Irrigation dans la Somme
Anticiper, s’organiser et mutualiser pour sécuriser les productions
Face à la variabilité climatique croissante et à la répétition des épisodes de sécheresse, l’irrigation s’impose progressivement comme un levier stratégique pour de nombreuses exploitations de la Somme. Aujourd’hui, elle devient un facteur déterminant de régularité des rendements, notamment en cultures à forte valeur ajoutée comme la pomme de terre ou les légumes de plein champ.
Face à la variabilité climatique croissante et à la répétition des épisodes de sécheresse, l’irrigation s’impose progressivement comme un levier stratégique pour de nombreuses exploitations de la Somme. Aujourd’hui, elle devient un facteur déterminant de régularité des rendements, notamment en cultures à forte valeur ajoutée comme la pomme de terre ou les légumes de plein champ.
Cependant, développer l’irrigation ne s’improvise pas. Entre contraintes réglementaires, enjeux environnementaux et investissements conséquents, les agriculteurs doivent s’inscrire dans une démarche structurée et collective. Retour sur les points clés à connaître et sur les dynamiques en cours dans le département.
Un contexte local marqué par la pression sur la ressource
Dans la Somme, la gestion de l’eau repose sur des nappes souterraines plutôt bien pourvues, réalimentées régulièrement par la pluviométrie. Dans le jargon des hydrogéologues, il s’agit d’une nappe libre, unique, stockée dans la craie qui constitue son réservoir. Les nappes souterraines constituent la principale ressource pour l’irrigation et elles sont soumises à des pressions croissantes : évolution climatique et usages multiples. Les exigences environnementales se font de plus en plus sévères car ces nappes sont la principale source d’alimentation de nos cours d’eau, à au moins 80 % selon les spécialistes. Les zones humides qui leur sont liées font l’objet d'une attention croissante des pouvoirs publics. La gestion de l’eau d’irrigation dans le département fonctionne sur la base d’un système nommé "gestion volumétrique". Concrètement, chaque agriculteur doit déclarer en début de campagne ses besoins en eau en fonction des cultures implantées. Sur la base de références (par exemple 2 300 m³/ha pour la pomme de terre), un volume annuel est attribué. Cette logique impose une anticipation des assolements et des stratégies d’irrigation.
Une réglementation exigeante à bien maîtriser
Le développement de l’irrigation passe très souvent par la réalisation de forages. Or, ces derniers sont fortement encadrés. Plusieurs critères réglementaires doivent être pris en compte :
1. Localisation du forage
• Interdiction dans les périmètres de protection rapprochée des captages d’eau potable.
• Distance minimale de 500 mètres par rapport aux cours d’eau.
• Entre 500 et 1 000 mètres, il faut démontrer l’absence d’impact sur les cours d’eau et les zones humides.
• Éviter d’être à moins de 500 m d’un forage voisin, faute de quoi il faudra également prouver l’absence d’impact sur ce dernier
2. Profondeur
• Au-delà de 50 mètres, les dossiers sont examinés au cas par cas, avec souvent l’exigence d’une étude d’impact difficile à mener.
• La tendance actuelle des services de l’État est à la limitation des forages profonds.
3. Volume prélevé
• Entre 10 000 et 200 000 m³ : déclaration obligatoire.
• Au-delà de 200 000 m³ : demande d’autorisation, avec un dossier plus complexe (enquête publique…), et soumission préalable à l’examen au cas par cas
• Au-delà de 100 ha irrigués, le cas par cas est également requis
Des démarches administratives en plusieurs étapes
Le montage d’un projet d’irrigation nécessite de suivre une procédure précise :
1. Étude préalable et dossier auprès de l’administration environnementale (notamment si le forage est profond).
2. Déclaration de forage auprès de la DDTM.
3. Réalisation du forage directement ou du pré-forage si l’incertitude est grande, permettant d’évaluer la présence et le débit de la ressource.
4. Demande d’autorisation de prélèvement une fois le forage réalisé, qui fixe le volume maximal utilisable.
Mutualiser pour avancer : l’intérêt des Cuma d’irrigation
Face à ces contraintes techniques, réglementaires et économiques, la mutualisation apparaît comme une solution particulièrement pertinente. Les Cuma (Coopératives d’utilisation de matériel agricole) permettent de partager les investissements et les équipements.
Dans le cas de l’irrigation, elles présentent plusieurs avantages : partage des coûts d’investissement (forage, pompes, réseaux), optimisation des équipements (enrouleurs, rampes, goutte-à-goutte), partage des risques et structuration collective des démarches administratives.
Un exemple concret : une dynamique collective née de la compensation agricole
Dans le nord et le sud-est amiénois, une trentaine d’agriculteurs se sont réunis pour réfléchir à la mutualisation de l’irrigation ; notamment via la création de Cuma d’irrigation.
Ce projet a émergé avec l’opportunité de bénéficier d’un financement de compensation collective agricole. Ce financement se déclenche lorsque des terres agricoles sont artificialisées. Son objectif est de dédommager l’ensemble du monde agricole et de financer des projets collectifs à forte valeur ajoutée pour le territoire.
Le projet s’est construit progressivement avec un accompagnement de la Chambre d’agriculture de la Somme, en commençant par une phase d’émergence qui a permis d’identifier les besoins et de mobiliser les agriculteurs intéressés. Un travail technique a permis de réaliser une cartographie des parcelles, une estimation des surfaces irrigables et donc des volumes nécessaires, puis de déterminer des secteurs favorables à la réalisation de forages.
Un investissement à raisonner collectivement
Le coût d’un forage reste significatif :
• 15 000 à 20 000 € pour un forage d’environ 50 mètres équipé de son tubage
• Environ 3 000 € pour les études
À cela s’ajoutent les équipements d’irrigation (station de pompage, matériel d’aspersion) et les infrastructures de distribution.
La mutualisation via une Cuma permet de rendre ces investissements accessibles, tout en optimisant leur utilisation.
Une opportunité pour structurer les territoires
Au-delà de l’aspect économique, ces projets collectifs contribuent à structurer les territoires agricoles en renforçant le lien entre agriculteurs et en proposant une meilleure organisation de la gestion de l’eau. Ils s’inscrivent pleinement dans les logiques actuelles d’adaptation au changement climatique et de transition des systèmes agricoles.