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Evénement
Salon de l’agriculture sans vache : après le «choc émotionnel», l’appel à solidarité

La décision a été actée ce 12 janvier soir. Aucun bovin ne sera présent au Salon international de l’agriculture, qui se tient du 21 février au 1er mars. Les organismes de sélection de race ont jugé le contexte sanitaire trop dangereux. Une situation «totalement inédite» qui suscite l’émotion. Les organisateurs appellent les visiteurs à la «solidarité» et à s’y rendre nombreux.

Dans le hall 1, les vaches seront remplacées par les moutons, les chèvres et les cochons.
© Pexels/Mark Stebnicki

Après la décision des organismes de sélection des races bovines de ne pas envoyer d’animaux à Paris, faute de DNC (Dermatose nodulaire contagieuse), les organisateurs espéraient encore une présence «limitée et symbolique» de bovins. La réponse est tombée ce 12 janvier soir : aucune vache ne sera présente. «C’est une décision historique pour le Salon international de l'agriculture (Sia), totalement inédite, qui nous attriste, mais nous la respectons», confie Jérôme Despey, son président, lors d’une conférence de presse ce 13 janvier. «C’est un coup dur pour le Salon, historiquement lié à l’élevage bovin», ajoute-t-il.

Il s’agit de la première fois en 132 éditions que le Concours général agricole n’aura pas lieu pour les races bovines, et la première fois en soixante-deux ans d’existence du Salon qu’il n’accueillera aucune vache. Arnaud Lemoine, directeur du Ceneca (Centre national des expositions et concours agricole) évoque même un «choc émotionnel». «C’est un coup dur pour les éleveurs. Cela représentait le travail d’une année, souvent un travail générationnel. Un Salon sans vache, ce sera des histoires qui ne vont pas avoir lieu.»

Olivier Alleman, commissaire général du Salon, assure pourtant que tout avait été mis en œuvre pour rassurer les éleveurs, et amener les vaches en toute sécurité. «Nous avons proposé d'assurer la traçabilité sanitaire dès l’embarquement dans chacune des fermes, avec la désinfection et la désinsectisation des camions et de l’animal, puis des stalles d’accueil, jusqu’au retour à la ferme. Malgré cela, la décision est autre. Nous la regrettons mais la respectons.» Il précise que 85 % des bovins sélectionnés étaient situés en zone indemne.

Cette décision prise, le Salon veut «continuer de jouer son rôle patrimonial si cher aux français», dit Jérôme Despey. «Depuis plus de soixante ans, c’est un rendez-vous essentiel pour les agriculteurs. Un lieu où leur travail est reconnu, visible et leur parole attendue. Les femmes et les hommes qui font et sont l’agriculture française peuvent y exprimer leur quotidien et parfois leurs doutes.» Pour les visiteurs, c’est aussi lieu où l’on peut découvrir cette agriculture. «Des enfants, déconnectés de l’agriculture, y voient pour la première fois des animaux “en vrai“.» Valérie Le Roy, la directrice, ajoute que le Sia est «l’un des événements préférés des Français avec le Tour de France et nous voulons qu’il le reste

Nous ferons tout pour rester le premier Salon de France. On le doit aux paysans et à ceux qui y travaillent

 

«Venir au Salon, c’est soutenir»

Les organisateurs en appellent donc à la solidarité des visiteurs. «Cette année plus que jamais, venir c’est soutenir. C’est soutenir les agriculteurs, le monde rural dans son ensemble, et aussi le Salon lui-même.» Ils vendent «une belle promesse» pour cette 62e édition. Valérie Le Roy présente : le Salon propose une vision générale de l’agriculture. Dans le Hall 1, hall le plus visité historiquement dédié aux bovins, il y aura cette année les moutons, les porcs et les chèvres (même si certaines races ont annoncé qu'elles ne participeraient pas à cette édition). Le hall 2 réunira les chevaux et ânes, et le hall 3, les chiens et les chats. Les «animaux du monde» seront aussi à voir dans le secteur international. Les trois autres univers se veulent aussi attractifs. Les cultures et filières végétales seront à l’honneur dans le Hall 4. «Les démonstrations de moissonneuse-batteuse et le fournil sont des animations chères au public.» Les produits attireront toujours les gourmands dans le hall 7, sur trois niveaux, avec une découverte des produits de France métropole, d’outre-mer et de l’international. «Cette année, la Côte d’Ivoire est à l’honneur». Enfin, le hall 5 sera dédié aux services et métiers de l’agriculture. 

«Du débat, mais pas de combat»

Les organisateurs en appellent enfin à la raison. «On a toujours débattu au salon et on n’a pas de problème avec ça. Ce Sia pourra encore être celui du débat, de tous les débats, mais pas des combats. Il pourra être celui du soutien, de l’empathie, mais pas des tensions», avertit Jérôme Depey. Il précise que l’événement est «une chance unique d’échanger, de se parler et de se respecter». «C’est le seul endroit où l’architecte parisien croise le maraîcher nantais. C’est un concentré de France.» Et de terminer : «Nous ferons tout pour rester le premier Salon de France car on le doit aux paysans et à ceux qui y travaillent.»

 

Un Salon sans égérie
 


Un salon sans vache, c’est un coup de massue pour les éleveurs de vaches Brahman. Pour l’édition 2026 du Salon International de l'Agriculture, Biguine, Brahman originaire de Martinique, avait été choisie comme égérie. Un sacré coup de projecteur pour cette race peu connue, qui incarne la force et la résilience. «Beguine va être mise à la reproduction avec les autres vaches de la maison. Mais un geste de solidarité sera-t-il envisagé ?», questionne André Prosper, son éleveur. Jérôme Despey, président du Sia, a avoué «penser à cet éleveur et aux acteurs de la race.» Mais cette année, pas de bovin signifie pas d’égérie. «Les conditions ne sont pas réunies pour mettre une race à l’honneur», justifie-t-il. L’affiche du Salon sera changée «dans les tous prochains jours».

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