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Industrialisation
Avec Ecofrost, Péronne retrouve la patate

C’est désormais du concret : les premiers coups de pelle pour l’usine Ecofrost seront donnés en février, à la friche Flodor de Péronne. L’industriel belge spécialiste de la frite surgelée annonce un approvisionnement de 200 000 t de pommes de terre à la rentrée 2026, et environ 400 000 t à l’horizon 2030. Une opportunité pour les agriculteurs locaux.

Après une première phase de construction, l’usine réceptionnera 200 000 t de pommes de terre dès septembre 2026. Ecofrost vise 400 000 t à l’horizon 2030, après une deuxième phase de travaux.
Après une première phase de construction, l’usine réceptionnera 200 000 t de pommes de terre dès septembre 2026. Ecofrost vise 400 000 t à l’horizon 2030, après une deuxième phase de travaux.
© Ecofrost

L’idée de monter une ligne de transformation de pommes de terre trottait dans la tête de Matthieu Lenglet depuis un moment. «Il était difficile de rivaliser avec les industriels belges. J’ai pu échanger avec Ecofrost, et vanter les terres du Santerre propices à la production de pommes de terre. Le projet leur a plu. Le voilà qui se concrétise désormais», se réjouit le producteur de Blangy-Tronville, pleinement impliqué dans le projet.

Il s’agit d’une deuxième usine pour la PME familiale belge spécialisée dans la frite surgelée, qui transforme déjà 500 000 t de pommes de terre sur son site de Péruwelz. «La Somme, grande région productrice de pommes de terre, est un lieu stratégique pour s’implanter. Le site de Péronne répond aux deux contraintes principales, que sont l’approvisionnement local en matières premières, et le captage puis le traitement des eaux dont a besoin une usine pour fonctionner», explique Olivier Maes, responsable projet chez Ecofrost. Annoncé dans un premier temps en 2022, l'acte de vente a été signé il y a quelques jours entre le fabricant belge et la ville de Péronne, propriétaire depuis 2017. Il y a dix-sept ans, sur ce même site, la firme Flodor fermait les portes de son usine de production de chips. «Retourner à la pomme de terre à ce même endroit prend tout son sens», commente Olivier Maes.

Retourner à la pomme de terre à l’endroit où l’on transformait des chips il y a plus de quinze ans prend tout son sens.

La première phase de la construction doit débuter en ce mois de février, pour un budget de 140 millions d’euros. 200 000 t de pommes de terre seront traitées en septembre 2026, pour une production de 100 000 t de produits finis, frites surgelées et produits à base de purée surgelés (croquettes, boulettes…) qui permettent de valoriser les pommes de terre non conformes. La deuxième phase doit permettre de doubler cette production et de porter l’approvisionnement à 400 000 t de pommes de terre à l’horizon 2030 (pour environ 8 000 ha). 90 emplois directs sont annoncés en 2026, et 60 de plus peuvent être comptés d’ici 2030. «À cela s’ajoute l’économie circulaire que l’usine engendrera, à commencer par l’opportunité pour les agriculteurs.»

Concernant la commercialisation, «la moitié du volume sera à destination du marché Français». «Proposer une frite produite et transformée en France, dans une entreprise dotée d’un actionnariat français, est un réel atout pour capter les clients français», pointe Olivier Maes. Le reste sera à destination de l’export, en Europe du Sud pour la plupart.  «Nous y réalisons environ un quart de notre chiffre d’affaires (150 M€ pour l’usine belge).»

 

Trouver les surfaces

Le défi, pour l’industriel, reste de trouver les surfaces nécessaires. «Nous travaillons déjà avec des producteurs français, du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme, pour 15 % du volume de l’usine belge.» Deux raisons à cela : la matière première ne suffit pas en Belgique, et certains clients français imposent une part d’origine France dans les approvisionnements. Pour développer la production, Matthieu Lenglet est un partenaire idéal. «Il connaît la structure des sols, la manière de travailler la pomme de terre dans ce secteur.» L’actionnaire français acquiesce : «nous apporterons un accompagnement technique à ceux qui en ont besoin, en termes de production et de stockage. Mais la force de notre secteur est d’être déjà riche d’agriculteurs très compétents dans le domaine». Le démarchage des producteurs devrait se faire dans les prochains mois.

 

Un fort ancrage local

Exportateurs de pommes de terre brutes, et importateurs de produits transformés avec, au passage, la perte de la valeur ajoutée. L’installation d’une usine telle que celle d’Ecofrost Péronne répond «à une grosse attente du monde agricole», assure Matthieu Lenglet, un des responsables du nouveau site français, lui-même producteur de pommes de terre depuis 2008 à Blangy-Tronville. Pour lui, cette implantation va permettre de développer le tissu local. «L’ancrage territorial est fort. En témoigne la structure française qui a été créée pour cette activité.»
Matthieu Lenglet voit aussi en ce projet la réponse à la maîtrise de l’emprunte carbone, défi du siècle auquel l’agriculture doit participer. «En transformant sur place, on réduit fortement le transport de la matière première comme du produit fini.» La reconversion de la friche Flodor répond à l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) dont s’est dotée la France. «Il n’y a aucune emprise sur du foncier agricole pour la construction de l’usine», assure Matthieu Lenglet. Et d’ajouter que le fonctionnement de cette nouvelle construction «est pensée pour réduire l’empreinte environnementale au maximum».

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