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Mycologie
Une omelette de champignons des bois samariens ?

Tout l’automne, la Société linnéenne Nord-Picardie, spécialisée en champignons et plantes comestibles, organise des sorties mycologie pour le grand public. On y apprend à identifier les espèces de champignons de la région, mais surtout à agir avec prudence.

Des paniers en osier dans lesquels le butin sera préservé, un couteau, des vêtements bien couvrants, et une paire d’yeux attentifs. Voilà l’attirail dont une vingtaine de personnes s’étaient munies, en ce début d’après-midi d’automne pluvieux. Rendez-vous avait été donné par des membres de la Société linnéenne Nord-Picardie* pour une sortie à la découverte des champignons en forêt domaniale de Beaucamps-le-Jeune.

Pour Denise, une des participantes dont il s’agit de la première sortie, l’événement était attendu. «J’adore me promener à pied et pratiquer la cueillette. Je vois toujours plein de champignons sans oser les ramasser, car je sais qu’ils peuvent être dangereux. Aujourd’hui, j’espère pouvoir apprendre à en repérer quelques-uns.» Les enfants partaient tout excités. «On a prévu une omelette ce soir», s’exclame une petite fille. Mais Françoise Warnet, secrétaire de l’association, prévient : «La récolte est tributaire de la météo. C’est très aléatoire. Les premières sorties n’ont pas donné grand-chose.»

Dès les premiers pas en sous-bois, des spécimens se présentent cependant. «Prélevez-les avec un couteau, en prenant soin de couper sous le pied. C’est un critère de détermination important. Parfois, seul le pied distingue un champignon d’un autre», expliquent Alain Diruit et Noël Vandevoorde, nos professeurs du jour. En matière de champignon, le risque de confusion est énorme. «Surtout, évitez de mettre vos doigts à la bouche», insistent-ils. Très rapidement, le panier se rempli de champignons de toutes formes et de toutes couleurs… souvent non comestibles, ou sans intérêt particulier, voire mortels : pieds-de-mouton, lactaire, hypholomes en touffes (très toxiques)… Quelques bolets et une rare amanite rubescens seront tout de même ramassés. «Ce très bon comestible, à la saveur légèrement âcre lorsqu'il croît sous les conifères, lorsqu'il est bien cuit, se révèle être un toxique sévère à l'état cru», prévient Alain Diruit.

Pas l’ombre d’un cèpe n’aura été aperçu. L’endroit s’y prête pourtant : «Le cèpe aime en général les zones ombragées, riches en mousse. On le trouve souvent sous les pins, les chênes et les hêtres.» Mais les conditions météorologiques propices à son développement n’étaient peut-être pas réunies. Il se récolterait quelques jours après une période chaude interrompue par une forte averse, généralement vers la fin de l’été/début de l’automne.

 

Victimes du changement climatique

Alain témoigne d’années de plus en plus pauvres en termes de champignons. «Je constate cela depuis quatre ans surtout. On trouve moins de diversité, et moins de quantité. Le changement climatique y est certainement pour beaucoup.» Il faut dire qu’une grande partie des champignons vit en symbiose avec la végétation. On l’appelle la mycorhize. «Nos arbres meurent malheureusement. Le hêtre souffre de la maladie corticale (maladie causée par la cochenille du hêtre, ndlr), les frênes ont la chalarose…» Pas de quoi faire une omelette ce jour-là, donc, mais une sortie riche en découvertes.

* La Société linnéenne Nord-Picardie a été créée sous le nom de Société linnéenne du nord de la France en 1838 à Abbeville, à l’initiative du médecin Casimir Picard, dans un but d’avancement et de propagation des sciences naturelles. Elle doit son nom au naturaliste suédois Carl Von Linné (1707 – 1778) qui a généralisé la nomenclature binomiale (genre et espèce) et a décrit de très nombreuses espèces.

Gare aux applications

Champignouf, Déclic Champi, Fungipédia… De nombreuses applications mobiles peuvent aujourd’hui être utilisées pour aider à reconnaître les champignons. Une photo, et hop, la description apparaît. La Société linnéenne Nord-Picardie tenait à avertir les novices : «Il faut se méfier de ces applications, car les confusions sont très nombreuses. Une reconnaissance par photo n’est jamais sûre, surtout s’il manque un morceau du champignon», prévient Françoise Warnet, la secrétaire. Et d’ajouter : «30 % des intoxications qui parviennent au centre antipoison sont liées à leur utilisation». Entre le 1er juillet et le 31 décembre 2022, 1 923 intoxications avaient été signalées. Autant pourraient l’être cette année. «Il faut être sûr de ce que l’on a récolté. Sinon, poubelle.»

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