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Marché des céréales : une année 2021 déjà sous tension

Des mesures de restriction à l’exportation prises par des pays, des stocks de report au plus bas et une demande de céréales très vive font flamber les prix.

La France va achever sa campagne de commercialisation des céréales avec des stocks très tendus, sans véritablement profiter de l’embellie.
La France va achever sa campagne de commercialisation des céréales avec des stocks très tendus, sans véritablement profiter de l’embellie.
© Pixabay

La France va achever sa campagne de commercialisation des céréales avec des stocks très tendus, sans avoir profité de l’amélioration de la conjoncture des marchés, faute de grains disponibles. Fin juin 2021, notre pays ne disposerait plus que de 2,48 millions de tonnes (Mt) de blé (- 18 % sur un an). «Pour autant, notre pays n’aura vendu, à la fin du mois de juin prochain, que 7,2 Mt vers les pays tiers, soit moitié moins de grains que la campagne 2019-2020», a indiqué FranceAgriMer lors du conseil spécialisé Grandes culture du 13 janvier.

 

Risque de Winter-Kill 

La situation est similaire pour le maïs. Les stocks de report (1,8 Mt ; - 8,6 %), les plus faibles depuis une dizaine d’années, pourraient même ne pas être suffisants pour assurer la période de soudure pendant l’été prochain. Dans l’Union européenne et dans de nombreux autres pays exportateurs, ils seront aussi au plus bas (92 Mt) et même inférieurs de moitié à leur niveau de 2016-2017.En conséquence, les prix des céréales ont fortement augmenté ces dernières semaines. Mais depuis la publication du dernier rapport du ministère américain de l’Agriculture (USDA), le cours de la tonne de blé a bondi et a atteint 225 €/t. Les prix de la tonne d’orge fourragère et du maïs ont franchi le seuil de 200 €. La hausse de l’euro par rapport au dollar n’a pas freiné l’emballement des marchés des céréales. Fin 2020, les opérateurs avaient déjà anticipé une seconde partie de la campagne céréalière très tendue. Depuis, plusieurs évènements leur ont donné raison. Tout d’abord l’état des cultures de blé et d’orges en Europe centrale, en Russie et en Ukraine inquiète. Si les températures chutent, le risque de Winter-kill (froid prolongé) est élevé.

 

Effets El Nina 

Par ailleurs, l’offre de blé se restreint. L’Ukraine et la Russie ont déjà réalisé les trois quarts de leurs objectifs de campagne à l’export. Alors, la Russie a décidé de taxer d’au moins 25 €, à partir du 15 février prochain, chaque nouvelle tonne de blé pour limiter ses exportations (28 Mt de blé vendues en six mois de campagne). Un contingent de 17,5 Mt a été fixé. Au-delà, une taxe équivalente à la moitié du prix de vente et d’au moins 100 €/t sera imposée. En Argentine, les agriculteurs sont parvenus à faire plier le gouvernement. Il a renoncé, le 13 janvier dernier, à contingenter les exportations de maïs. Mais lorsque ce dernier avait décidé, fin décembre, d’interdire les exportations de maïs pendant deux mois, les cours de la céréale étaient repartis à la hausse. Et depuis, ils ne se sont pas repliés car les opérateurs craignent être privés d’une source d’approvisionnement importante (31,5 Mt). Or le phénomène météorologique El Nina dans le Pacifique n’en finit pas de sévir. Seules 47,5 Mt de maïs seraient produites (- 3,5 Mt sur un an) et les mouvements sociaux dans les ports génèrent d’importants retards dans le programme d’exportations. 

 

La Chine s’impose 

La seconde partie de la campagne est aussi tendue pour les pays importateurs. En Égypte, le General authority for supply commodities (GASC), l’organisme public en charges des achats de céréales pour approvisionner le pays, achète 60 dollars de plus qu’en juillet dernier chaque tonne de blé. La Chine ayant les moyens de payer au prix fort ses importations, fait monter les cours des céréales qu’elle achète. L’Union européenne en profite. L’Algérie (2,5 Mt ; - 2,7 % en six mois de campagne par rapport à 2019-2020) reste son premier client mais elle est coursée par la Chine (1,63 Mt, + 68 %). En fait, l’empire du milieu s’impose sur tous les marchés. En six mois, il a importé les deux tiers des quantités d’orges exportées par l’Ukraine (2,6 Mt, + 200 % sur un an). La France aurait déjà expédié 1,55 Mt d’orges en Chine. Enfin, la Chine importerait 17,5 Mt de maïs tout au long de la campagne 2020-2021 et doublerait ses achats de sorgho (7,4 Mt). «Fin décembre, ses achats de maïs en provenance d’Ukraine représentent déjà près de 41 % du total soit près de 3,6 Mt (1,3 Mt en 2019/2020), a souligné FranceAgriMer. Les engagements en maïs américain totalisent près de 12 Mt».

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