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Le coronavirus contamine l’économie agricole locale

Le point commun entre les produits locaux, le lait à destination de l’industrie, le lin et les céréales ? Tous ces produits agricoles de la Somme subissent (plus ou moins), les conséquences de l’épidémie de Covid-19.

Pour beaucoup, l’inquiétude réside surtout dans la possibilité d’un conditionnement obligatoire. «Nous ne pouvons pas arrêter de collecter le lait», témoigne Olivier Vermès, président de Lact’Union.
Pour beaucoup, l’inquiétude réside surtout dans la possibilité d’un conditionnement obligatoire. «Nous ne pouvons pas arrêter de collecter le lait», témoigne Olivier Vermès, président de Lact’Union.
© Alix Penichou



Des entreprises à l’arrêt, des cours de bourse qui plongent avant de remonter timidement, la chaîne d’approvisionnement mondiale qui se grippe… L’épidémie de Covid-19 s’étend dans le monde et la croissance économique est revue à la baisse. L’agriculture est aussi impactée de plein fouet, y compris dans la Somme.
Emmanuel Frémaux, co-gérant de la Ferme des 3 châtaigniers, à Villers-Tournelle, a été pris au dépourvu, lundi dernier, lorsque des commandes de sa viande de porc, transformée sur place, prêtes à partir, ont été annulées.
En cause : la fermeture des établissements scolaires de l’Oise qu’il livre via Approlocal, en raison de l’épidémie de coronavirus. «J’ai ainsi perdu 5 à 6 000 € de commandes», assure-t-il. Les restaurations collectives  et scolaires représentent environ 35 % de sa clientèle.
À cela s’ajoutent la diminution des commandes de la Somme. «Les établissements sont frileux, car ils ne savent pas s’ils seront soumis à une obligation de fermeture. Pour leur cantine, ils privilégient donc les produits surgelés, plutôt que des produits comme les nôtres qu’ils doivent intégrer à un menu de plusieurs jours.» «L’ensemble des producteurs fournisseurs des établissements de la Somme, cumule 11 251 € de perte de volume de vente», précise le service Approlocal. Emmanuel Frémaux vit désormais au jour le jour, dans l’attente d’informations. «Je me connecte chaque jour sur le site de la préfecture pour savoir si de nouvelles écoles sont fermées.» Sa visibilité, de quinze jours habituellement, est réduite à trois jours. «Combien de porcs dois-je faire abattre pour la semaine prochaine ? Je travaille à l’aveuglette.»

Confinement redouté par la filière lait
Le manque de visibilité se fait aussi sentir à la laiterie Lact’Union d’Abbeville. «On sert les boulons pour éviter une contamination et on croise les doigts pour que cet épisode ne s’installe pas dans la durée», confie Olivier Vermès, le président. Une cellule de crise a été mise en place, car tout confinement obligatoire serait une catastrophe : «Quand on travaille avec du vivant, on ne peut pas tout arrêter d’un coup. Nous sommes bien obligés de collecter le lait, et donc de faire tourner nos usines.» Ainsi, les salariés doivent respecter les consignes du gouvernement (se laver le mains régulièrement, ne pas se serrer la main…) et les déplacements entre les sites d’Abbeville et de Braine (Aisne) sont limités.
L’activité de la laiterie en général est impactée. «Nos fournitures d’ingrédients venant de l’international, comme pour la fabrication des produits infantiles, par exemple, sont stoppées. Nous avons encore du stock, mais cette situation ne peut pas s’éterniser», ajoute Olivier Vermès. Les ventes sont aussi au ralenti. Les cours des produits industriels, comme la poudre de lait et le beurre, ont chuté. «Nous constatons aussi une baisse de nos commandes pour quelques unes de nos spécialités, comme les crèmes culinaires, puisque la restauration hors-foyer souffre de la crise.» Les ventes vers l’international, évidemment, subissent. Chez Lact’Union, 30 millions d’unités de vente sont à destination de l’export, dont la moitié vers la Chine. «La situation semble néanmoins se bloquer progressivement, même si trouver un conteneur reste compliqué. Mais l’Italie est aussi un problème, car elle est l’un de nos principaux clients.» Pour Olivier Vermès, difficile de mesurer l’impact sur les prix payés aux éleveurs. «Il y en aura un, mais il dépend beaucoup de la durée de la crise.»

