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Viande bovine : l'autonomie alimentaire n'est pas systématiquement la panacée

Depuis quelques années «les milieux autorisés» désignent l’autonomie alimentaire des troupeaux de vaches allaitantes comme la «solution»... Mais qu’en est-il vraiment dans les Hauts-de-France ?

Recherche d’autonomie alimentaire ou augmentation des cultures de vente ? Une décision aux conséquences sur l’environnement, la conduite du troupeau, 
le temps de travail en élevage, mais aussi une stratégie économique à raisonner au cas par cas.
Recherche d’autonomie alimentaire ou augmentation des cultures de vente ? Une décision aux conséquences sur l’environnement, la conduite du troupeau,
le temps de travail en élevage, mais aussi une stratégie économique à raisonner au cas par cas.
© © D. P.



L’autonomie alimentaire a le gros avantage de diminuer le nombre de factures en évitant les achats et permet de sécuriser la traçabilité. Mais notre région des Hauts-de-France est d’abord une région de polyculture aux coproduits  nombreux : pulpes de sucrerie, coproduits des amidonneries, tourteaux de colza, purée et écarts de triage de pommes de terre, etc. Nous avons le choix et, à ce titre, nous ne devons pas sous-estimer le coût de production des fourrages et concentrés fermiers pour prendre les bonnes orientations.
Avec les cent cinquante gestions techniques viande réalisées dans les Hauts-de-France par les conseillers des chambres d’agriculture, nous avons fait le lien entre la marge économique et le degré d’autonomie alimentaire défini par la quantité de matière sèche produite sur la quantité de matière sèche consommée.

Marge brute
Pour rappel, la marge brute se calcule en enlevant du produit les charges liées à la production : intrants sur les surfaces fourragères, les coûts d’achat de concentrés, minéraux, fourrages, coproduits et frais d’élevage  (sanitaire, identification, GDS, reproduction, appui technique, clôtures, bâches, film enrubannage, taxes viande, etc.) Sur les cent cinquante élevages étudiés, le taux moyen d’autonomie alimentaire est de 52 %. Les élevages très autonomes (> 52 %) enregistrent une marge brute hors prime par UGB de 388 €, soit 10 % de plus par rapport aux élevages les moins autonomes (352 €/UGB). Si les calculs s’arrêtent à ce niveau d’analyse, le conseil est d’inciter à produire ses fourrages et concentrés. Mais en rester là serait une tromperie…

Marge semi-nette
Dans le cas d’une marge brute, si, par exemple, vous utilisez de la pulpe surpressée, la facture est bel et bien enregistrée dans sa totalité. En revanche, pour l’utilisation d’un maïs ensilage ou d’un foin de luzerne, seules les charges de fertilisants, de semences et de protection des plantes sont comptabilisées.
La marge semi-nette imaginée par les conseillers des chambres d’agriculture va ajouter à la marge brute des charges de fermage pour les prairies permanentes. Des charges de récolte sur la base d’un forfait de 105 € par hectare de foin,
160 € par hectare d’enrubannage, 230 Ä pour l’ensilage de maïs ou la récolte de betteraves. Ce n’est pas tout, pour les cultures fourragères, nous allons les comptabiliser à leur coût réel. Pour cela, aux charges opérationnelles, on rajoutera la marge d’un blé, 536 € pour 2017. Par exemple, pour un maïs ensilage nous arrivons à environ 1 150 € par hectare. Ce dernier point fait débat, mais il faut comprendre que si le maïs n’était pas utilisé pour le troupeau, il serait vendu en maïs grain ou remplacé par une autre culture de vente. Au final, c’est le même principe que pour l’utilisation des céréales utilisées pour l’alimentation du troupeau et  comptabilisées au prix du marché dans les charges du troupeau. C’est le seul moyen pour comparer objectivement les systèmes coproduits et les systèmes autonomes.
Avec ces charges supplémentaires, non négligeables mais réelles, on constate que l’avantage n’est plus aux élevages autonomes. La tendance s’est retournée pour créer un écart de 15 % (32 €/UGB) au profit des élevages les moins autonomes. Ce phénomène passe à 35 % d’écart (65 €/UGB) entre le quart supérieur (83 % d’autonomie) et le quart inférieur (16 % d’autonomie), ce qui représente environ 6 000 € pour un troupeau de cinquante vaches allaitantes.

Autonomie alimentaire : bonne solution ?
Le foncier est très coûteux sur notre région, et il est compréhensible que beaucoup d’éleveurs essaient de limiter l’utilisation du foncier pour leur cheptel. Implanter des cultures fourragères alors qu’il est possible d’implanter des cultures de vente à marge élevée telles que le lin, les légumes, les chicorées, les pommes de terre fécule ou de consommation ou même des betteraves sucrières est stratégique. Mais n’oublions pas que la marge brute des surfaces fourragères (SFP) est, depuis cinq années consécutives, plus élevée que la marge des céréales, sachant bien entendu que le temps de travail n’est pas comparable.
Implanter des protéagineux permet d’économiser sur l’achat de concentrés azotés. Avec des prix de vente concurrentiels aux concentrés du commerce, l’intérêt n’est pas significatif pour investir dans le stockage et l’aplatissage.
Le temps de travail en élevage est aussi une donnée de plus en plus invoquée par les éleveurs comme un handicap important de la production. Lors de la
réalisation d’un bilan de travail en élevage, le temps consacré aux cultures fourragères est pris en compte, comme celui passé à herser les prairies ou refaire les clôtures. Moins il y a de cultures fourragères et plus le temps de travail en élevage diminue.

Conclusion
L’autonomie alimentaire n’est pas pour autant à rejeter dans les Hauts-de-France. C’est une solution sur des terres à faible potentiel où l’élevage est préférable aux cultures de vente limitées en rendement. Un assolement varié sera propice à l’agronomie et utile contre les résistances de certaines graminées aux herbicides. Une luzerne valorise correctement une terre calcaire, tout en ayant un effet positif sur la structure du sol. C’est aussi un atout pour diminuer la charge de concentré azoté, tout en ayant un effet positif sur l’état de santé du troupeau. A une époque où la suspicion de la société est de plus en plus importante sur les pratiques agricoles, l’autonomie alimentaire offre une traçabilité et une sécurité sur le produit qui sera un plus pour la vente directe.
On observe cependant que certains éleveurs, influencés par un discours majoritairement axé sur l’autonomie alimentaire, s’orientent à tort sur cette voie par rapport à leur situation de main-d’œuvre, d’opportunités en coproduits et de charge foncière. Que cet article à contre-sens du courant rééquilibre et apporte à chacun les moyens de raisonner sa stratégie, en sachant que l’autonomie alimentaire n’est pas la panacée, autrement dit le remède contre tous les maux.

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