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Diversification
Des tomates pour arrondir la trésorerie de la ferme familiale

Pour permettre à Rémi Robillard de travailler à la ferme familiale, à Camon, la famille a développé une production de tomates sous serres, ainsi qu’un hectare de maraîchage. Une diversification intéressante, mais très chronophage. 

Rémi Robillard cultive ses tomates sous plus de 1 000 m2 de serres, pour un rendement moyen de 8 tonnes par an. La vente directe est privilégiée.
Rémi Robillard cultive ses tomates sous plus de 1 000 m2 de serres, pour un rendement moyen de 8 tonnes par an. La vente directe est privilégiée.
© A. P.

Elles rougissent les unes après les autres, bien accrochées sur leur grappe. Chaque matin, Rémi Robillard et son équipe de saisonniers s’affairent aux serres de tomates qu’ils récoltent depuis deux bonnes semaines. «Les premières serres ont été installées en 2014, année de mon bac. Il fallait diversifier les productions pour que je puisse rejoindre la ferme», explique le jeune agriculteur. Aujourd’hui, cette activité supplémentaire – l’exploitation comprend 200 ha de cultures céréalières, betteraves et pommes de terre fécule, une production d’endives l’hiver ainsi qu’une activité de prestation de services - lui permet une activité salariée à temps plein dans l’exploitation de son père, Patrick, à Camon. 

Un peu plus de 1 000 m2 sont cultivés pour un rendement moyen de 8 t par an. 1 ha de maraîchage est attenant. Première étape : bien produire. Les plants, qui viennent d’une entreprise de l’Oise, sont repiqués début mai. Le travail consiste alors à attacher la plante sur son fil tuteur au fur et à mesure qu’elle pousse, et à les «pincer», soit enlever les gourmands qui nuisent au rendement en fruits. Une fois mures, les tomates sont cueillies, triées, et placées dans des caisses. La production devrait pouvoir s’allonger jusque mi-novembre, aux premières gelées. «En fin de saison, on coupe les têtes pour que les plantes ne nourrissent plus que ses fruits.»

 

Apprendre de ses erreurs

Tout est conduit sans traitement, avec un système de micro-irrigation. «Les tomates sont particulièrement sensibles au mildiou. Mais si la serre est constamment aérée, et que tout est sec à 10 h du matin, il n’y a pas de problème.» Rémi a appris de ses erreurs : «on ne plante plus de pommes de terre dans la parcelle d’à côté pour éviter la contamination. En 2016, année pluvieuse où on avait emblavé 6 ha de pommes de terre derrière, on a perdu une serre complète.» Les fortes chaleurs peuvent aussi porter préjudice. «Quand le thermomètre monte trop fort, la tomate se bloque.» Elle continuera de grossir et de mûrir quand celui-ci redescendra.

Une petite dizaine de variétés s’épanouissent sous ces serres. «Nous avons trois variétés de tomates rondes, celles qui plaisent le plus au consommateur, car elles répondent au standard, ainsi que des cerises et quatre variétés d’anciennes.» Ces dernières, véritable cœur de bœuf, ananas, noire de Crimée et green zebra, sont beaucoup moins séduisantes, difformes et pas aussi rouges que les rondes. Le rendement est aussi bien moindre «Gustativement, ça n’a pourtant rien à voir. Elles sont bien meilleures !» 

Ces variétés séduisent tout de même les clients de la vente directe. «Nous essayons de vendre au maximum à la ferme», confie Rémy. Les tomates de Camon sont aussi à la table de quelques restaurants locaux, comme La Rotisserie, dans le même village, et l’Atelier des saveurs, à Longueau, ainsi qu’à un distributeur automatique. Le reste est livré à des grossistes et des grandes surfaces de la région et un peu d’Île-de-France. «Nous faisons beaucoup de route.» Comme tous les producteurs de fruits et légumes, les Robillard subissent la mauvaise conjoncture (cf. encadré). «Lors du premier confinement, c’était royal. On vendait en une journée ce qu’on avait l’habitude de vendre en une semaine. Mais aujourd’hui, c’est très calme…»