Impact limité pour le blé
L’impact sur les prix se fait également sentir pour les céréales. Depuis une dizaine de jours, le blé français est moins compétitif à l’export, à cause de l’inflation de la devise européenne : l’euro a dépassé 1,14 dollar lundi dernier. Mais Philippe Florentin, en charge des ventes de céréales chez Noriap, rassure : «les incidences pour notre coopérative sont contenues, voire nulles, car la campagne touche à sa fin et la quasi-totalité de nos stocks sont vendus.» Un point d’interrogation plane cependant au-dessus des livraisons, car une certaine quantité de blé vendu reste encore à expédier. «Quelles seront les conséquences si nous passons au stade 3 du coronavirus ? L’acheminement sera-t-il possible ?» La prochaine campagne pourrait aussi subir les répercussions. «Lorsque le prix du baril de pétrole baisse, comme c’est le cas actuellement, ce n’est jamais une bonne nouvelle en termes de valeur pour les productions agricoles. Le colza et le maïs, utilisés pour l’éthanol, par exemple, pourraient aussi voir leurs prix chuter.» Mais Philippe Florentin veut relativiser : «Notre compétitivité dépendra beaucoup, comme chaque année, de nos ressources et de celles de nos concurrents.»

Renflouer les stocks de lin
Dans la filière lin, l’heure est également à la pondération des propos. «La Chine consomme 80 % de nos produits, et leurs usines de filature, qui devraient actuellement produire des fils pour confectionner la collection d’été 2020, sont à l’arrêt en raison du coronavirus, annonce Vincent Delaporte, directeur de la Calira (Coopérative agricole linière de la région d’Abbeville). Mais il n’y a pas lieu de s’affoler, car l’activité reprend progressivement.» L’usine de teillage samarienne a, de toute façon, l’habitude d’un mois de janvier plus creux, en raison du nouvel an chinois. «Cette fois, la durée est un peu plus longue. Nous avons tout de même repris le travail. Nos outils tournent à 50 % et devraient repartir à 100 % à la fin du mois. Nos stocks étaient très bas et nous fonctionnions à flux tendu. Nous avons donc pu renflouer ces stocks.»
Les prix paillés aux liniculteurs devraient être plus bas que lors de la campagne précédente, mais pour Vincent Delaporte, il ne faut pas tout mettre sur le dos du Covid-19. «La qualité de la récolte 2019 est bien moins bonne que l’excellente année 2018. Les prix sont donc surtout impactés par cette qualité.» Les coûts de transport, en revanche, ont plus que doublé en raison de l’épidémie, puisque le déséquilibre des flux entre l’Asie et l’Europe est énorme. «Avant la crise, envoyer un conteneur en Chine coûtait 600 €. Aujourd’hui, nous en avons pour 1 500 €.» Le directeur avoue cependant qu’«il ne faudrait pas qu’une telle situation se prolonge dans le temps.» Tous les acteurs des filières agricoles sont d’accord là-dessus.


Bovin : peu d’effet pour l’export de broutards

Jusqu’ici, les mesures sanitaires prises par le gouvernement italien pour lutter contre la propagation du coronavirus avaient eu un «impact modéré» sur les exportations françaises de broutards, bien que leur principale destination soit l’Italie, rapporte Benoit Albinet, directeur de Deltagro, entreprise d’export de bovins vifs. «Les flux ne sont pas interrompus, les volumes sont presque normaux, les abattoirs continuent de tourner, des places d’engraissement se libèrent dans les élevages.» «Ce n’est pas catastrophique», étaye Frédéric Lagarde, directeur commercial chez EuroFrance. Mais l’extension, dimanche dernier, de mesures de confinement à toute l’Italie du Nord, principal bassin d’engraissement des broutards, puis à toute l’Italie ce 3 mars, inquiètent : «Ce sont surtout les dysfonctionnements d’entreprises qui nous inquiètent, car il est recommandé de mettre en congés ou en télétravail les salariés», analyse Benoit Albinet. «Nous ne connaissons pas encore les conséquences», affirme Frédéric Lagarde. L’épisode intervient toutefois a une période de l’année où les exportations de broutards ralentissent, note-t-il. Côté consommation, la viande issue de broutards serait peu affectée, car surtout consommée en GMS et boucheries traditionnelles, et peu hors domicile.


La situation dans la Somme, au 11 mars

Ce mercredi, douze cas de personnes atteintes du coronavirus étaient confirmés dans la Somme. Deux décès étaient à déplorer, touchant des personnes vulnérables (âge et pathologies). «Parmi ces douze cas, se trouve un enfant scolarisé au sein d’une école maternelle de Chaulnes, précise la préfecture. Les investigations menées par l’Agence régionale de santé et Santé publique France, dès la confirmation du cas, ont permis d’identifier les personnes qui ont pu être en contact rapproché avec cet enfant.» Au regard des activités de groupe auxquelles a participé l’ensemble des élèves de l’école maternelle et, par précaution, l’ARS et Santé publique France préconisent la fermeture de l’établissement pendant quatorze jours.
Afin de freiner la propagation du virus Covid-19, le ministre des solidarités et de la santé a interdit, par arrêté publié le 10 mars 2020, tous les rassemblements de plus de mille personnes, qu’ils soient organisés en milieu clos ou ouvert, jusqu’au 15 avril 2020. Ainsi, la Foire agricole de Montdidier, qui a lieu chaque année le lundi de Pâques, est annulée.

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