Pommes de terre
Gestion du déficit hydrique en culture de la pomme de terre : jouer la carte variétale
Dans le cadre du collectif d’agriculteurs du GIEE Sols Vivants du Santerre, plusieurs producteurs engagés dans une agriculture innovante ont conduit, en 2025, une série d’essais sur la culture de pomme de terre, destinés notamment à l’industrie (Mousline comme partenaire du projet). L’objectif est d’améliorer les performances économiques des structures tout en réduisant l’impact environnemental. Un des axes étudiés et présenté ici concerne l’aspect variétal.
Dans le cadre du collectif d’agriculteurs du GIEE Sols Vivants du Santerre, plusieurs producteurs engagés dans une agriculture innovante ont conduit, en 2025, une série d’essais sur la culture de pomme de terre, destinés notamment à l’industrie (Mousline comme partenaire du projet). L’objectif est d’améliorer les performances économiques des structures tout en réduisant l’impact environnemental. Un des axes étudiés et présenté ici concerne l’aspect variétal.
Le choix variétal est le premier facteur qui permet une adaptabilité de son système en fonction de ses capacités de production et des destinations souhaitées.
L’objectif de cet essai est de caractériser la tolérance de chaque variété au stress hydrique et ainsi pouvoir affiner les recommandations agronomiques à apporter aux producteurs et aux industriels.
Effet de l’irrigation : une baisse généralisée mais différenciée
L’analyse des résultats met en évidence une diminution quasi systématique du rendement en conditions non irriguées. Ce constat confirme l’impact majeur du déficit hydrique sur la culture de pomme de terre, particulièrement en phase de tubérisation et de grossissement.
Toutefois, au-delà de cette tendance globale, l’amplitude de la baisse varie significativement selon les génotypes (variétés). Cette interaction génotype × régime hydrique traduit une diversité de réponses physiologiques de la part des variétés, face au stress : efficience de l’eau, maintien de l’activité photosynthétique, limitation de l’avortement des tubercules, etc.
Typologie des comportements variétaux
L’analyse permet de distinguer trois grands profils :
1. Variétés tolérantes au stress hydrique
(DB-649-16-3, Palace, Theda, Storm, Lady Avalon et Travis)
Ces variétés présentent soit un niveau de rendement élevé en conditions non irriguées, soit un différentiel irrigué/sec limité. Elles combinent stabilité et performance relative, suggérant une bonne efficience d’utilisation de l’eau. Leur positionnement au-dessus ou à proximité de la moyenne en conditions sèches en fait des références pour les systèmes à irrigation contrainte.
2. Variétés sensibles au stress hydrique
(Honorata, Gravity, Valencia, Norman et Leonore)
Ces variétés enregistrent des rendements faibles en sec (de l’ordre de 5,5 à 7,5 t MS/ha), traduisant une forte dépendance à l’irrigation. Leur chute de performance indique une sensibilité marquée aux déficits hydriques, possiblement liée à une moindre capacité de régulation stomatique ou à un système racinaire moins exploratoire.
3. Variétés à fort potentiel mais instables
(Esperanto, Lady Jane et Carlos)
Ces profils se caractérisent par des rendements élevés en conditions irriguées mais une forte dégradation en sec. Leur potentiel génétique est réel, mais fortement conditionné par la disponibilité en eau, ce qui les destine prioritairement aux contextes irrigués.
Focus sur la matière sèche : un critère discriminant
Au-delà du rendement global, la capacité à produire de la matière sèche constitue un levier déterminant pour les filières de transformation. À ce titre, certaines variétés se démarquent nettement, notamment DB-649-16-3 et Lady Avalon, qui combinent bon niveau de MS et tolérance au stress.
Fait notable : Norman affiche également une bonne aptitude à produire de la matière sèche, malgré sa sensibilité au déficit hydrique. Cela souligne l’importance de croiser les critères (rendement, stabilité, qualité) dans le choix variétal.
Enseignements agronomiques et recommandations
Cet essai met en évidence plusieurs points clés :
• Le stress hydrique impacte systématiquement le rendement, mais avec une intensité dépendante du génotype.
• La variabilité variétale est suffisamment marquée pour constituer un levier d’adaptation agronomique.
• Le choix variétal doit être raisonné en fonction de la capacité d’irrigation et des objectifs de production (rendement vs matière sèche).
• En conditions hydriques limitantes : privilégier DB-649-16-3, Palace, Theda, Storm, Lady Avalon.
• En systèmes irrigués : possibilité de valoriser des variétés à fort potentiel comme Esperanto, Lady Jane ou Carlos.
• Pour les débouchés industriels : intégrer le critère matière sèche dans l’arbitrage variétal.
Conclusion
Dans un contexte de changement climatique, cet essai confirme l’intérêt stratégique de la sélection variétale comme levier d’adaptation. L’identification de profils tolérants et stables constitue un atout majeur pour sécuriser les productions, en particulier dans les zones où l’accès à l’irrigation devient limitant.
Toutefois, il est important de prendre en compte la destination des tubercules produits avant de choisir la variété. Ces variétés ont des réponses différentes à la transformation. Le rendement n’est pas le seul paramètre à prendre en compte.