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«Soulagement» pour les agriculteurs futurs méthaniseurs d’Ailly-sur-Somme

Après une consultation publique houleuse, et plusieurs modifications pour tenter de contenter tout le monde, le projet d’unité de méthanisation d’Ailly-sur-Somme et de Dreuil-les-Amiens a reçu l’accord de la préfecture. Les agriculteurs porteurs du projet voient le bout du tunnel.

Sept exploitants agricoles installés dans quatre exploitations, réunies pour «agir en faveur de la transition énergétique via le principe de méthanisation». À la clé : 1 450 foyers locaux alimentés en gaz vert, une économie de 3 478,2 tonnes de CO2 par an, la création d’emplois directs et indirects, la réduction de produits phytosanitaires… Le projet d’unité de méthanisation à Ailly-sur-Somme et Dreuil-les-Amiens est dans l’air du temps. De quoi contribuer à l’objectif de 33 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique français en 2030 que fixe la loi du 8 novembre 2019 relative à l’énergie et au climat. 
Et pourtant, depuis le dépôt du dossier de demande d’enregistrement auprès de la préfecture fin 2020, le projet a été largement critiqué par une partie de la population locale. «L’annonce de la signature de l’arrêté d’enregistrement (reçue ce 2 novembre, ndlr) est un véritable soulagement pour nous», souffle Benoît Corsyn, exploitant à Dury, président de la SAS La Forêt qu’ont créé les agriculteurs pour leur activité de méthanisation. Il faut dire qu’avant de pouvoir transformer leurs effluents en digestat et de vendre le gaz produit, l’investissement est lourd. «Nous avons engagé de grosses économies personnelles et beaucoup de temps, sans savoir si le projet allait se concrétiser. Un dossier ICPE (Installations classées pour la protection de l’environnement) comme celui-ci, c’est 350 pages, 90 prescriptions environnementales, trois ans de travail…», précise-t-il. 

«Allez faire de l’écologie ailleurs»
L’agriculteur, comme les six autres associés au projet, n’imaginait pas une telle bataille à mener. «Nous savions qu’un dossier comme le notre serait lourd à monter. Mais jamais nous n’aurions pu supposer une violence pareille. J’ai pour ma part reçu des menaces de mort via des appels anonymes.» La solidité du groupe et les encouragements de la plus grande partie des élus et de la population ont encouragé les membres à persévérer. «Nous nous sommes vite rendu compte que les opposants ne sont qu’une poignée de personnes anti-tout, comparé à ceux qui nous soutiennent.» Benoît Corsyn retient une phrase qui l’a choqué : «Ils disent “la méthanisation, d’accord, mais pas chez nous“. Autrement dit, allez faire de l’écologie ailleurs.»
Les agriculteurs se sont pourtant montrés à l’écoute des revendications, et ouverts aux propositions. Concernant les risques de nuisances relatifs à la sécurité et au trafic routier, par exemple, les itinéraires d’acheminement des matières organiques, qui se font essentiellement par les accès chemins de plaine, ont été modifiés à plusieurs reprises. «Pour contourner la commune de Saveuse, nous avons décidé de créer une voirie privée à nos frais. Nous rappelons aussi que le trafic sera élevé lors des périodes de récolte des Cive, fin avril-début mai, puis en octobre, mais le reste du temps, les flux seront réduits.» L’intégration paysagère globale est prévue avec l’implantation d’arbres aux essences locales. Les associés ont même renoncé à l’installation d’une cuve déportée, initialement prévue à Ferrières. «Elle devait nous permettre le stockage de digestat pour un épandage direct dans les champs grâce à des motopompes. L’intérêt était surtout logistique. Les locaux avaient peur d’éventuels problèmes de pollution en cas de fuite et de trafic trop important pour l’alimenter. Nous pouvions prouver que ces craintes étaient infondées, mais nous avons préféré renoncer à cette cuve pour prouver notre bonne volonté.»

Un manque de communication
Pour Benoît Corsyn, si les unités de méthanisation suscitent la méfiance, c’est qu’elles souffrent d’un manque de communication. «Dans la Somme surtout, les gens ne savent pas ce qu’est un méthaniseur.» La SAS La Forêt a créé son propre site internet pour cela et ses membres ont convié les curieux à des visites de sites existants. L’occasion d’expliquer leur projet. «Nous sommes un groupe d’agriculteurs qui a l’habitude du travail en commun. Pour permettre aux jeunes générations de s’installer, il nous fallait développer une diversification agricole pour dégager du revenu et pérenniser nos exploitations. Après une longue réflexion, la méthanisation s’est révélée la meilleure stratégie.»
Les agriculteurs voient cette diversification comme «une chance» pour les locaux. Tout d’abord, la production de gaz vert local est un enjeu d’avenir. Ensuite, les bénéfices environnementaux sont directs. «La valorisation de nos cultures intermédiaires, par exemple, nous permettra de réduire nos produits phytosanitaires, puisque nous n’utiliserons plus de glyphosate pour les détruire.» Benoît Corsyn estime aussi réduire de 75 % les besoins en engrais minéraux. «Le digestat, lui, remplacera les 6 à 700 tonnes de compost que je fais venir de Hol-lande pour fertiliser mes 300 ha.»
Les associés espèrent un début des travaux au printemps 2022, pour une entrée en fonctionnement dix à douze mois plus tard. D’éventuels opposants peuvent néanmoins, dans les quatre mois, contester cet arrêté d’enregistrement devant le tribunal administratif… À la condition de disposer d’un intérêt donnant qualité pour agir.

Le projet, en chiffres

4 exploitations, qui regroupent sept agriculteurs, sont réunies autour du projet
2 d’entre elles sont labellisées HVE
2 d’entre elles ont une activité d’élevage bovin
960 ha : c’est la surface cultivée par les 4 exploitations, dont 600 ha autour du site de méthanisation
200 Nm3/h de gaz sera injecté, soit l’équivalent des besoins en énergie de 1 450 foyers
77 t/jour (maïs, Cive, pulpes de betteraves, fumier de bovin) pour alimenter le méthaniseur
130 ha de Cive (culture intermédiaire à vocation énergétique ; seigle, tritical, tournesols, sorgho…) seront valorisés dans le méthaniseur
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