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Céréales : moins de maladies, plus de leviers, moins de phytos

Qui dit temps sec, dit faible pression des maladies fongiques sur les céréales. C'était exactement le scénario du printemps 2020. Arvalis, l'institut du végétal, en tirait ses enseignements ce 3 novembre.

Cette campagne, les feuilles du blé étaient indemnes de taches, signe de l'absence de maladie. Une aubaine pour la stratégie de réduction des produits phytosanitaires.
Cette campagne, les feuilles du blé étaient indemnes de taches, signe de l'absence de maladie. Une aubaine pour la stratégie de réduction des produits phytosanitaires.
© Pixabay

«Le printemps 2020, très sec, a été favorable à la santé des blés», résume Jean-Yves Maufras, ingénieur expert en maladies des céréales à paille chez Arvalis. Les blés français ont en effet connu une pression maladie très faible : peu de septoriose, pas ou peu de rouille, peu de fusariose, sauf localement sur certaines productions de blé dur dans le Sud. Autre fait marquant de cette campagne : plus du tiers des variétés de blé cultivées en France présentent un bon niveau de résistance à la septoriose (44 % en 2020), une des maladies les plus préoccupantes. C'est trois fois plus qu'il y a dix ans. assure Jean-Yves Maufras. Ainsi, la nuisibilité moyenne de ces maladies a été de 7,8 qx/ha, contre une moyenne de 16 q/ha ces dernières années. «2020 est l'année où les blés ont été les moins exposés depuis plus de quinze ans en France.»

Impasse sur le T1

Les agriculteurs français seront-ils dans les clous imposés par le plan écophyto II, qui prévoit une réduction de 50 % de l'utilisation des produits phytosanitaires d'ici 2025 ? Même si 2020 était une année exceptionnelle en termes de basse pression maladie, les résultats sont encourageants. Selon Jean-Yves Maufras, «l'impasse sur le T1 peut carrément être généralisée». Ce premier traitement fongicide des blés, réalisé entre les stades 1 et 3 noeuds, est traditionnellement destiné à protéger la culture contre les maladies du pied et les maladies foliaires se déclarant précocement. «Avec l'évolution des pratiques, il ne se justifie que si les modèles de prévision (type Septo-LIS®) déclenchent, et si la rouille jaune est en place précocement.» En 2020, la très faible présence de septoriose et de rouille a eu une nuisibilité en moyenne de l'ordre de 2 q/ha. Pas de quoi justifier une intervention dans ces conditions.

«En conséquence, les agriculteurs ont davantage suivi nos recommandations déjà diffusées l'an passé et la proportion de T1 a baissé de 30 % en 2020 par rapport à 2019. Cette pratique ne concernait ainsi plus que 1,9 des quelques 4,2 millions d'hectares de blé tendre», se réjouit l'expert. Plus d'un tiers des hectares de blé n'a été traité qu'une seule fois en 2020, contre un hectare sur quatre en 2019. Pour les mêmes raisons climatiques, le T3, plutôt destiné à lutter contre la fusariose, n'avait aucun intérêt. Seul le T2 appliqué au stade dernière feuille étalée, était nécessaire. «Au total, les producteurs de blé tendre français n'ont appliqué qu'1,9 traitement fongicide en 2020 au lieu de 2,2 ces dernières années.»

100 % biocontrôle ?

Les produits de biocontrôle sont présentés comme une clé d'alternative aux produits phytosanitaires. Mais pour Arvalis, cette solution reste encore très coûteuse. Une stratégie tout bioncontrôle est donc peu envisageable. Mais, dans le contexte de 2020, le biocontrôle - en particulier le soufre - a parfaitement joué son rôle lorsqu'un premier traitement était nécessaire. «Dans un contexte de diminution des premières interventions, le soufre a permis de protéger le blé sans trop dépenser avec une solution 100 % biocontrôle, sur plus de 250 000 ha», résume Claude Maumené, ingénieur spécialisé dans les méthodes de lutte contre les maladies chez Arvalis. Au total, plus d'un hectare sur deux n'a pas été traité au premier traitement (T1) ou avec une solution de biocontrôle (seule ou associée à un produit conventionnel).

Délicat semis décalé

Côté génétique, les progrès de la sélection offrent aujourd'hui une gamme de variétés résistantes aux maladies de plus en plus étendue et les producteurs les utilisent de plus en plus. Pour Arvalis, la voie génétique est même la piste la plus sérieuse pour réduire l'utilisation des fongicides. L'institut peut ainsi nommer RGT Césario, LG Absalon, ou encore Izalco CS. Quant à les semer tardivement ?

«Dans certaines situations, avec des variétés peu sensibles, on pourrait être tenté de retarder les dates de semis de dix à quinze jours pour cultiver moins de maladies. Cette stratégie s'est révélée hasardeuse en 2020, car les pertes de productivité ont été plus importantes que les bénéfices espérés sur la protection», prévient Claude Maumené. Il faut dire que, en raison des conditions météorologiques particulières, les semis ont parfois été retardés plus que ce qui était prévu, soit trois à quatre semaines plus tard au lieu d'une petite dizaine de jours. «Recourir aux OAD ou miser sur une variété peu sensible, sans retarder la date de semis, permettait de se contenter d'un seul traitement, sans prendre trop de risque quant à la perte de rendement.»


Recommandations 2020-2021

o Éviter les traitements précoces lorsqu'ils ne sont pas nécessaires, en valorisant les tolérances variétales et les outils d'aide à la décision.
o Adapter la dose de produit employé à la pression parasitaire estimée et à la sensibilité variétale.
o Limiter le nombre d'applications pour espérer ralentir la pression de sélection (éviter les applications peu ou pas utiles).
o Diversifier les modes d'action (un nouveau mode d'action QiI est disponible pour 2021) et les substances actives au sein d'un même mode d'action, en particulier ne pas utiliser (si possible) le même triazole plus d'une fois par saison.
o Limiter l'utilisation des SDHI et les QoI à un seul passage par saison.
o Associer les SDHI systématiquement à d'autres modes d'action (triazole, picolinamides, multisite...).



Toujours plus de résistances

La septoriose était peu présente en 2020. C'est une bonne nouvelle. Mais on observe une progression des souches résistantes aux triazoles (TriHR 58 % vs 43 %) et une stabilité des souches multi drug résistantes (MDR 28 % vs 26 %). C'est une nouvelle beaucoup moins réjouissante. «Au total, plus de trois souches sur quatre (86 %) en France sont fortement résistantes aux triazoles. Les souches résistantes aux SDHI (CarR) continuent d'être sélectionnées et, actuellement,
18 % des souches sont de type CarR (13 % en 2019)
», prévient  Claude Maumené, ingénieur spécialisé dans les méthodes de lutte contre les maladies chez Arvalis. Plus que jamais, les recommandations doivent être suivies, notamment la combinaison de produits variés pour faire durer les différents modes d'actions utilisés (cf. encadré ci-dessus).

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