 

Rare main-d’œuvre saisonnière

L’inconvénient de la production de fruits et légumes est aussi celle de la main-d’œuvre. «On a de plus en plus de mal à recruter des saisonniers fiables. Quelques anciens habitués travaillent toujours pour nous. Mais nous ne parvenons pas à fidéliser des jeunes du coin.» Le travail dans les serres, bien que laborieux, permet une certaine souplesse. «Pendant les fortes chaleurs, les salariés ont pu aménager leur emploi du temps, pour travailler à la fraîche.» 

Il n’empêche que la tomate, incontournable de l’été, tire un peu mieux son épingle du jeu que d’autres légumes. Elle devrait encore vivre de belles années à Camon. 

 

Hausse des prix : Interfel soutient les demandes de Familles rurales

«Mettre en place un chèque alimentaire qui permettrait à tous d’accéder à une alimentation de qualité est urgent», martèle Interfel. Le jour de la publication de l’observatoire des prix des fruits et légumes 2022 de Familles rurales, le 22 juillet, l’interprofession fruits et légumes réagissait en apportant son soutien aux demandes émises par l’association de consommateurs au gouvernement. 
Interfel reste néanmoins prudente sur les chiffres annoncés par Familles rurales (11 % d’augmentation sur le panier observé par l’association*) et cite des baisses sur quelques produits d’été par rapport à l’an dernier : «Le prix au kilo d’abricots a baissé de 30 centimes, celui du melon de 15 centimes et des pêches de 20 centimes». L’interprofession souligne aussi le contexte inédit de la période étudiée par l’observatoire de Familles rurales (juin 2021 à juin 2022), en rappelant également la spécificité des fruits et légumes, «produits fragiles et météo-sensibles dont le prix n'est pas directement lié à l'inflation» mais varie en fonction du volume, des intempéries etc.
Si le prix de certains fruits et légumes sont effectivement en hausse, «la très grande diversité des fruits et légumes permet de se reporter sur un autre fruit ou légume lorsque certains sont plus chers du fait de la conjoncture», suggère Interfel qui souligne ainsi «l’importance d’améliorer l’information des Français sur la diversité et disponibilité des produits» afin d’atteindre les cinq fruits et légumes par jour recommandés par le Programme national nutrition santé, le fameux PNNS.

* Abricots, banane, citron jaune, fraises rondes, melon charentais, pastèque, pêches, pommes Golden ou Gala, aubergine, carottes, concombre, courgette, haricots verts, laitue, poivron vert, pomme de terre, tomate grappe).

 

Moins d’endives face à la crise

Chez les Robillars, l’endive de salle fait partie de la famille. «On en produit depuis 1947», assure Rémi. Les producteurs misent sur la qualité de leur produit estampillé Terroirs Hauts-de-France. «Nous achetons nos graines chez le semencier Hoquet, dans le Nord, réputé pour les qualités gustatives de ses variétés. Le goût, c’est indispensable pour la vente directe.» En plus des traditionnels chicons, l’endive rouge, produit festif, est aussi proposé dès début décembre. «On a voulu la faire connaître car elle est très bonne. Elle ne se mange cependant que crue.» Seulement, la crise historique qu’a connue l’endive cet hiver n’a épargné personne. Le 25 novembre 2021, elle affichait même un prix de première mise en marché record à - 45 % en dessous de la référence hebdomadaire. À Camon, la saison a été volontairement écourtée. «Nous avons arrêté le 17 mars, en jetant un mois de production. On perdait de l’argent à les forcer.» L’endive est avant tout gourmande en main-d’œuvre. Jusqu’à douze saisonniers sont nécessaires. Cet hiver, la famille prévoit d’emblaver 10 ha d’endive au lieu de 15 les années précédentes. «On en produira moins par jour, et sur une durée plus courte.»
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