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Le jardinage sans pesticides : fiction ou réalité ?

Dans le cadre de la semaine sans pesticides, les agences de l’eau Seine-Normandie et Artois-Picardie, ainsi que la Région Hauts de France se sont associés aux Frédon pour promouvoir le jardinage écologique au travers d’une charte.

Au premier plan, de g. à dr. : Patrick Moizard, président de la Frédon de Picardie, Anthony Juvenel, élu régional, Olivier Thibault, directeur de l’Agence de l’eau Artois-Picardie, Philippe Papay, directeur territorial des vallées d’Oise pour l’Agence de l’eau Seine-Normandie, et Colette Finet, vice-présidente en charge de l’eau et de l’assainissement à Amiens métropole.
Au premier plan, de g. à dr. : Patrick Moizard, président de la Frédon de Picardie, Anthony Juvenel, élu régional, Olivier Thibault, directeur de l’Agence de l’eau Artois-Picardie, Philippe Papay, directeur territorial des vallées d’Oise pour l’Agence de l’eau Seine-Normandie, et Colette Finet, vice-présidente en charge de l’eau et de l’assainissement à Amiens métropole.
© AAP


Produits phytosanitaires, pesticides. Deux termes utilisés qui recouvrent une même réalité, et surtout des risques tant pour l’environnement que pour les hommes. Savez-vous que des pesticides sont présents dans la quasi-totalité des cours d’eau, comme dans la plupart des eaux souterraines ? L’Agence de l’eau Artois-Picardie a relevé sur 178 points de surveillance la présence de 170 pesticides dans les eaux souterraines. 14 % des points en eaux souterraines surveillés dépassent une concentration en pesticide de 1,1 µ/L. Sur les eaux superficielles, «c’est pire», précise Olivier Thibault, son directeur. Pas moins de 44 % des cours d’eau ont été déclassés en raison de la présence de pesticides.
Même constat du côté de l’Agence de l’eau Seine-Normandie. «Dans les vallées d’Oise, sur 19 masses souterraines, 7 seulement sont en bon état. Autrement dit, 12 ont été déclassées par la présence des pesticides», détaille Philippe Papay, directeur territorial des vallées d’Oise pour l’Agence de l’eau Seine-Normandie. Si l’usage des pesticides est à 95 % agricole, les 5 % à usage non agricole ne sont pas anodins, car ils réunissent des jardiniers amateurs qui ne savent pas, pour la plupart, utiliser les produits phytosanitaires. «Leur tendance au surdosage crée une forte concentration dans les sols. Or, ces sols sont plus fragiles, car ils sont en zones péri-urbaines et urbaines», ajoute-t-il. Continuer ainsi ? Impossible sous peine de condamner ad vitam aeternam la qualité des eaux.
L’objectif est clair. Sur le plan réglementaire, le plan Ecophyto 2, en cours de finalisation, vise, comme son prédécesseur, à réduire progressivement l’usage des produits phytosanitaires. La loi de transition énergétique pour la croissance verte, dite «Loi Labbé», du 6 février 2014, prévoit, elle, la mise en place de l’objectif zéro phyto dans l’ensemble des jardins, des espaces végétalisés et des infrastructures.
Jusqu’ici, les résultats ont été peu probants, du moins pour la première version du plan Ecophyto. En revanche, la volonté de décliner ces objectifs au niveau des Régions peut donner un autre souffle, ainsi que l’interdiction de l’usage des produits phytosanitaires par l’Etat, les collectivités locales et les établissements publics au 1er janvier 2017, comme l’interdiction totale de la commercialisation et de la détention de ces produits à usage non professionnel à partir du 1er janvier 2019. Mais quelles que soient les lois, sans accompagnement des collectivités et des jardiniers amateurs, celles-ci resteront lettre morte. D’où l’idée de la mise en place de chartes.

Une charte qui cible les particuliers
Après la «charte d’entretien des espaces publics», lancée par les Frédon (Fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles) Nord-Pas-de-Calais et Picardie, en 2009, visant les collectivités locales (lire ci-dessous), la charte «Jardiner en préservant sa santé et l’environnement» a été portée sur les fonts baptismaux en 2015. Son objectif ? «Promouvoir le jardinage écologique, des techniques alternatives, préserver les ressources en eau, et lutter contre les plantes invasives», précise Jean-Jacques Vestraten, président de la Frédon Nord-Pas-de-Calais.
Cette charte réunit les Frédon, les collectivités et les jardineries. Depuis 2015, huit collectivités se sont engagées et treize jardineries ont signé la charte. En adhérant à la charte, les magasins s’engagent à encourager auprès de leurs clients les bonnes pratiques, à valoriser des solutions sans pesticides et à limiter la vente de certaines plantes qui peuvent s’avérer envahissantes dans les milieux naturels. «En plus du jardinage au naturel, l’opération vise à faire adopter de bonnes pratiques phytosanitaires aux jardiniers amateurs qui voudraient continuer à utiliser des pesticides», ajoute Patrick Moizard, président de la Frédon Picardie.


Le saviez-vous ?

La France est le premier consommateur européen de pesticides et le quatrième à l’échelle mondiale, derrière les Etats-Unis, le Brésil et le Japon.Près de 45 % des Français disposent d’un jardin ou d’un potager. 76 % d’entre eux jardinent, ce qui représente environ 17 millions de jardiniers en France.

Une charte déjà inscrite dans la démarche de Truffaut

«Nous n’avons pas attendu la charte pour engager ce travail de fond auprès de nos clients», dit d’emblée Christophe Mancaux, directeur du magasin Truffaut, à Longueau. La raison ? «Structurellement, nous sommes des vendeurs de végétaux. Donc, nous avons toujours eu des préoccupations environnementales», ajoute-t-il. Bien avant que cette charte ne soit mise en place, le groupe Truffaut avait déjà sa propre charte, «Plus belle sera la terre». Cette charte prend en compte l’optimisation du traitement des déchets, l’usage raisonné des produits phytosanitaires, la mise en avant de mesures alternatives à ces produits, des recommandations sur les variétés des végétaux, etc.
Si, dans l’ensemble, les clients du groupe adhèrent à cette démarche, «il y a un décalage, puisqu’ils recherchent une réponse immédiate à leur problème du moment. Les demandes les plus importantes portent sur le désherbage et sur les arbres fruitiers. Autant sur les arbres fruitiers et les légumes, il est facile de sensibiliser le client à de nouvelles pratiques, autant pour ce qui concerne le gazon et les mauvaises herbes sur son trottoir, c’est plus difficile», reconnaît Christophe Mancaux.
Pour éviter les mauvaises pratiques, tous les conseillers de vente, qui sont formés aux produits phytosanitaires, accompagnent tant les producteurs de plantes chez qui ils se fournissent que les clients. Sont proposés des méthodes alternatives (désherbage thermique, paillage, larves de coccinelle, accueil des auxiliaires sauvages…), des produits bio, et, en toute fin, un produit chimique, avec une fiche expliquant son usage et le dosage. Dans la même logique, tous les produits phytosanitaires et les insecticides ne sont plus en libre-service dans les magasins.

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