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Coopération laitière
Sodiaal décroche et s’en excuse auprès de ses coopérateurs

À la traîne depuis quelques mois en matière de prix du lait payé aux éleveurs par rapport à d’autres entreprises laitières, la coopérative Sodiaal continue de croire que ses efforts réalisés en 2022 et sa stratégie porteront leurs fruits… en 2023. 

Rien qu’en 2022, la facture énergétique pour Sodiaal s’élève à 100 millions  d’euros supplémentaires par rapport  à l’an dernier.
Rien qu’en 2022, la facture énergétique pour Sodiaal s’élève à 100 millions d’euros supplémentaires par rapport à l’an dernier.
© D. R.

De toutes les réunions de producteurs qui se sont tenues jusqu’à présent dans les Hauts-de-France, celle organisée à Albert le 21 novembre dernier est sans aucun doute la plus «animée». La raison de la colère des éleveurs présents ? Un prix du lait payé par la coopérative inférieur à celui proposé par les autres entreprises françaises, privées ou coopératives, depuis plusieurs mois. «Toutes les laiteries montent leur prix et chez Sodiaal, on baisse», résumait ainsi Christophe Devogelaere, éleveur à Beaucourt-sur-l'Hallue. «Depuis septembre, Sodiaal décroche par rapport aux autres et on voudrait savoir pourquoi», a de son côté souligné Francis Herbet, éleveur à Grandcourt. Autant dire que le prix annoncé par Sodiaal pour le mois de novembre 2022 (429 €/1 000 l) leur parait insuffisant alors que d’autres entreprises annoncent des prix supérieurs, à l’image de Lactalis qui pourrait annoncer sous peu un prix de 470 €/1 000 l. 

Un contexte 2022 «inouï»

Parmi les trois représentants élus de Sodiaal présents à la tribune ce jour – Olivier Thibaut, Anne-Sophie Delassus et Olivier Gaffet –, c’est le président de la région Nord et vice-président de la coopérative qui a tenté en premier d’apporter un lot d’explications, après avoir retracé l’évolution du prix sur les onze premiers mois de l’année : «On a commencé 2022 avec 374 €/1 000 l, ce qui était un peu au-dessus des autres, mais il est vrai qu’en cette fin d’année, on décroche…», a reconnu Olivier Gaffet. Sur dix mois, il rappelle que le prix moyen est de «411 €/1 000 l», ce qui place Sodiaal en troisième position derrière Lactalis et Eurial, mais devant Novandie (ex-aequo), Laitnaa, Lact’Union ou la Prospérité fermière. Une façon de souligner que «Sodiaal n’est pas si mauvais», dixit Olivier Thibaut, administrateur de la coopérative. Mais dans l’assemblée, tous ne l’entendent pas de cette oreille et attendent des comptes. Olivier Gaffet se lance alors dans une série de rappels, à commencer par celui d’un contexte «inouï» : guerre en Ukraine qui a «déstabilisé tous les marchés», impact de la sécheresse et surtout crise de l’énergie… Rien qu’en 2022, la facture énergétique pour Sodiaal s’élève à 100 millions d’euros supplémentaires par rapport à l’an dernier, même si la coopérative tente depuis 2019 de réduire ses consommations de gaz et d’électricité. 

 

Hausses de prix et répercussion 

En ce qui concerne l’activité commerciale de Sodiaal, Olivier Gaffet est revenu sur les négociations commerciales de 2022 qui ont duré plus que d’habitude, sans qu’elles aient forcément abouti aux hausses souhaitées : «Nous sommes allés trois fois voir les enseignes de grande distribution pour obtenir des hausses qui auraient permis de couvrir les charges et de payer le lait plus cher. Nous en avons obtenu, mais nous n’avons pas réussi à faire passer tout ce que nous espérions et l’effet n’est pas immédiat…» Autrement dit, il faudra encore quelques semaines, voire quelques mois, pour en voir l’effet sur le prix payé à des éleveurs pas avares de critiques sur la stratégie de Sodiaal. Pour Christophe Devogelaere, «il faut taper du poing sur la table une fois pour toutes !»,
pouvait-on l’entendre dire tandis que Francis Herbet suggèrerait «d’arrêter de jouer à cache-cache». Problème, compte tenu des volumes vendus par Sodiaal à la GMS, se fâcher avec l’une ou l’autre des enseignes est un jeu dangereux. 

Du côté du marché beurre-poudre, si un certain nombre de contrats qui lient la coopérative à ses acheteurs ont été renégociés, l’effet n’est pas non plus immédiat. Enfin, dans le portefeuille des activités de Sodiaal, «le lait infantile reste un point noir, avec un marché qui s’est complètement retourné», constate Olivier Gaffet qui conteste les critiques sur une gamme de produits large : «En ce moment, ce qui se vend, c’est le lait premier prix, mais on ne sera pas plus riches à abandonner les grandes marques pour ne plus faire que du premier prix. La différenciation coûte de l’argent, mais si on le fait, c’est parce que c’est créateur de valeur.» 

Pas forcément convaincu des explications, et malgré de meilleures perspectives pour 2023, plusieurs éleveurs finissent par en appeler à un changement de management au sein de la coopérative, ce que son vice-président refuse de cautionner : «On peut virer des directeurs, mais ce n’est pas ce qui va nous faire gagner 15-20 € aux 1 000 litres», a-t-il défendu. En ce qui concerne le prix qui sera payé par Sodiaal pour le mois de décembre, «ce sera décidé lors d’un conseil d’administration le 30 novembre. Ensuite, pour ce qui est de janvier-février, on devrait être au même niveau que les autres entreprises», a enfin assuré Olivier Gaffet à des éleveurs restés sur leur faim.

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