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Engraisser ses broutards : quel intérêt économique ?

Engraisser ses broutards est un moyen d’apporter de la valeur ajoutée à son élevage. Simon Doligez présente ses premiers résultats d’engraissement de taurillons.

© AAP



C’est lors de la porte ouverte du 9 janvier organisée par la chambre d’agriculture chez Simon Doligez à Gapennes que l’assistance a pu voir le troupeau constitué de soixante vêlages en race charolaise et les nouvelles installations. À cette occasion, de la place en bâtiment a été gagnée sur trois travées de l’ancien hangar pour l’engraissement. Chacun a été le témoin du démarrage de l’engraissement des broutards, mais maintenant que les animaux sont vendus, je remercie Simon Doligez d’accepter de nous communiquer ses résultats.
Les trente-quatre broutards ont été sevrés le 14 juillet en un seul lot, car les vêlages sont très groupés (octobre – novembre). Vingt-trois broutards sont sortis à l’herbe tandis que onze autres n’ont jamais été dehors et sont restés au bâtiment pendant l’engraissement de leur mère. Un vermifuge a été réalisé au sevrage et un rappel de vaccin grippe au mois d’octobre. Les animaux ont été alimentés en ration sèche jusqu’au 15 octobre.
À partir de cette date, c’est le maïs et la pulpe qui ont été utilisés. Un broutard est mort au début de l’engraissement et un cas de boiterie  a été soigné en fin d’hiver. La conception des bâtiments, avec un couloir arrière, a permis de mettre en permanence de la paille alimentaire fraiche et aucun signe d’acidose n’a entravé la croissance. C’est aussi ce couloir arrière qui a permis de peser souvent et avec facilité et sécurité les taurillons, environ vingt minutes par pesée. Le niveau génétique avec maintenant dix ans d’insémination artificielle a pleinement contribué aux bonnes performances d’engraissement.

Le bilan par Simon Doligez
Les premiers départs ont eu lieu les 16 et 31 mars à 16,8 mois après seulement huit mois d’engraissement pour 490 kg de poids carcasse à 3,73 €. On est content parce que c’est rapide, mais ce sont les meilleurs. Au final, j’ai vendu en cinq fois et les quatre derniers sont partis à 450 kg carcasse à 18,6 mois le 8 juin. Avec le Covid-19, les prix se sont effondrés à 3,60 €, mais j’avais un contrat Cobevial avec un prix garanti minimum à 3,75 € jusqu’au 3 mars puis à 3,70 € dans la limite de 480 kg.
L’été, l’alimentation sèche se fait au seau et le paillage trois fois par semaine. C’est rapide, mais cela devient vite du sport avec 230 kg à distribuer chaque jour. L’été, c’est du travail en plus, mais avec la sécheresse, j’avais aussi mes génisses d’un an en bâtiment.
J’avais, en 2019, 5,8 ha de maïs implantés en mauvaise terre. Il a toujours eu soif et je pense avoir récolté 10 t de matière sèche (MS) par hectare. J’ai racheté 3 ha de maïs, ce qui me fait un prix moyen de la tonne de MS de 155 € au lieu de 100 € : un surcoût alimentaire de 25 €/JB.
Je suis autonome en paille et j’ai sorti environ 200 t de fumier en plus, ce qui sera favorable sur mon bilan de fertilisation.
J’avais fait un projet technique avant de me lancer, et l’objectif est respecté. Cela aurait même pu être meilleur de 50 €/JB, sans perte et sans problème de maïs mais, au final, l’opération est satisfaisante.
Cette année, sur trente mâles, j’ai dix jumeaux. Au niveau technique, cela sera moins bon, mais les prix seront peut-être meilleurs. Une année à la fois… Et une nouvelle étape technique sera franchie avec dix génisses en vêlage à deux ans.

 

Rationnement :
Ration sèche jusque octobre : 162 €/t
Pulpe sèche 3,5 kg 190 €/t  Corex 200 3,5 kg
Ration humide octobre-mai : 44 €/t Maïs ensilage 9,3 kg
21,5 €/t Pulpe surpressée 9,3 kg 190 €/t  Corex 200 2 kg
333 €/t Soja 0,5 kg

Performance économique :
Prix du broutard : 980 € (2,6 €/kg vif)
Coût alimentaire/JB : 400 €
/jour : 1,41 €
Pour faire 1 kg vif : 0,86 €
Sanitaire : 17 €
Frais divers : 21 €
Charge pour perte : 32 €
Frais financier : 6,5 € (sur 9 mois)
Vente : 481 kg x 3,71 € = 1 784 €
Marge brute/JB : 357 €
Marge brute atelier JB : 12 000 €

Performances techniques :
Âge des broutards : 8,4 mois
Poids des broutards : 375 kg
Poids carcasse : 481 kg
Poids vif : 814 kg
Rendement : 59,1 %
Temps de présence : 280 jours
GMQ : 1 640 g
Age à la vente : 17,5 mois
Nombre de pertes : 1 (3 %)





La courbe de croissance accuse une nette baisse à la pesée de septembre. Au début, les taurillons avaient l’aliment sec à volonté. Face à la croissance élevée, à la consommation qui s’envolait et à la canicule d’été, Simon a été décidé de bloquer le concentré à 7 kg/JB/jour. La croissance s’est effondrée et les animaux ont alors consommé beaucoup de paille pendant deux mois. Contre toute attente, celle-ci est repartie à la hausse avec l’alimentation humide distribuée à volonté. Jusqu’à l’abattage, la croissance est restée très élevée alors qu’habituellement elle s’écroule. Il y a eu compensation, mais aussi et surtout parce que le bon état de la panse des ruminants, avec une consommation de paille importante, l’a permis. Cette pratique particulière, «freiner pour repartir de plus belle», désormais appelée «technique Doligez» a fait ses preuves, et c’est la pesée qui a permis de la mettre en évidence.

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