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Filière lait
Sodiaal veut des renégociations commerciales urgentes

Une quarantaine d’adhérents de Sodiaal ont participé la semaine dernière à l’assemblée de la section «Picardie» de la coopérative. L’occasion pour ses responsables d’évoquer la stratégie de l’entreprise, ses perspectives et leurs attentes vis-à-vis du contexte économique. 

L’assemblée générale de la section «Picardie» de la coopérative Sodiaal a rassemblé une quarantaine de producteurs le 19 mai.
© V. F.

«On aura fait une bonne année si on arrive à compenser les coûts de production, à payer plus cher le lait aux producteurs, à ne pas plomber les comptes de la coopérative et tout cela sans dégrader les relations avec nos clients et les consommateurs», résumait Olivier Gaffet, président de la section «Picardie» de Sodiaal, le 19 mai dernier à Quesnoy-sur-Airaines. Autant le dire, l’équation n’est pas simple tant le contexte est inédit. Au 15 juin prochain, jour de l’assemblée générale de la coopérative, ses responsables et adhérents sauront s’ils ont eu gain de cause en ayant réussi à obtenir de leurs acheteurs des hausses de prix destinées à couvrir l’augmentation des coûts de production telle qu’on la connait depuis plusieurs mois.
Déjà en 2021, le contexte n’était pas simple. Pour Sodiaal, l’année dernière a été émaillée par la reprise de Yoplait – ce qui est en soi une opération profitable pour la coopérative -, le lancement de nouveaux produits, l’enrichissement de la gamme «bio», un prix moyen du lait payé aux éleveurs de 340 €/1 000 l (supérieur de 15 €/1 000 l par rapport au prix 2020), le lancement du réseau «Tous à la coop», mais aussi par des épisodes plus douloureux comme l’augmentation (déjà) des coûts de production dans les élevages et les usines ou l’annonce d’un plan d’optimisation de ses outils industriels, comprenant des suppressions d’emplois. Pour Olivier Gaffet, président de la section «Picardie» de Sodiaal et membre du bureau de la coopérative, si certaines décisions n’ont pas été faciles à prendre, elles sont toutes justifiées : «Nous avons des outils à pérenniser et à conforter avec une collecte qui baisse chaque année.»

Viser plus de 400 €/1 000 l


Si l’augmentation du prix du lait – et des charges – n’est pas une surprise, ce qui l’est en revanche, c’est le niveau d’inflation atteint : «L’an dernier, nous savions déjà qu’il y aurait des hausses de part et d’autre, mais la guerre en Ukraine déclenchée le 24 février a fait exploser la situation», a souligné Frédéric Chausson, directeur des relations extérieures et développement durable de Sodiaal. En fin d’année dernière, «on s’attendait à devoir compenser la hausse des charges, mais pas à un tel niveau». Pour le représentant du comité directeur de Sodiaal, «la priorité du moment, c’est d’obtenir des hausses de tarifs de la part de nos clients de la grande distribution, mais pas seulement. Partout, on ne parle que d’inflation». Selon les calculs de Sodiaal, l’augmentation des coûts de production chez ses adhérents se situerait en 2022 autour de 50 €/1 000 l. Du «jamais vu», selon M. Chausson qui témoigne de la volonté de la coopérative à payer «au moins à ce niveau» ses éleveurs adhérents. Pour cela, il n’y ni recette miracle, ni secret : c’est du côté des acheteurs qu’il faut «aller chercher des hausses». A quel niveau ? Chez Sodiaal, on estime qu’entre 15 et 20 % d’augmentation serait justifié. Pour les éleveurs, le prix payé des 1 000 l se situerait alors «significativement au-dessus de 400 €/1 000 l pour le second semestre». Et c’est en ce moment – jusqu’au 1er juin – que cela se joue.

Si pas de hausse, risque de rupture ?


Selon Luc Verhaeghe, éleveur dans le Nord et président de la section Nord-Ardennes, le climat est tendu, même s’il espère un fléchissement des acheteurs : «On est clairement entré dans un rapport de force pur et dur. On devrait pouvoir obtenir une hausse, mais il faut qu’elle intervienne rapidement.» Si cette hausse de tarifs devait tarder, voire ne pas être appliquée, des situations de «rupture» pourraient apparaître, selon M. Verhaeghe. Et d’ajouter : «Tous les acheteurs ne semblent pas avoir encore compris que l’on risque de manquer de matière si la production n’est pas encouragée.» Président de Sodiaal, Damien Lacombe évoque lui aussi dans un communiqué du 25 mai «une situation urgente» et «un risque de déprise et de déstabilisation du secteur». Par chance pour la coopérative Sodiaal, la situation ne lui est pas propre : «Tous les opérateurs sont aujourd’hui dans cette situation», assure M. Verhaeghe, sans épiloguer. Mais si des hausses de prix sont consenties par les distributeurs, sans doute faudra-t-il les répercuter au consommateur final… «Ce ne sont ni nos exploitations, ni la coopérative qui peuvent subir seules la hausse des coûts de production», constate de son côté, amer, Olivier Gaffet. Demain, voir une bouteille de lait s’afficher à plus d’un euro n’aurait rien de choquant : «Il faut rappeler que derrière chaque bouteille de lait, il y a des producteurs qui se battent pour continuer à produire de la qualité», souligne-t-on chez Sodiaal.

 

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