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Quelles alternatives au défanage chimique des pommes de terre ?

Le broyage mécanique et thermique des fanes de pommes de terre sont de plus en plus répandus, même s’ils restent coûteux. Bio en Hauts-de-France et la FRCuma organisaient une matinée à ce sujet le 3 septembre à Gentelles.

Le broyeur de fanes Agronomic peut être équipé d’un système de traitement sur le boxeur. Cette association permet de réduire la dose d’application de 50 %.
Le broyeur de fanes Agronomic peut être équipé d’un système de traitement sur le boxeur. Cette association permet de réduire la dose d’application de 50 %.
© A. P.



«De plus en plus de Cuma de la région investissent dans du matériel de broyage mécanique des fanes de pommes de terre, assure Thomas Gandon, ingénieur à la FR Cuma Hauts-de-France. Même si cette solution est encore coûteuse (entre 9 et 15 000 € selon les options, et un coût moyen de 27 €/ha pour 80 ha de cultures), les producteurs ont conscience de la nécessité de trouver des alternatives au tout chimique.» Le sujet était abordé le 3 septembre, sur une parcelle bio de Jean-Yves Régnier, à Gentelles (80). «En bio, nous ne pouvons de toute façon pas procéder au défanage chimique», notait ce dernier. L’innovation dans ce domaine est donc attendue. Ce matin-là, deux machines font l’objet de toutes les attentions : un broyeur mécanique Agronomic et un brûleur thermique Vanhoucke.
«Le broyeur de fanes permet de détruire instantanément 80 % de la végétation», assure Tim Vermersch, commercial chez Agronomic. Le constructeur propose également l’ajout d’un système de traitement directement sur le boxeur, afin de regrouper le broyage et l’application du dessinant en un seul passage. Selon Arvalis-Institut du végétal, associer le défanage mécanique au défanage chimique permet de réduire la dose d’application de 50 % avec une efficacité comparable. Autre avantage de l’engin : «le roule-butte à pneus a un effet grattage de la butte. Les fissures sont donc bien refermées.» Comptez une vitesse d’avancement d’environ 5 km/h.
La prochaine innovation de la marque devrait être le broyeur à deux rotors, qui permettrait une adaptation optimale quelles que soient la taille et la forme de la butte. «Le souci, c’est que les machines, selon leur marque, ne font pas les même buttes, explique Tim Vermersch. Deux rotors, soit un qui s’adapte au fond de la butte, et l’autre qui épouse le haut de la butte, permettraient de broyer les fanes très courtes.»

Défanage thermique : indispensable en bio
Pour les variétés précoces ayant généralement peu de fanes et parvenant rapidement à maturité, un passage unique de broyage des fanes sénescentes peuvent parfois suffire. Mais bien souvent, ce seul passage n’est pas suffisant. Quel recours possible pour éviter tout recours au chimique ? Le défanage thermique, qui permet de détruire les feuilles en quelques heures seulement, est une option, malgré son bilan énergétique élevé (entre 110 et 150 kg/ha de propane).
«Son passage procure en plus un effet assainissant intéressant en cas d’attaque de mildiou sur le feuillage», ajoute Alain Lecat, conseiller bio à la Chambre d’agriculture de la Somme. «Le principal inconvénient concerne le coût de fonctionnement, très élevé du fait de l’investissement de départ (entre 40 et 45 000 €) et des frais de combustible.» D’après Arvalis, comptez entre 100 et 120 €/ha. Thomas Coevoet, producteur de céréales et de légumes bio à Bonneuil-les-Eaux (60) ne saurait pourtant pas se passer de son défaneur thermique. «Pour les carottes et les oignons bio, il est indispensable», assure-t-il. L’agriculteur a développé une activité de prestation de services en cultures légumières pour amortir les frais.
Si le principal coût de fonctionnement est lié au gaz, pourquoi ne pas utiliser un autre combustible ? La société Axinor y a pensé : elle propose un équipement utilisant de l’huile de colza pour ses brûleurs. Développé pour répondre au besoin de la Cuma Creative (Cuma régionale pour l’émergence d’activités territoriales innovantes et pour la valorisation de l’environnement), en Hauts-de-France, ce modèle travaille sur quatre rangs, s’adaptant aux différentes configurations de plantation, de 70 à 90 cm, grâce à des brûleurs coulissants au-dessus du four inox à l’isolation renforcée. La vitesse d’avancement varie de 2,5 à 4 km/h, selon le volume foliaire à détruire pour une consommation d’huile entre 100 et 150 l/ha. Ses deux réservoirs rassemblant une contenance totale de 650 l lui procurent une autonomie d’environ 5 à 6 ha (cinq heures) avant de nécessiter un remplissage. «Nous ne l’utilisons cependant plus, car le modèle n’était pas au point», avoue Thomas Gandon, de la FRCuma Hauts-de-France.

Arrache-fanes ou tire-fanes
D’autres solutions alternatives au chimique peuvent être envisagées. L’arrache-fanes à ballons coniques vient arracher verticalement les fanes en enserrant les tiges. L’avantage : l’élimination totale de la matière végétale pour la récolte. L’outil permet aussi de limiter la pression en rhizoctones bruns en fin de culture. 60 CV suffisent pour un tel outil, mais le débit de chantier est limité (0,5 à 1 ha/h) et les buttes sont régulièrement endommagées.
Un tire-fanes à bandes, comme le Rema EnviMaxX (40 à 45 000 €), est un dispositif composé de bandes en caoutchouc qui arrachent les fanes. Des palettes situées en-dessous du dispositif d’arrachage permettent de maintenir les tubercules en terre. Des lames peuvent être ajoutées pour couper les tiges. Il est utilisé en combinaison avec un broyeur de fanes à l’avant et nécessite donc une puissance de traction importante (150-170 CV). L’outil abîme moins les buttes que le système à ballons coniques, mais n’est pas disponible en écartement 90 cm.


L’électrique est-il l’avenir du défanage ?

Et si le broyage électrique était l’avenir ? Des constructeurs y croient. Le broyeur électrique  Xpower qu’a développé la société Suisse Zasso (en phase de développement et de test, et donc non disponible à l’achat), a notamment démontré une réelle efficacité lors de son essais à la ferme 3.0 de la Chambre d’agriculture de la Somme. Ce matériel électrocute les plantes à partir d’un générateur d’électricité connecté à la prise de force du tracteur. Cette électrocution provoque un déclin progressif de la végétation. Matthieu Preudhomme, de la chambre d’agriculture, relève cependant deux principales incertitudes : «le coût d’achat sera certainement élevé et son impact sur la vie du sol et la qualité du produit final reste à étudier».
Dans l’innovation toujours, la start-up allemande Trop Zone a dévoilé un outil de désherbage électrique dit de «seconde génération». Le principe repose sur l’application d’une solution favorisant la conductivité avec un pulvérisateur avant, suivi d’un applicateur électrique. L’outil travaille sur 6 m et le débit de chantier annoncé est de 2 à 4 ha. Il n’y a plus qu’à attendre les premiers essais pour constater l’efficacité du système.

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