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Défaner à l’électrique pour se passer du tout chimique

Après avoir réalisé une série de tests d’efficacité de sa solution de défanage électrique sur pommes de terre dans les Hauts-de-France, Nufarm a présenté l’outil à des utilisateurs potentiels, début octobre. 

Une méthode efficace… à condition qu’il ne pleuve pas. C’est ce que les distributeurs et utilisateurs potentiels ont pu retenir de la présentation de la solution de défanage Nucrop développée par Nufarm, à Chepoix (60), le 5 octobre dernier. D’ordinaire, le nom de Nufarm est plutôt associé aux solutions agrochimiques pour les grandes cultures, la vigne, l’arboriculture, le maraîchage ou encore les espaces verts. En participant au développement d’une machine permettant le défanage électrique des pommes de terre en lien avec la start-up allemande Crop Zone, elle a conscience de faire un grand écart, mais assume : «Clairement, cela est différent de ce que l’on fait habituellement, soulignait Hakim Khelifa, directeur France de Nufarm. Mais nous souhaitons aussi nous engager dans un changement de pra-tiques pour répondre à l’objectif de réduction de 50 % l’utilisation de produits phytosanitaires d’ici 2030.» Au rang des confessions, le représentant de Nufarm en France estime encore que «la machine n’est pas encore aboutie», mais les premiers résultats d’essais sont «prometteurs». «On a une solu-tion rapide, avec peu d’impact sur l’environnement au bout de seulement trois jours», explique de son côté Thierry Launay, responsable technique de Nufarm.

 

7 000 volts de courant continu

La solution baptisée Nucrop – il s’agit de la contraction entre Nufarm et Crop Zone – consiste à générer un champ électrique pour détruire la végétation d’une parcelle de pommes de terre avant récolte. La machine se compose de deux éléments attelés à un tracteur : à l’avant, une cuve contenant une solution électrolytique et une rampe de pulvérisation. À l’arrière, un caisson générateur d’électricité entraîné par une prise de force et une rampe de 12 m munie d’électrodes pour couvrir les rangs de pommes de terre et leur envoyer un courant continu compris entre 2 000 et 7 000 volts. Pour entraîner la machine, une puissance de 190 chevaux pour le tracteur semble être un minimum. L’association entre la pulvérisation d’un liquide conducteur et un courant électrique permet ainsi d’obtenir une dessiccation avant récolte.

 

Des tests d’efficacité dans les Hauts-de-France

Plusieurs tests réalisés dans la région Hauts-de-France en 2021 attestent d’une certaine efficacité, en comparaison avec des méthodes traditionnelles. Dans le Santerre, par exemple, «on a constaté qu’un passage de Nucrop équivaut à deux passages avec une solution chimique», rapporte ainsi Thierry Launay. L’efficacité de Nucrop s’y est traduite par la destruction de 99 % des feuilles et 97 % des tiges d’une parcelle de pommes de terre (variété Lady Alméria) contre une efficacité de «seulement» 93 % sur feuilles et 95 % sur tiges d’une solution composée de Spotlight (0,8 l), Sorcier (0,8 l) et Brasero (1,6 l). Sur une autre parcelle d’essais en variété fécule (LD17), à Chepoix, la solution Nucrop a été testée à une vitesse de 6 km/h, «sur une végétation affaissée». L’efficacité constatée est de 99 % sur feuillage et de 90 % sur tiges contre 85 % et 60 % sur un témoin. L’incidence sur le taux de matière sèche est quant à elle nulle : «D’après quatre essais que nous avons réalisés, on constate que le taux de matière sèche est comparable à un programme 100 % chimique», rassure M. Launay. Même constat en ce qui concerne l’aptitude à la friture et le nombre de germes sur tubercules. Enfin, l’utilisation d’un courant électrique sur une parcelle de pommes de terre n’entraînerait pas non plus une surmortalité de vers de terre présents. La particularité de cette méthode est de pouvoir être utilisée en agriculture biologique. Forte de ces résultats, Nufarm n’exclut pas d’étendre le recours à sa méthode au-delà du défanage de la pomme de terre : «On pourrait par exemple l’utiliser pour la destruction de couverts d’intercultures, pour le désherbage de la betterave, la destruction de tournesol ou de colza, de repousses…», avance Hakim Khelifa pour qui l’objectif est «d’étendre la palette des utilisations possibles».

 

Commercialisation en 2022

Si la technique semble aujourd’hui efficace, son coût d’utilisation n’a pour le moment pas été défini : «Après les tests d’efficacité, c’est le prochain chantier auquel on doit s’attacher», explique Benjamin Cousin, responsable clients Nord-Ouest. Nufarm vise en priorité une clientèle les entreprises de négoce, les coopératives – ce sont eux ceux qui commercialiseront aussi la solution électrolytique - et entrepreneurs de travaux agricoles ; lesquels pourraient proposer la solution «sous forme de prestation de services», détaille M. Cousin. «Il faudra aussi un service après-vente de qualité, poursuit le responsable commercial, mais nous sommes en train d’y travailler.» Une pré-commercialisation de la machine pourrait intervenir «peut-être l’an prochain», selon Hakim Khelifa. D’ici là, de nouveaux tests vont être réalisés dans de nouvelles régions : le Centre, le Grand-Est ou encore la Bretagne ; partout où l’on produit des pommes de terre. 

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