Politique
Des écolos à la droite, ces élus samariens veulent des comptes après l’échec d’Ÿnsect
Que ce soit au Sénat ou au Conseil régional, plusieurs élus de la Somme, de divers bords politiques, ont interrogé gouvernement et exécutif sur les soutiens publics accordés à l’entreprise Ÿnsect.
Que ce soit au Sénat ou au Conseil régional, plusieurs élus de la Somme, de divers bords politiques, ont interrogé gouvernement et exécutif sur les soutiens publics accordés à l’entreprise Ÿnsect.
Placée en liquidation judiciaire fin 2025, l’entreprise Ÿnsect, implantée à Poulainville (Somme), laisse derrière elle près de 200 salariés sans emploi et une facture publique estimée à 148 millions d’euros. Début février, après la révélation du montant des subventions publiques dont a bénéficié l’entreprise, plusieurs élus de la Somme ont dénoncé l’opacité des financements, l’absence de garde-fous, avant de réclamer un changement profond dans la politique d’investissement public.
«150 millions d’euros pour rien»
Le 4 février dernier, lors des questions au gouvernement, le sénateur (LR) de la Somme, Laurent Somon, a ainsi vivement interpellé l’exécutif sur les fonds publics alloués à Ÿnsect. «150 millions d’euros, c’est la somme investie par les institutions publiques à Ÿnsect, sise à Poulainville, dans la Somme. 150 millions pour une entreprise placée en liquidation judiciaire moins de quatre ans après son démarrage. Où sont passés les garde-fous, revues indépendantes, les clauses de “stop ou encore” pour des projets mobilisant des dizaines de millions d’euros d’argent public ? (…) 150 millions d’euros, c’est le budget de fonctionnement de la ville de Rouen.» Et les exemples sont encore nombreux : «C’est le montant que l’État a consacré aux projets de raccordement “complexes” à la fibre dans les territoires ruraux. 150 millions d’euros pour un échec industriel. Et près de 200 salariés abandonnés. 150 millions d’euros pour rien.» Visiblement très remonté, Laurent Somon a conclu son intervention par une mise en garde et un rappel du rôle nécessaire du Parlement : «Sans vérité, sans contrôle parlementaire effectif, la politique d’innovation n’est plus une stratégie, elle devient une loterie avec l’argent des Français.»
Le même jour, au sein de la même assemblée, c’était au tour du sénateur (PS) Rémi Cardon, également élu de la Somme, d’interroger le gouvernement. Dans un post sur le réseau social Facebook, il dit être «stupéfait» de la réponse ministérielle : «Quand on interroge le gouvernement sur l’échec industriel d’Ÿnsect, une entreprise qui a reçu 148 millions d’euros d’aides publiques, il répond simplement : “ça arrive et ça arrivera encore”.» Pour l’élu samarien, il est temps de dire «stop aux aides publiques sans contrôle et sans contrepartie.» Comme son collègue Laurent Somon, Rémi Cardon estime que «l’État ne doit plus mettre en jeu l’argent public à la loterie.»
La Région Hauts-de-France aussi interpellée
Le 5 février, c’est au Conseil régional des Hauts-de-France que Thomas Hutin, conseiller régional écologiste amiénois, a à son tour mis le dossier Ÿnsect sur la table, cette fois devant le président de Région Xavier Bertrand. «J’ai réclamé à l’exécutif de Xavier Bertrand une commission régionale d’enquête “pour faire la lumière” sur l’argent public», rapportait il y a quelques jours l’élu écologiste… qui s’est vu opposer une fin de non-recevoir. «La réponse a été nette : refus de la majorité régionale», explique M. Hutin.
148 millions d’euros depuis 2012
Selon des informations communiquées à l’AFP par le ministère de l’Économie et des Finances, Ÿnsect a bénéficié de 148 millions d’euros de financements publics depuis 2012. Le ministère, quant à lui, défend la logique initiale : «Le projet reposait sur une technologie de rupture, avec des risques techniques, industriels et financiers élevés dès le départ», plaidant que «le soutien public avait une logique stratégique claire : souveraineté alimentaire, innovation industrielle et transition écologique». Pour expliquer l’échec, l’État évoque «des difficultés techniques et industrielles, l’impact du Covid-19 et la flambée des coûts de l’énergie après l’invasion russe de l’Ukraine.» Pas de quoi éteindre colère et incompréhension face à ce qui ressemble à un énorme gâchis.