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Le méthaniseur des Beugnet : une installation bien pensée

Voilà un mois et demi que Nicolas et Sébastien Beugnet, agriculteurs et entrepreneurs à La Chaussée-Tirancourt, peuvent ajouter à leur CV qu’ils sont producteurs d’énergie. Leur méthaniseur tourne depuis le 27 février.

La diversification a toujours fait partie de l’état d’esprit de Nicolas et Sébastien Beugnet. Les frères, installés en polyculture élevage à La Chaussée-Tirancourt, au nord-ouest d’Amiens, ont débuté une activité d’ensilage de maïs en 2008. «Nous avons en fait créé une société de prestation de services. Nous faisons aujourd’hui des semis de maïs, du battage de céréales, de l’épandage, du débrousaillage, du fauchage…»
Et puis, il y a trois ans, l’idée de la méthanisation a germé dans leur tête. Après la visite de cinq méthaniseurs en France et en Allemagne, et une étude qui s’est révélée concluante, les travaux ont pu débuter. Onze mois se sont écoulés entre les premiers coups de pelle et le premier chargement, réalisé le 26 novembre dernier. «Nous avons rempli de lisier, puis chauffé avec une chaudière de location. Le moteur a pu être mis en route le 27 février. Il permet désormais de chauffer le tout à 42°C», précise Nicolas. Aujourd’hui, l’installation tourne à plein régime, et les agriculteurs ont le sourire. «Notre projet a été bien réfléchi. Il y a toujours un ou deux détails qu’on aurait pu améliorer, mais il correspond bien à nos attentes», se réjouissent-ils.

15 tonnes de matière chaque jour
En pratique, le méthaniseur mange 15 t de matière et 5 000 l d’eau (issue de la récupération des eaux de pluie) chaque jour. «Nous y mettons nos effluents d’élevage, produits par nos quatre-vingt laitières et leurs élèves, et les cent taurillons que nous avons à l’engraissement, plus les 800 km d’herbe d’accotement que nous fauchons. On y ajoute aussi un peu d’interculture.» Le fumier est ramassé tous les quinze jours, en alternance, une fois les laitières, une fois les taurillons, et il est chargé rapidement dans le méthaniseur. «Plus il est frais, meilleur c’est !». Pour l’herbe, les frères, qui fauchaient simplement, puis laissaient l’herbe coupée sur place auparavant, ont investi dans une machine qui leur permet d’aspirer cette herbe, de la récupérer dans une benne, et d’en faire de l’ensilage. «Grâce à elle, nous récoltons l’équivalent de 30 à 40 ha d’herbe.»
Le méthaniseur, lui, est en fait composé de deux digesteurs de 1 000 m3 chacun. «L’un récupère 70 % du gaz, l’autre 30 %. Ce qui permet de ne pas avoir de perte.» Le biogaz produit fait tourner un moteur, qui lui-même fait tourner une génératrice, qui produit 200 kWh d’électricité, revendue à EDF. «Pour donner une image, notre production à l’année équivaut à celle de la consommation d’un village de sept cents habitants.» Les agriculteurs ont la possibilité de débrider l’installation à 250 kWh, plus tard, s’ils estiment avoir assez de matière pour la nourrir. Un séparateur de phases sépare le liquide du solide, et le digestat est récupéré dans une fosse, à la sortie. «Nous utilisons ce digestat pour l’épandage. Il a l’avantage d’être plus vite assimilable, et il n’a pas d’odeur.»
Cette nouvelle activité nécessite une heure de travail par jour, pour charger la benne programmée, qui fait entrer progressivement la matière dans les digesteurs, et une journée par mois pour l’entretien général : vidange de la pompe, moteur à réviser… «Nous évaluons le besoin en main-d’œuvre à un demi salarié à l’année, pour la conduite de la machine d’accotement, la récolte de l’interculture, l’épandage du digestat…»

Un contrat avec EDF sur vingt ans
L’installation leur a coûté 2 M€ en tout, en comptant l’achat de la machine d’accotement (comptez 1,6 M€ pour le méthaniseur), et beaucoup d’huile de coude. Les travaux de terrassement, notamment, ont été très lourds. «Notre exploitation est située entre deux vallées. Pour avoir la surface nécessaire, il a fallu décaisser une bonne partie.» Le plan d’amortissement, lui, est solide. «Nous avons un contrat sur vingt ans avec EDF, avec un prix minimum garanti. Nous commencerons à gagner de l’argent dès les premières années, et le tout devrait être amorti d’ici douze ans», assurent-ils.
Et comme avec ce méthaniseur, rien ne se perd, tout se transforme, la chaleur produite en excès est aussi utilisée. «Nous allons pouvoir chauffer quatre maisons, la salle communale et l’école.» Nicolas et Sébastien pensent aussi à la construction d’un séchoir à plat, pour sécher le foin et les céréales. Une idée en cache une autre…

Nicolas et Sébastien Beugnet organisent une porte ouverte le 7 juin pour découvrir leur installation. Rendez-vous est donné au 25, rue Henri de Francqueville, à La Chaussée-Tirancourt.

Ne pas négliger la communication

Les projets de méthanisation font parfois frémir les citoyens. La peur des nuisances visuelles et olfactives est la principale raison. Alors pour que leur projet soit bien accueilli, Nicolas et Sébastien Beugnet ont rapidement communiqué sur leur projet. «Nous avons convié le maire de la commune à venir visiter les méthaniseurs existants avec nous. Il a vite été rassuré.» Des informations ont aussi circulé auprès des élus locaux et des habitants, via la gazette du village. «Personne ne nous a signalé un désaccord.» Un projet réussi est aussi un projet accepté des habitants.

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