Grandes cultures
Les premières tendances des assolements 2026 dans la Somme
Entre stabilité des céréales, retour en force du colza et repli marqué des pommes de terre, les premiers assolements 2026 dans la Somme traduisent des choix agricoles largement dictés par les tensions économiques et réglementaires.
Entre stabilité des céréales, retour en force du colza et repli marqué des pommes de terre, les premiers assolements 2026 dans la Somme traduisent des choix agricoles largement dictés par les tensions économiques et réglementaires.
La fin des déclarations Pac est intervenue ce lundi 18 mai. Sur la base des 400 dossiers instruits par la FDSEA de la Somme, une première analyse des assolements permet de dégager les tendances pour la campagne 2026. Les évolutions observées traduisent à la fois des arbitrages économiques, des contraintes techniques et des effets réglementaires. Ces chiffres ont été établis en comparant exclusivement les fermes ayant réalisé une déclaration en 2025 et 2026, et tenant compte de l’augmentation moyenne de SAU de 1,1 % de cet échantillon.
Le colza tire son épingle du jeu
Du côté des céréales, les surfaces de blé tendre d’hiver progressent légèrement (+1,78 %), tout comme l’orge d’hiver (+2,74 %). L’orge de printemps recule marginalement (-1,06 %), tandis que le maïs grain diminue de manière plus marquée (-4,89 %). À l’inverse, le maïs ensilage progresse (+3,02 %), reflet des besoins fourragers des élevages. Globalement, les surfaces céréalières restent donc stables, sans bouleversement majeur dans les rotations. Le colza d’hiver enregistre une hausse spectaculaire de +18,33 %. Cette progression s’explique principalement par un prix rémunérateur et un contexte de marché qui semble favorable. Le colza retrouve ainsi une place stratégique dans les assolements. À ses côtés, le tournesol poursuit sa progression avec, cette année encore, une nouvelle percée (+57 %). Les surfaces ne sont toujours pas comparables à celles des cultures habituelles, mais si cette tendance se poursuit encore quelques années, on est en passe de quitter la dimension marginale.
Pomme de terre : une baisse modérée et inédite
Parmi les cultures de printemps (mais aussi d’hiver), le lin textile progresse significativement (+11,7 %), porté à la fois par l’attractivité des cours de la fibre, mais aussi un emblavement stratégique de production de semences. Quant aux betteraves sucrières, elles enregistrent un recul de 3,62 %, mouvement qui confirme la diminution des surfaces dans certaines sucreries. La situation est encore plus marquée pour les pommes de terre, avec une baisse de 6,34 %
pour le segment de la consommation et de -7,75 % pour la fécule. Le contexte économique explique largement ces évolutions : le marché est effondré, les prix sont quasi inexistants, les incertitudes contractuelles demeurent fortes et les charges restent élevées. Face à ces conditions défavorables, les producteurs semblent avoir choisi de réduire les emblavements afin de limiter les risques économiques.
Les légumineuses présentent des évolutions contrastées. Les pois protéagineux progressent légèrement (+1,94 %), tandis que les féveroles enregistrent un recul très important (-22,66 %). L’attractivité demeure surtout liée à l’écorégime pour ces cultures. Les pois et haricots frais diminuent nettement (-8,24 %), conséquence directe des difficultés rencontrées par la filière légumes industriels. À l’inverse, les pois et haricots secs bondissent de +42,93 %. Cette hausse apparaît avant tout comme une réponse à la diminution des surfaces en pois et haricots frais. Elle est aussi à relativiser du fait de la faible sole.
Davantage de prairies, mais pas forcément par choix
Du côté des jachères, elles diminuent (-4,68 %), tandis que les prairies permanentes progressent légèrement (+1,52 % soit 47,15 ha en plus) et que les prairies temporaires reculent. Ces mouvements laissent penser que certaines jachères ont (encore) été converties en prairies permanentes, ou que certaines prairies temporaires ont atteint leur sixième année, basculant automatiquement en prairies permanentes.
Donc dans l’ensemble, les céréales demeurent stables. Les cultures de lin et de colza progressent significativement. À l’inverse, les betteraves et les pommes de terre enregistrent un recul préoccupant, reflet d’un marché dégradé, de prix faibles et d’incertitudes contractuelles persistantes. Les légumineuses évoluent de manière contrastée cette année. Enfin, les prairies connaissent elles aussi des évolutions notables, avec des basculements entre jachères, prairies temporaires et prairies permanentes. Ces mouvements nécessitent une vigilance particulière.
Ces éléments devront être confirmés lorsque l’ensemble des dossiers aura été analysé, mais ils dessinent déjà les contours des choix opérés par les agriculteurs pour 2026.
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À l’échelle de la Ferme France, le maïs chute, les oléagineux s'imposent
Se basant sur ses prévisions closes le 1er mai 2026, Agreste confirme une réduction massive de 11 % de la sole nationale de maïs grain (incluant les semences), estimée désormais à 1,44 million d'hectares (Mha). Ce repli est particulièrement spectaculaire dans le Grand Ouest, avec des baisses de 30 % dans les Pays de la Loire, 16 % en Bretagne et 12 % en Poitou-Charentes. Plusieurs facteurs expliquent ce désintérêt pour cette culture : des rendements 2025 très décevants en l’absence d’irrigation, notamment en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine, ayant dissuadé les exploitants, mais aussi une tendance de fond entamée depuis le point haut de 2013. Pourtant, paradoxalement, les semis étaient en avance début mai avec 86 % des surfaces déjà semées, contre 77 % l'an dernier à la même date. Le sorgho suit cette pente descendante, bien que de manière moins marquée, avec un recul de 3,6 % sur un an.
À l’inverse, les oléagineux affichent une progression globale de 7,3 %, atteignant une surface totale de 2,29 Mha. Le colza est le grand gagnant avec une hausse de près de 9 % sur un an, s’établissant à 1,38 Mha,
soit 12 % de plus que la moyenne quinquennale. Le tournesol (0,72 Mha) et le soja (0,16 Mha)
rebondissent également de plus de 4 %. On observe un dynamisme exceptionnel du tournesol en Aquitaine (+24 %) et en Bourgogne-Franche-Comté (+12 %), confirmant des reports de surfaces.
Le paysage est plus contrasté pour les autres cultures : la betterave sucrière et la pomme de terre de conservation reculent chacune de 5 % sur un an. Concernant les céréales à paille, le blé tendre progresse de 2,6 % pour atteindre 4,61 Mha, tandis que l'orge recule globalement de 1,5 % malgré un regain d'intérêt pour l'orge d'hiver (+5,8 %). À l'échelle de l'Union européenne, ces tendances se recoupent : la sole de maïs communautaire diminue de 2 % sous l'effet des baisses française et polonaise, tandis que le colza et le tournesol gagnent du terrain dans presque tous les pays producteurs.