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Xavier Bertrand : "Être pragmatique et l’assumer"

Le 19 décembre dernier, le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, présentait à Lille les orientations de la Région Hauts-de-France pour 2020. Des vœux avant l’heure, avec une vision plutôt optimiste, et de nombreux projets.

© Florence Guilhem



Depuis son élection à la tête de la Région Hauts-de-France en janvier 2016, Xavier Bertrand n’est plus tout à fait le même. Certains diront même qu’il a changé. L’intéressé l’admet lui-même face aux journalistes venus écouter ses ambitions pour la région en 2020 : les petites phrases et les sobriquets provocateurs à destination de ceux qui ne pensent pas comme lui - ou comme pensent ses amis politiques -, c’est terminé, même s’il «assume» et ne les regrette pas. «J’ai bien l’intention de continuer à parler avec mes amis chasseurs parce qu’ils sont les garants de la biodiversité, mais je peux tout autant parler avec certaines associations écologistes de la région à partir du moment où elles ont des choses à proposer», a-t-il ainsi répondu lorsqu’il est interrogé sur ses relations avec certaines associations l’accusant de leur avoir coupé les vivres dès sa prise de fonctions. Si elle peut paraître anecdotique, cette remarque en dit long sur la manière dont Xavier Bertrand conduit sa politique, et l’oriente. Affichant un certain pragmatisme, soucieux de «rapprocher les gens de la ville et de la campagne», l’élu régional a détaillé plus largement ses ambitions régionales sur un certain nombre de sujets : emploi et formation, transport, transition énergétique, agriculture ou encore environnement. «Je ne suis pas le plus vert de la planète politique, a d’abord reconnu le président Bertrand, et je ne vais pas me peindre en vert pour faire plaisir. Je ne suis simplement pas un adepte de la décroissance». Pour le patron des Hauts-de-France, la mission Rev3 portée par Philippe Vasseur peut ainsi, et c’est un exemple parmi d’autres, être «un bon outil pour marier économie et environnement». Il en est d’ailleurs convaincu et le rappelle à l’envi : «J’ai conscience de ce qui se passe autour de nous, mais économie et environnement ne sont pas incompatibles.»

Transition écologique et énergétique
En matière de transition énergétique, pas de surprise, Xavier Bertrand est toujours aussi farouchement opposé au développement de l’éolien : «On est à saturation et même la ministre de la transition écologique Élisabeth Borne reconnaît qu’on a beaucoup d’éoliennes dans la région. Il y en a aujourd’hui beaucoup trop, et au moins encore autant dans les cartons. Mon rôle est d’être un lanceur d’alertes sur les nuisances que cela engendre. Si on ne fait rien, le nombre de ces machines va encore augmenter et il y aura des problèmes. Le préfet de la Région Hauts-de-France et la préfète de la Somme sont conscients de la situation, mais pas l’état...» Face à cette situation, la Région se dit prête à financer des études de mesure d’impact de l’éolien, voire jusqu’à soutenir la création d’une fédération d’opposants à l’éolien. D’autant que des alternatives existent. Avant toute autre chose, Xavier Bertrand souhaite engager la Région dans une démarche de réduction des consommations énergétiques. Sa cible première ? Les bâtiments dont la Région est propriétaire, lycées et centres de formation des apprentis compris. Des audits vont être pour cela lancés, suivis de travaux «avec des appels d’offres qui seront écrits de manière à ce qu’ils profitent aux entreprises de la région». La méthode ? Le fractionnement des lots : «Si on ne propose que des grands lots, on est sûr qu’il n’y a que de grands groupes qui pourront répondre.» Le président de la Région Hauts-de-France se dit également favorable au financement de bilans carbone pour les entreprises - y compris pour les exploitations agricoles - et les aider à effectuer leur transition énergétique, avec le concours de l’Ademe et de l’état. Favorable au développement de l’énergie nucléaire avec la construction de nouveaux EPR sur le sol français - «il faudra être prêt quand la centrale de Gravelines (59) sera en fin de vie» -, comme du photovoltaïque, Xavier Bertrand imagine pour cette source d’énergie le développement d’une «filière européenne». «Je veux le développement du photovoltaïque à condition que cela se fasse sans consommation de terres agricoles et sans déforestation. Il y a suffisamment de place avec les friches industrielles, les bâtiments agricoles ou publics pour installer des panneaux.» Avec les collectivités locales, il affirme s’intéresser aussi à l’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques. Pour le biogaz, «on regardera en début d’année comment on peut accompagner son développement», poursuit-il ; sans oublier de montrer un soutien à l’hydrogène.

Un million d’arbres va être planté
Pour lutter contre le réchauffement climatique et aider au maintien de la biodiversité, Xavier Bertrand veut planter un million d’arbres... sans se planter. L’objectif affiché est d’accompagner le boisement de la Région, l’une des dernières de France en la matière. Peut-il y arriver sans pour cela accaparer un certain nombre d’hectares de terres agricoles ? C’est en tout cas le souhait du président de la Région, qui se souvient de l’opposition de la profession agricole à ce type d’initiative lors de la précédente mandature. «Dans les lycées, sur des sites patrimoniaux ou sur des friches industrielles, il y a de la place pour planter des arbres, assure Xavier Bertrand. Nous allons privilégier des essences régionales et demander aux collectivités de s’associer à cette démarche parce qu’il n’y a pas mieux que les arbres pour capter le carbone.» Six millions seront consacrés sur trois ans pour la plantation d’arbres.
En matière d’agriculture, le patron des Hauts-de-France promet un soutien à la profession pour l’aider aussi dans la transition énergétique et la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Il répond ensuite sans détour quand on lui pose une question sur la ferme dite des mille vaches de Drucat, dans la Somme : «Je n’ai pas l’intention de condamner cette ferme», a-t-il dit, faisant référence à l’obligation pour son gestionnaire de diminuer le nombre d’animaux présents dans les bâtiments de cette exploitation laitière. S’il admet que «la réglementation doit être respectée», il assure néanmoins que «ce n’est pas cette ferme qui est à l’origine du malheur des autres fermes». La suite de son propos consiste à détailler son souhait de soutenir la diffusion des bonnes pratiques, l’innovation ou encore la mise en place d’un plan régional pour l’agroécologie (cf. encadré). Bref, il y a encore du pain sur la planche.


Un plan au printemps 2020 pour l’agroécologie

Plan pour le développement de l’agriculture biologique, plan pour le développement de la filière équine... et bientôt un plan pour le développement de l’agroécologie.
S’il l’a annoncé lors de sa dernière conférence de presse, Xavier Bertrand passe ensuite la main
à sa vice-présidente en charge de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la bioéconomie, Marie-Sophie Lesne pour en dévoiler les premiers contours. Pour l’heure, on sait que ce plan sera présenté «au printemps 2020». Actuellement en cours de construction, il devrait notamment «mettre le paquet» sur le développement et l’accompagnement des agriculteurs dans la démarche Haute valeur environnementale (HVE). En ce qui concerne l’agriculture bio, «nous continuons d’accompagner les agriculteurs pour qu’ils s’y convertissent», a souligné Mme Lesne. Et d’annoncer qu’une centaine de producteurs de lait bio étaient toujours recherchés par les entreprises de collecte laitière des Hauts-de-France.

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