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Le soja, une culture d’opportunité pour les agriculteurs de la région ?

Les surfaces de soja sont en constante augmentation en France, avec 180 000 ha en 2022. Les prix de marché ont plus que doublé en quelques mois. Cette opportunité peut-elle être saisie en Haut-de-France ? Caussades semences pro organisait une rencontre sur le sujet ce 12 septembre au Paraclet. 

Les principaux problèmes rencontrés sont les attaques d’oiseaux au semis et le désherbage délicat.
Les principaux problèmes rencontrés sont les attaques d’oiseaux au semis et le désherbage délicat.
© Pixabay

Chez nous, la culture du soja reste anecdotique. Mais la conjoncture, qui lui est clairement favorable, peut intéresser les nouveaux producteurs. Le sujet était sur la table ce 16 septembre, au lycée agricole du Paraclet, à l’invitation de Caussades semences pro. «180 ha étaient emblavés en France cette année, et on devrait approcher les 200 000 ha en 2023», présente Bernard Gourgues, chef de marché semences chez Lidéa (Caussades semences pro). La demande de graines françaises non OGM est bien réelle.

Au nord de Paris, la production a tout de même du mal à décoller. «Chez nous, le soja représente moins de 1,5 % de la collecte,  pour moins de 1 000 t, note Hugues Desmet, responsable collecte à la coopérative Valfrance, basée dans l’Oise et en Seine-et-Marne. Quand on parle de soja, on voit rouge, car c’est un allergène. Les contraintes d’exécution et de stockage sont énormes.» La graine ne doit pas entrer en contact avec les autres matières, si bien que la collecte se fait au seul silo de Meaux. Les conditions de récolte ne sont pas toujours les meilleures. «Ça se récolte vers octobre. Or, il nous faut un taux d’humidité de 16 % au maximum. Les frais de séchage sont fréquents.»

1 040 €/ha possibles

Le risque – «qui doit se raisonner en filière» – vaut un peu plus le coût cette année. Même si le marché peut être très fluctuant, les perspectives sont favorables. L’alimentation animale cherche à relocaliser son approvisionnement, et la plante prend de plus en plus de place dans celui de l’alimentation humaine. «Nous l’avons valorisé 600 à 650 €/t cette année, soit 100 € de plus qu’en 2021», note Hugues Desmet. Maurane Pagniez, de l’institut technique Terres Inovia, ajoute «qu’un revenu de 1 040 €/ha, à 25 qx/ha, peut être espéré».  L’atout supplémentaire est celui des charges qui n’augmentent pas, puisque le besoin en azote est nul. «Il se résume à 330 €/ha de semences et du désherbage, soit 460 €/ha en moyenne.»

Mais du soja, culture phare des pays d’Amérique, pousse-t-il bien chez nous ? «Nous avons plusieurs parcelles d’essais chaque année, et certaines montrent de bons résultats. L’année dernière, le climat froid et pluvieux n’a pas été un problème», souligne Maurane Pagniez. La plante montre tout de même un besoin en eau, particulièrement entre le stade de la floraison et l’apparition de la deuxième gousse brune. «Les terres séchantes sont à éviter.»

 

Des pigeons et chénopodes ennuyeux

Les variétés très précoces à précoce (0000 à 00) sont les plus adaptées. Les semis se font de fin avril à début mai «dans un sol bien réchauffé» et la récolte se fait courant octobre. «Cette année, sur les onze parcelles suivies, huit ont été récoltées, avec des résultats compris entre 18 et 24 qx/ha.» Les principaux problèmes rencontrés sont les attaques de pigeons au semis, puis le désherbage assez délicat. La parcelle du Paraclet était envahie de chénopodes. Toutes les techniques sont alors à mobiliser : privilégier des rotations longues et variées (alternance de cultures d’hiver, de printemps, d’été) en alternant, si possible, des cultures à grand et à faible écartement, introduction de cultures étouffantes (triticale, orge d’hiver, association pois/céréale, chanvre, etc.) ou pluriannuelles dans la rotation (luzerne), éviter le précédent tournesol, décaler les dates de semis… 

Les essais se multiplient chez les instituts techniques comme chez les organismes stockeurs pour donner les clés d’une production plus maîtrisée. 

 

La recherche génétique tournée vers la food

La sélection variétale est en route pour répondre aux besoins de la food industrie.
La sélection variétale est en route pour répondre aux besoins de la food industrie.
© Pixabay

En soja, la sélection variétale a fait un sacré bond en quelques années. «Le programme prend de plus en plus d’importance. Nous inscrivons des variétés chaque année», assure Patrice Jeanson, responsable du programme de recherche au groupe Linéa. Le travail n’est pas uniquement porté sur l’adaptation des variétés aux terroirs. «Nous travaillons beaucoup à améliorer la composition pour répondre aux besoins de la food industrie.» Le groupe y voit l’avenir. «Nous devons notamment nous améliorer dans la composition en acides gras, dans le taux de protéines et leur solubilité, et de la réduction du goût amer que peut avoir le soja en bouche.»

 

En Europe, des rendements impactés par la sécheresse

Le bulletin de prévisions Mars de la Commission européenne a nettement réduit les perspectives de rendements dans l’UE pour les grandes cultures d'été «en raison de la persistance de conditions météorologiques chaudes et/ou sèches dans de grandes parties de l'Europe». «Au niveau de l'UE, les prévisions de rendement pour le maïs grain, le tournesol et le soja ont été très nettement réduites (de 8 à 9 % sur un mois) et sont désormais bien inférieures à la moyenne quinquennale.» Pour le soja, le résultat est estimé à 2,72 t/ha, d’après le document. L’impact météo est «plus prononcé dans les régions déjà touchées par un déficit pluviométrique de longue durée, telles que de grandes parties de l'Espagne, le sud de la France, le centre et le nord de l'Italie, le centre de l'Allemagne, le nord de la Roumanie, l'est de la Hongrie et l'ouest et le sud de l'Ukraine». Outre des effets sur la croissance, la sécheresse et le stress thermique dans plusieurs régions ont coïncidé avec le stade de la floraison, entraînant une réduction de la fertilité des fleurs, poursuit le bulletin. «De plus, dans plusieurs des régions où les cultures d'été dépendent de l'irrigation, les réservoirs d'eau sont à un niveau très bas, insuffisant pour soutenir la demande.»
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