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Diversification
Lin 2000 en quête de rentabilité pour le chanvre textile

Face aux contraintes climatiques qui fragilisent la culture du lin de printemps, la coopérative linière Lin 2000 et la Chambre d’agriculture explorent le potentiel du chanvre textile. La culture séduit agronomiquement, mais sa rentabilité reste à trouver. Les agriculteurs étaient conviés à une réunion technique le 3 juillet à Fontaine-Saint-Lucien (60).

Pour Nicolas Defransure (à g.), directeur de Lin 2000, le chanvre textile a des atouts agronomiques exceptionnels. Il est déterminé à trouver un moyen de valoriser cette production.
Pour Nicolas Defransure (à g.), directeur de Lin 2000, le chanvre textile a des atouts agronomiques exceptionnels. Il est déterminé à trouver un moyen de valoriser cette production.
© A. P.

Le chanvre est une culture à bas niveau d’intrants, qui résiste bien à la sécheresse une fois implantée, qui présente un incroyable pouvoir désherbant, et qui permet aux agriculteurs de diversifier leur assolement. «Il faut absolument que nous trouvions la rentabilité de cette culture car, agronomiquement, elle est fantastique», martèle Nicolas Defransure, directeur de la coopérative linière Lin 2000, basée à Grandvilliers (60). Ce 3 juillet, il conviait ses adhérents à une demi-journée technique sur le sujet, avec la présentation des essais que la coopérative mène en partenariat avec la Chambre d’agriculture de l’Oise à Fontaine-Saint-Lucien (60).

Nicolas Defransure a découvert le chanvre textile lors d’un voyage d’étude en Asie, avec ses homologues teilleurs de lin, et a été interpellé par l’opportunité que la plante peut offrir. «Le lin de printemps est une plante très sensible, à cycle court, qui ne pousse plus au-dessus de 28°C. Dans notre territoire – dont 1 500 hectares sont dans la Somme – il ne faut plus envisager d'en cultiver pour tout ce qui est à l’est de l’autoroute A16, à moins qu’il ne soit irrigué», regrette-t-il. Le lin d’hiver, grâce à son cycle plus long et sa bonne implantation au printemps, est une solution qui se développe. «Il représentait 15 % des surfaces cette année. Ce sera 40 % en 2026. Mais il y a toujours le risque de gelée l’hiver.» Le chanvre est donc venu «naturellement», comme une autre corde à l’arc.

«Le GIE Chanvre textile des Hauts-de-France a été créé en 2023, avec les coopératives Calira (80), L.A. linière (62) et Opalin (62), et a notamment permis l’achat de machines de récolte spécifiques Hyler. Nous avons ensuite créé le GIEE Agri chanvre 60 pour tester la faisabilité technico-économique», rappelle Marie Menard, en charge de ce GIEE à la Chambre d’agriculture de l’Oise. Onze agriculteurs y sont engagés jusque 2030.

Premiers résultats techniques

Dans les essais menés sont testées les variétés, la densité de semis et son impact sur l’épaisseur et qualité des tiges, et la stratégie de fertilisation azotée, qui joue sur le développement et la qualité du chanvre. Des premières tendances sortent des essais 2024, reconduits en 2025 : la variété Santhica 27 serait la plus adaptée, la densité optimale serait de 500 gr/m2, et un apport d’azote de 60 unités offrirait le meilleur compromis entre productivité et qualité.

Reste que le marché du chanvre textile – une niche dans la niche du marché du lin textile – est à l’arrêt. «Il n’y a pas de demande, mais les clients finiront par y aller», est persuadé Nicolas Defransure. Lui pense aussi qu’il est indispensable d’adapter la technique de récolte pour faire diminuer les charges, qui représentent un peu plus de 4 000 €/ha lorsqu’il est récolté à la faucheuse Hyler. «Nous avons vendu le chanvre récolté en 2024 aux chinois cette semaine, et le résultat affiche une perte de 1 800 €/ha. Nous n’arrivons pas à valoriser les étoupes.»

Miser sur les fibres courtes

Lin 2000 veut pouvoir proposer un produit bien spécifique à des clients plus locaux, comme à une nouvelle filature qui va ouvrir au Portugal. «Dans notre terroir, nous n’avons pas les conditions pour produire une fibre de chanvre longue et fine comme dans l’Eure. Nous devons valoriser au mieux le produit que nous pouvons offrir.» Nicolas Defransure veut donc mettre le paquet sur la fibre courte, intégrée dans le fil cotonisé, qui est un mélange de coton et de chanvre. Pour cela, la récolte se ferait à la faucheuse Sauerburger. Le chanvre serait ensuite andainé puis pressé en balles rondes ou carrées. «Avec ce système, les charges passeraient sous la barre des 200 €/ha». Le chanvre serait ensuite transformé sur une ligne spécifique, à la coopérative, pour la production de fibres courtes. Cette production pourrait voir le jour dès l’année prochaine. En parallèle, le travail de R&D sur la valorisation des fibres longues se poursuit. «Il ne faut écarter aucune piste.»

 

Une filière lin oléagineux qui ne demande qu’à germer localement

Depuis le début de l’année, l’huile combinée Isio 4 de Lesieur est 100 % française avec du lin oléagineux affiné dans l’usine de Dunkerque (59), trituré dans le Pas-de-Calais, cultivé en France… mais pas en Hauts-de-France. «Le problème est le stockage. Aucun organisme ne veut stocker de la graine de lin», assure Nicolas Defransure, directeur de la coopérative isarienne Lin 2000. La filière est pourtant en expansion, avec 25 000 à 30 000 hectares de lin oléagineux en France chaque année, et un objectif affiché de 50 000 hectares d’ici à trois ans.

Pour les agriculteurs des Hauts-de-France, l’opportunité réside dans la production de semences. «Il y a un besoin urgent de mobiliser rapidement de nouveaux agriculteurs multiplicateurs de semences», lançait Semae, l’interprofession des semences et plants, dans un communiqué de presse diffusé le 20 mars 2025. Le leader de la production de semences est justement Lin 2000, grâce à son adhésion au GIE Linéa-semences, obtenteur de variétés de lin, avec 600 à 800 hectares dédiés.

Les agriculteurs restent cependant frileux. Sur le marché mondial, le lin oléagineux n’a pas bonne presse, avec des cours jugés trop bas et fluctuants. Mais en France, le marché est mieux structuré. Sémae signale notamment la filière Bleu-Blanc-Cœur qui valorise une grande partie de la production nationale, et l’huile Isio 4 100 % française de Lesieur. Nicolas Defransure met en avant les atouts agronomiques et environnementaux de la culture : «des rendements réguliers avec peu d'intrants, une bonne couverture du sol à l’automne, facilitant la gestion des adventices dans la rotation…» La porte est ouverte aux nouveaux producteurs.

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