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Joyeux anniversaire (confiné), P’tit train de la Haute Somme

Le P’tit train de la Haute Somme soufflera ses cinquante bougies le 13 juin. Avec la crise sanitaire, l’Appeva, l’association aux commandes, a préféré reporter la grande fête en son honneur en 2022. Mais le voyage se poursuit. 

Ce mardi matin d’avril,  à La Neuville-les-Bray, hameau de Froissy, quelques bénévoles passionnés de l’Appeva (Association picarde pour la préservation et l’entretien des véhicules anciens) s’affairent. Au programme : nettoyage des voies encombrées par des feuilles, et maintenance des bogies, ces chariots situés sous le véhicule ferroviaire sur lequel sont fixés les essieux. La locomotive Vulcan à vapeur, construite en 1925 en Allemagne, ne fera pas ronfler ses 180 chevaux tout de suite. Ses camarades à vapeur ou diesel non plus. Les mesures liées à la crise sanitaire les contraignent à rester au hangar.
Il leur faudra attendre le printemps prochain pour fêter dignement un anniversaire mémorable : «le 13 juin, cela fera exactement cinquante ans que le P’tit train de la haute Somme balade les touristes de Froissy à Dompierre en passant par Cappy», annonce Alain Blondin, membre historique de l’association. Le fils et petit-fils de cheminots a été élevé dans les gares de la région SNCF Nord, où son père officiait comme adjoint au chef de gare. «Chaque semaine, je lisais attentivement La Vie du rail, et un jour de 1971, j’y ai découvert l’existence du P’tit train de Cappy, rebaptisé P’tit train de la Haute-Somme», se souvient-il. Aujourd’hui, ce P’tit train l’anime toujours autant.
Son histoire est captivante. Les 7 km de la ligne à voie étroite (60 cm), faisait partie d’un réseau construit par les armées françaises et britanniques pour la bataille de la Somme, en 1916. Il couvrait à l’époque une trentaine de kilomètres, et permettait de transporter jusqu’à 1 500 t de matériel et munitions par jour. «Une grande partie du réseau à voie étroite, abandonné, fut réutilisé par le Ministère des régions libérées pour la reconstruction de 1919 à 1924. À partir de 1924, les routes rendirent l’emploi de ces petites voies inutiles, la plupart des lignes furent alors vendues à des industries privées. La ligne actuelle du P’tit train de la Haute Somme fut rachetée par la sucrerie de Dompierre», raconte l’Appeva sur son site internet. C’est en 1970 que quelques amateurs de chemins de fer sauvèrent la ligne, que la sucrerie avait sous peu décidé de fermer. 

La montagne de Cappy à gravir
«Nous avons dû reconstruire une partie de la voie, et nous avons cherché des locomotives à vapeur un peu partout, qu’il a fallu remettre en état de marche», confie Alain Blondin. Aujourd’hui, la collection s’étend à trente engins à moteurs, dont sept locomotives sont classées monuments historiques, et cent-vingt wagons, tantôt restaurés, tantôt construits de toute pièce à partir d’une photo d’époque. La qualité indispensable à une locomotive pour intégrer l’équipe ? Sa puissance ! «La Somme est nommée à tord le pays plat, rit le cheminot amateur. Ici, le train a 50 m de dénivelé à grimper. Ce n’est pas pour rien qu’on appelle cet endroit la montagne de Cappy.»
Le départ de la balade d’une heure se fait du musée des chemins de fer à voie étroite, le long du canal de la Somme. La ligne s’engage dans une tranchée de plus en plus profonde et pénètre dans un tunnel courbe de plus de 200 m de long. «Cet ouvrage, construit en 1927 par la sucrerie évitait le passage des trains dans les rues de Cappy, comme c’était le cas pendant la guerre. Il est devenu l’une des attractions du réseau», note l’Appeva. La ligne quitte le tunnel sur un passage à niveau et longe les maisons du village en contrebas. Elle continue le long d’une pâture puis franchit la route de Chuignes sur un pont métallique long de 6 m, surnommé «le viaduc» par les gens du cru, pour aboutir dans un bois. 

Fameux «Z»
Elle atteint alors le fameux double rebroussement en «Z» qui fait sa particularité. «Cette disposition particulière de voie est rare en Europe. Elle se rencontre surtout en hautes montagnes. Ce “Z“ permettait aux locomotives peu puissantes de gravir les 50 m de dénivellation qui séparent le canal de la Somme du plateau du Santerre.» La voie continue de grimper et rejoint enfin la route départementale 164 qu’elle franchit peu après, offrant une vue panoramique sur les collines dominant Péronne, à l’Est, et l’aérodrome de Méaulte, au Nord-Ouest. Les vestiges de la sucrerie, fermée en 1988, se dressent sur la droite. Terminus. La machine est alors dételée pour la remise en tête et le retour s’effectue sur le même trajet.

Des jeunes investis
Pour offrir une telle expérience aux 12 000 touristes annuels (hors période de crise), du 1er mai à fin septembre, les bénévoles se retroussent les manches toute l’année. «Nous sommes deux-cent-trente membres issus du monde entier. Mais vingt-cinq d’entre-nous sont réellement actifs», précise Alain Blondin. En plus de l’accueil des touristes en pleine saison et de l’entretien des trains, celui de la voie est colossal. «Le train crée des vibrations et la font bouger. Nous l’avons déjà reposée quatre ou cinq fois». La plupart des actifs sont des gens du cru : «beaucoup sont des jeunes du village qui se sont pris au jeu». Aujourd’hui, le P’tit train de la Haute Somme offre avant tout une aventure qui fédère les âmes. 

ANCIEN

Avant les touristes, le transport des betteraves

La sucrerie Normand & Cie de Dompierre-Becquincourt, au cœur de la plaine agricole du Santerre, est née en 1879. Elle sera détruite pendant la Première Guerre mondiale, et ne sera reconstruite qu’en 1922, alors que l’Est de la Somme est placé sous la tutelle du Ministère des régions libérées. Nommée Sucrerie centrale du Santerre (SCS), elle utilise notamment la voie étroite installée par l’armée française en 1916. Elle l’utilisera jusqu’en 1973 pour transporter le sucre jusqu’au canal de la Somme. Râperie, distillerie, four à chaux et cuves sont construits. L’usine dispose aussi de logements pour les cadres, ainsi que des pavillons qui abritent les employés, permanents ou saisonniers, puisqu’elle ne fonctionne à plein régime que trois mois durant dans l’année. Au commencement des années 1980, 4 500 tonnes de betteraves étaient écrasées chaque saison par plus de deux-cents salariés. Celle-ci fermera définitivement ses portes en 1988.
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