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L'avenir de l'endive du champ à la palette

Producteurs d'endives, conseillers et partenaires de la filière étaient attendus jeudi 6 octobre à la station expérimentale de l'Apef pour la réunion technique annuelle. Régis Catteau, son directeur technique, fait le point sur les actualités et les résultats des essais.

Depuis 1994, la station expérimentale de l'Apef travaille pour les producteurs d'endives de la plantation au conditionnement, du champ au hangar.
Depuis 1994, la station expérimentale de l'Apef travaille pour les producteurs d'endives de la plantation au conditionnement, du champ au hangar.
© L. T.

Implantée à Arras depuis près de trente ans, la station expérimentale de l'Apef (association des producteurs d'endives de France) a une mission de recherche et de développement pour laquelle elle partage chaque année ses résultats aux différents maillons de la filière. Jeudi 6 octobre, l'heure était au bilan des essais de ces derniers mois, réalisés au champ, hors sol et sous le hangar, par l'équipe de techniciens et ingénieurs. Régis Catteau, directeur technique de l'Apef, résume en dix points ce qu'il faut en retenir. 

 

Les emballages 

Si les endiviers sont concernés par la loi qui interdit les emballages plastiques depuis janvier 2022 pour tout produit de moins d'1,5 kg, ils disposent d'une dérogation jusqu’à fin 2024. «On cherche des solutions pour remplacer le plastique. Une ingénieure travaille sur une trentaine de solutions, papier, cellulose, etc. qui permettent au produit de respirer et d'être conservé. Pour l'instant, on n'a pas de solution à part de choisir des sachets de plus d'1,5 kg ! C'est un sujet qui nous impacte énormément.»

 

Les variétés

Sur la trentaine de variétés commercialisées, quelques-unes seulement sont implantées par les producteurs d'endives, qu'elles soient précoces, de saison et tardives. Cette année, six nouvelles variétés ont été étudiées par l'Apef. Les racines sont analysées à la récolte puis rendement, qualité et conservabilité du produit sont étudiés. «Chaque année, nous éditons ensuite une feuille d'évaluation avec nos préconisations pour les variétés.»

 

Le désherbage 

Au-delà des tests de désherbages mécaniques, «jamais abandonnés», l'Apef a évalué «une autre façon de biner» avec le robot Farmdroïd. «Dans l'état, il ne convient pas encore aux endiviers - même s'il intéresse quelques producteurs bio - car il est vraiment fait pour les betteraves.» Déjà testé en production avec l'association Eco-phyt', le désherbage ciblé d'Eco Robotix - qui analyse la forme de la plante à partir d'algorithmes créés pour chaque culture et repère les adventices - a également été scruté à la loupe. Conclusion pour les experts de l'Apef : «Cela demande d'adapter sa stratégie de désherbage.» Enfin, l'avenir incertain de certaines molécules homologuées depuis des années implique pour l'Apef d'être «toujours en recherche de nouveaux herbicides. Au niveau européen, on a tendance à en retirer plus qu'à en ajouter, il faut bien trouver des solutions.» 

 

La lutte contre les ravageurs 

L'expiration d'un insecticide à base de la molécule spirotétramate est à l'origine d'essais sur sable et au champ. L'équipe a compté les pucerons lanigères, qui puisent nutriments et eau dans les racines de l’endive et craignent peu d'auxiliaires : jusqu'à 10 000 par pied en une année sans aucun traitement. «La grosse problématique est l'abandon en 2025 de cet insecticide contre les pucerons lanigères. On cherche donc des solutions en bio contrôle : on teste des solutions naturelles qui ont une efficacité moindre que les chimiques.» Pour la mouche de l'endive, l'équipe est aussi en quête d'alternatives. «L'insecticide Benevia va, depuis six ans, de dérogation en dérogation. Le produit n'est pas encore autorisé sur endives contrairement à d'autres cultures. On espère vraiment avoir l'homologation car pour l'instant, on n'a pas d'autres solutions.» 

 

La résistance au stress hydrique 

«Historiquement, les endives étaient assez résistantes à la sécheresse mais, aujourd'hui, davantage de parcelles sont arrosées. L'irrigation est de plus en plus pratiquée pour faire lever, au cours de l'été, et parfois pour arracher.» En cultures sur sable et au champ, la résistance au stress hydrique est ainsi examinée par l'équipe de l'Apef. Le but est de voir les conséquences sur le grossissement des racines, le rendement, la qualité et la conservabilité. «On évalue si certaines variétés sont plus sensibles que d'autres. On teste aussi des sondes capacitives - qui évaluent l'humidité du sol et aident à la prise de décision d'irriguer ou non.» 

 

La diversification 

Endive rouge, Carmine et Barbucine : la famille des chicorées compte d'autres produits et marques pour lesquels de petits marchés peuvent permettre aux producteurs de diversifier leur activité et varier les conditionnements. «Ils se cultivent sur les mêmes parcelles, avec le même matériel et l'étape de forçage. Les techniciens et ingénieurs de l'Apef réalisent des essais variétaux pour sélectionner et évaluer les variétés.» Les opérateurs commerciaux tentent de développer ces marchés, considérés plus haut de gamme. 

 

La lutte contre les chardons et les laiterons 

Les chardons et les laiterons vivaces sont des espèces assez proches de l'endive, d'un point de vue botanique, et sont difficiles à détruire, excepté par le glyphosate. En betteraves et céréales, des herbicides permettent de limiter l'invasion, mais en endives, il y a peu de solutions, à part le binage mécanique. Lors de la réunion technique, Agro-transfert présentait les méthodes alternatives dans la lutte contre ces espèces invasives. L'association préconise de profiter de l'interculture et d'utiliser le bon appareil pour détruire les rhizomes en profondeur. Le déchaumeur à ailettes est préconisé. 

 

Le tassement de sol 

Voici venue la période des arrachages. «Les bennes sont de plus en plus lourdes, les tracteurs puissants : attention à l'impact du tassement, qui réduit la vie du sol.»

 

L'oxygénation des solutions nutritives 

Apporter de l'oxygène pur dans l'eau de forçage : le sujet est étudié depuis un an par l'Apef et la société Air liquide. «Il y a un effet bio stimulant, qui permet de remplacer certains engrais, et bio contrôle, en limitant le développement des pathogènes. Des conditions et réglages sont nécessaires pour que cela soit efficace. Il y a un intérêt surtout en productions biologiques mais cela peut intéresser l'ensemble des producteurs.» 

 

La crise énergétique 

Devant les participants à la réunion technique, Stéphane Jacquet, nouveau directeur de l'Apef, a fait un point rapide sur la crise énergétique et les discussions en cours avec le cabinet du ministre de l'Agriculture. Devant l'urgence de la situation, les endiviers sont en quête de solutions. «Nous sommes en contact direct avec les conseillers ministériels et le ministre en personne pour attirer l'attention du gouvernement sur la filière et faire évoluer le dispositif d'aide, peu adapté aux endiviers. Beaucoup d'entre eux n'ont pas signé leurs contrats pour l'an prochain, la situation est très inquiétante.»

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