Pommes de terre
Comment rebondir en pommes de terre après une année de bascule
Le 20ème congrès de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) s’est tenu le 29 janvier à Arras. Plus de 700 producteurs ont assisté aux débats.
Le 20ème congrès de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) s’est tenu le 29 janvier à Arras. Plus de 700 producteurs ont assisté aux débats.
« Ce que nous vivons n’est pas une crise de rejet de la pomme de terre, ni un effondrement de la demande mondiale, et surtout pas une perte d’intérêt pour la pomme de terre française. C’est un désaxement conjoncturel, certes radical, dans un environnement mondial chamboulé », constate Geoffroy d’Evry, président de l’UNPT. Un constat partagé par les opérateurs de la filière.
L’année 2025 a connu une forte hausse des emblavements en France (+ 10 %) et en Europe (+5,2%). Contrairement aux deux campagnes précédentes, 2025 n’a pas connu de gros problèmes météo. Résultat des rendements au plus haut et un déséquilibre entre l’offre et la demande, « avec une hausse de la production de +21% en deux ans, rappelle Philippe Quennemet, président de l’interprofession de la pomme de terre transformée (GIPT). Quel marché peut absorber une telle croissance ? »
Une baisse des prix « pas terminée »
« La pomme de terre est un produit d’exception qui est malmené », déplore Thierry Foy, membre du conseil d’administration de l’UNPT. La baisse des prix se couple avec une augmentation des charges. Cette baisse de prix « est forte et n’est pas terminée », ajoute-t-il. La crise a toutefois été atténuée pour les producteurs qui avaient contractualisé avant la chute des cours. « Cela nous protège, constate Bruno Demory, président de la coopérative Expandis. Même s’il y a eu des pressions pour revenir sur certains contrats ».
Pour les pommes de terre destinées à la transformation, les difficultés pourraient être devant. « Les négociations en cours pour la prochaine campagne sont difficiles. Les acteurs principaux n'ont pas encore signé », ajoute-t-il. « On commence à entendre des offres de contrats à -10, -15 % », confirme Philippe Quennemet. Et d’avertir : « attention à ne pas faire l’hectare de trop. Le seul salut ce sera qu’il y ait moins de pommes de terre ». « Nous sommes sur un marché réellement porteur. Nous sommes des chefs d’entreprise. On doit retrouver la raison » ajoute Thierry Foy.
« Outil de rééquilibrage du pouvoir économique »
Dans son discours, Geoffroy d’Evry est revenu sur cette campagne. « La filière de la pomme de terre française traverse un phase critique », reconnait le président. Si ce n’est pas la première crise due à une production importante, « la différence est que le producteur est beaucoup plus exposé aux risques ». Ainsi, les charges ont explosé : + 45 % entre 2020 et 2025. Conséquence : « le même déséquilibre de marché produit aujourd’hui des effets beaucoup plus violents sur nos exploitations ». « Le vrai sujet n’est pas uniquement “combien on produit”, mais comment la production est organisée dans la pluralité de ses marchés pour mieux anticiper ces cycles ». Le marché mondial existe. il est même en plein essor : la consommation mondiale de frites surgelées est en hausse de 5 % en 2025. Mais, précise Geoffroy d’Evry, « les débouchés mondiaux se sont structurés, concentrés, rationalisés (...) 60% du marché mondial de la frite est depuis cette année détenu par trois entités économiques nord-américaines ».
Dans ce contexte, si la liberté de produire « est un principe fondamental, elle ne protège pas du risque économique lorsqu’elle s’exerce de manière isolée ». C’est dans ce but que l’UNPT appelle à une meilleure organisation économique qui est « un outil de rééquilibrage du pouvoir économique ». D’où le combat sur la réforme de l’Organisation commune des marchés : le but de l’UNPT est de permettre aux producteurs d’adhérer à plusieurs organisations de producteurs en fonction de la destination des pommes de terre : frais, transformé, fécule. Un combat en passe d’être gagné.
Autre sujet central pour l’UNPT : le contrat. Le contrat doit être « sécurisé », avec « un cahier des charges précis » et des engagements qui doivent « être respecté ». De plus, certaines clauses contractuelles sont validées « par des accords interprofessionnels du CNIPT et du GIPT et étendus par les pouvoirs publics, s’imposent à l’ensemble des acteurs ».
L’UNPT veut aussi « réouvrir cette année le dossier de la réception normalisée ». Enfin, Geoffroy d’Evry a rappelé la volonté de l’UNPT de regrouper les deux interprofessions CNIPT et GIPT : « Sans nier la spécificité de chacune de nos productions, je suis profondément convaincu qu’une grande maison interprofessionnelle commune de la pomme de terre serait un facteur de lisibilité, de cohérence et de force collective. N’ayons pas peur de nous engager dans ce chemin courageux » a-t-il conclu.
En même temps que le congrès, s’est tenue la 2e édition de Pro Pom’, le salon des solutions pour les producteurs de pommes de terre. Une édition couronnée de succès avec 75 exposants et plus de 2500 visiteurs.