agricoles depuis l’après-guerre, en mettant l’accent sur la spécialisation des exploitations, la montée en puissance des filières intégrées et les contraintes économiques pesant sur les producteurs.
Cette construction narrative privilégie les témoignages et analyses allant dans le sens d’une critique bien orientée du modèle productiviste. Sans surprise, et de manière assumée, les approches défendant les équilibres économiques actuels ou portées par les organisations professionnelles majoritaires y sont peu représentées ; ce qui oriente fortement la lecture globale du film.
Un documentaire issu d’une démarche engagée
Violence dans les champs s’inscrit sans ambiguité dans une continuité éditoriale et militante. Le projet de documentaire, lié à une enquête journalistique déjà positionnée de manière critique, se prolonge ainsi dans un traitement qui assume un certain point de vue sur le fonctionnement du système agricole.
N’attendons pas de ce film qu’il soit de synthèse ou de médiation entre différentes visions du monde agricole, mais ayons à l’esprit qu’il s’agit bien d’un objet documentaire construit autour d’un cadre d’analyse précis, qui met en avant certaines dynamiques plutôt que d’en proposer une représentation exhaustive.
La diffusion du documentaire sera suivie d’un débat présenté par Aurélie Casse, avec Nicolas Legendre, réalisateur ; Marine Colli, consultante indépendante spécialiste des politiques agricoles et de commerce international, cofondatrice de l’association Les Voix agricoles, qui regroupe des agriculteurs ayant le sentiment d’être invisibilisés dans le débat public ; Meryl Cruz Mermy, agricultrice bio dans l’Ain, en polyculture et élevage ; Ève Fouilleux, directrice de recherches en science politique au CNRS et chercheure associée au Cirad.