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À Montdidier, la méthanisation se développe à plein gaz

Deux méthaniseurs se sont montés à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, route d’Assainvillers à Montdidier. Ils permettent à leur commune, entre autres, l’autonomie en gaz. Les associés d’Agrienergies80 inauguraient leur site ce 4 mars. 

L’idée de la méthanisation a germé dans la tête de six agriculteurs réunis au sein d’une Cuma en mars 2018. «À l’époque, la conjoncture était plutôt stable, et on cherchait à diversifier nos exploitations. Un méthaniseur nous paraissait une suite logique de nos métiers», présente Hubert Dehapse, l’un des associés. Voilà un an qu’avec Florian Dreue, Arnaud Gellynck, Sébastien Lhermitte, Céline et Frédéric Mahieus, ils sont à la tête d’Agrienergies80, un site de méthanisation par injection qu’ils inauguraient officiellement ce 4 mars. Les trois cuves ainsi que des silos de stockage des effluents sont installés sur 3 ha, à la sortie de Montdidier, route d’Assainvillers. «L’effet boule de neige s’est ensuite produit : dossiers, études, puis premiers coups de pioche en mars 2020 et début d’injection dans le réseau de gaz de GRDF le 26 mai 2021.»

«Au-delà de l’aspect énergétique, c’est la pérennité de l’activité agricole qui a été le déclenchement», assurent les associés, qui comptent 1 000 ha à eux six. Les couverts d’interculture non valorisés jusqu’ici sont désormais des Cive d’hiver (cultures intermédiaires à vocation énergétique). Seigle, sorgho et maïs immature sont désormais cultivés et récoltés au printemps pour alimenter le méthaniseur. Trois des six exploitations ont également une activité d’élevage. Les effluents des poules pondeuses plein air, des vaches laitières et des vaches allaitantes font aussi partie des intrants. «Nous avons enfin recours aux pulpes de betteraves de l’usine Saint Louis Sucre de Roye et des poussières de céréales d’une coopérative», explique Frédéric Mahieus. 60 à 65 t de ces effluents sont insérées dans le méthaniseur via une trémie chaque jour, soit 20 000 t par an. «La ration est élaborée après analyse de chaque composant par un biologiste de chez Planet, notre constructeur.» 

 

Les besoins de 1 500 logements

Quatre-vingt-cinq jours de digestion en milieu anaérobique plus tard, le biogaz récupéré est déshydraté, désulfurisé et décarboné grâce à un compresseur et des filtres à charbon actif, pour devenir du biométhane. Odorisé et contrôlé, il est injecté dans le réseau de distribution de gaz, direction Montdidier, Etelfay, Faverolles, Guerbigny, Linières, Warsy et Roy, avec un équivalent de 1 500 logements en chauffage, eau et cuisson.  

En plus du gaz en ressort, 20 000 t de digestat, que les six exploitants se partagent à parts égales. «Nous avons fait le choix d’un séparateur de phase qui nous procure deux formes de digestat : un tiers de solide, et deux tiers de liquide», précise Frédéric Mahieus. Le premier présente une action similaire à un amendement de fond. La forme liquide, elle, est dotée des atouts d’un engrais organo-minéral liquide. L’azote qu’elle libère est plus facilement et plus rapidement assimilable par les plantes, comparé à l’épandage de fumier ou de lisier. À la clé : une réduction moyenne de 50 % des achats d’engrais de chaque exploitant. 

 

De l’embauche à la clé

Comment s’organisent-ils entre eux pour faire fonctionner le site ? «Nous avons un salarié à temps plein pour la gestion quotidienne. Comme nous sommes six, nous avons un planning établi sur six semaines, à raison d’une semaine d’astreinte chacun, pour les nuits et le week-end.» Reste que la charge de travail dans les exploitations a aussi augmenté afin d’assurer l’alimentation du site en effluents. «Une activité comme la nôtre, c’est des embauches à la clé et une vie économique locale sollicitée, ne serait-ce que pour l’entretien des espaces verts.» 

 

Une nouvelle fresque signée Glass Hysteria

Thierry Guillot, alias Glass Hysteria, a réalisé une fresque devant  le méthaniseur.
Thierry Guillot, alias Glass Hysteria, a réalisé une fresque devant le méthaniseur.
© A. P.
Impossible de la louper. La fresque qui recouvre le mur de béton, devant l’une des trois cuves du site de méthanisation attire l’œil depuis la route : un portrait de la campagne, avec vaches, éoliennes, et même les trois clochers de Montdidier. Cette œuvre est née des bombes de peinture de Thierry Guillot, alias Glass Hysteria. L’artiste est désormais bien connu du milieu rural samarien, car il a signé une soixantaine de fresques sur des installations agricoles ou des distributeurs électriques. «J’ai toujours été graphiste, confie l’habitant d’Epinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis. J’ai travaillé pour la promotion des ventes de grosses boîtes agro-industrielles, mais ma passion est tout ce qui touche au naturel.» Entre deux contrats pour Lu, Jacques Vabre ou Coca Cola, l’homme aime retrouver sa paisible campagne samarienne, dans la maison de ses grands-parents, à Thory. Il y passe d’ailleurs de plus en plus de temps. «Ces fresques sont un vrai boulot !»

Contact : Thierry Guillot, 06 50 42 93 04
Facebook : @glasshysteria - Instagram : glass_hysteria

 

Parfait ancrage local

«L’énergie parfaite, ça n’existe pas. Nous avons besoin d’une diversification des modes de productions et des approvisionnements», annonce Bruno Waterlot, chef de projet Biométhane chez GRDF Hauts-de-France. La méthanisation agricole entre parfaitement dans cette volonté de diversification. «Elle a pour atouts la création d’emploi local et celle d’un revenu supplémentaire pour les agriculteurs.» Bruno Waterlot annonce le chiffre de 58 unités biométhanes qui injectent du gaz vert dans les réseaux de distribution de gaz de la région, et 23 autres devraient être mis en service courant 2022. «L’objectif est de parvenir à un niveau d’injection d’au moins 3 TWh/an de biométhane dans ce réseau en 2025, soit l’équivalent de la consommation de 500 000 logements BBC.»
Pour la ville de Montdidier et ses 6 500 habitants, la méthanisation est du pur bonus. «En 2001, nous imaginions une commune énergiquement autonome. Après le premier parc public éolien de France inauguré en 2011, et le réseau de chaleur urbain (géré par la régie communale de Montdidier, ndlr), les deux récents sites de méthanisation vont couvrir 100 % de nos besoins en gaz. Cette autonomie n’est pas qu’un vieux rêve», se réjouit Catherine Quignon, le maire. À quelques centaines de mètres d’Agrienegies80, un deuxième méthaniseur doit en effet être mis en service ce mois-ci. «Quand on a une telle richesse comme celle-ci, on n’a pas le droit de la laisser passer. Encore moins dans le contexte actuel de conflit», termine Catherine Quignon.  
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