Blé
Après une année hors norme, quelles variétés semer ?
Après une moisson 2026 contrastée entres les secteurs : Cap sur les semis d'automne et les variétés clés pour demain.
Après une moisson 2026 contrastée entres les secteurs : Cap sur les semis d'automne et les variétés clés pour demain.
Semis et désherbage d’automne : réalisés globalement dans de bonnes conditions
La majorité des semis s'est déroulée de manière précoce, avec près de 45 % des surfaces semées en 10 jours du 7 au 17 octobre. 80 % des surfaces sont semées début novembre (contre 68 % en 2025).
Les levées ont été très rapides grâce à la douceur et à des pluies modérées. Ces conditions climatiques ont été favorables aux pucerons d’automne parfois mal contrôlés, mais finalement peu d’incidence au printemps. La plupart des blés sont désherbés en prélevée et/ou en post levée.
Comme chaque année, certaines parcelles ont souffert de problèmes de sélectivité à la suite des applications de prélevées et au fort cumul de pluies de fin octobre.
Des stades de plus en plus précoces
Caractérisée par une précocité remarquable, l'année 2026 affiche 10 à 15 jours d'avance par rapport aux moyennes des dix dernières années.
Favorisé par un printemps doux, humide (en février et mars) et très ensoleillé, le stade «épi 1 cm» a devancé le calendrier 2025 de deux semaines. L'épiaison précoce observée mi-mai a ensuite laissé place à un remplissage très accéléré en juin sous l’effet de températures ayant dépassé les 25 °C.
Désherbage : des infestations en graminées grandissantes
Cette année encore, la part des parcelles désherbées à l'automne reste élevée. La pré-levée s'imposant dans la grande majorité des implantations précoces.
Malgré ces passages, de nouvelles levées de graminées ont fait leur apparition au début du mois de mars.
Le bilan est également nuancé par quelques échecs ciblés sur matricaire, séneçon ou coquelicot, ainsi que par la dégradation continue des situations face au ray-grass, au chardon et au laiteron.
Azote : une bonne valorisation globalement
Le début du printemps a offert des conditions très favorables à l'absorption de l'azote, grâce à des températures douces et des précipitations dans la normale (plus de 120 mm cumulés sur février et mars à Abbeville). Si le sec de la mi-avril a provoqué quelques régressions de talles dans les sols superficiels, le retour opportun des pluies a permis de bien valoriser les apports intermédiaires. Enfin, la gestion du dernier apport s’est révélé stratégique : sur les terres profondes à fort potentiel, ce déplafonnement a porté ses fruits en sécurisant à la fois le rendement et le taux de protéines.
Verse : un risque de verse «faible à moyen»
Sur l'ensemble du département, le risque de verse s'est révélé faible à moyen. Cette situation s'explique par des peuplements modérés (nombre de tiges à plus de 3 feuilles/m² non excédentaire) et un mois d'avril particulièrement sec (seulement 6 mm enregistrés à Abbeville).
Si la montaison s'est déroulée en jours courts du fait d'un calendrier précoce (1 à 2 semaines d'avance sur la médiane), le fort ensoleillement a compensé cette dynamique.
Attention toutefois aux disparités :
le risque est resté élevé à très élevé sur les semis précoces réalisés avant le 15 octobre, en particulier dans les terres profondes et sur des variétés sensibles comme LG Audace ou KingKong. Finalement, la maîtrise de la verse a nécessité une évaluation rigoureuse à la parcelle, combinant la tolérance variétale, la date de semis et le calage du premier apport d'azote.
Maladies : sur le plan sanitaire, la campagne 2026 aura été marquée par une pression continue des rouilles
Septoriose : un risque contenu
Les faibles précipitations du printemps ont limité les contaminations. La pression est modérée, avec des interventions déclenchées à partir du stade «dernière feuille étalée», accentuées par le retour des pluies début mai et arbitrées selon les tolérances variétales.
Rouille jaune : une menace bien présente.
Pour la deuxième année consécutive, la pression a été forte. Le modèle «YELLO», d’Arvalis Institut du Végétal, place l’année 2026 en risque élevé voire proche de la référence haute sur l’ensemble des variétés.
Dès la mi-mars, de premiers foyers ont touché les variétés sensibles (Campesino, Celebrity, Complice, Prestance). Elle continuera sa progression courant mai et juin toutes variétés confondues.
Rouille brune : une présence de plus en plus précoce.
Le risque est important pour 2026. Des pustules sont observées sur les variétés sensibles (type KingKong, Thermidor, Pondor, Kws Etoile) à la suite des températures élevées.
Elle s’exprimera davantage en fin de cycle à la suite des jours «chauds» du mois de juin principalement sur des variétés sensibles.
Oïdiums, maladies de l'épi et viroses : une année calme.
L'oïdium est resté quasi inexistant, tout comme les viroses (JNO). Sur épis, le sec autour de la floraison a préservé les parcelles du piétin et des fusarioses.
Taches physiologiques & Ravageurs.
Comme chaque année, des taches physiologiques liées aux amplitudes thermiques et parfois accentuées par les passages de produits (herbicides, régulateurs, fongicides) ont été relevées dès le stade «2 nœuds», notamment sur Thermidor et LG Audace. Coté ravageurs, des pucerons sur épis sont observés au cas par cas, mais régulés naturellement par les auxiliaires (syrphe, coccinelle, chrysopes) – aucune parcelle n’atteint le seuil de nuisibilité !
Très peu de cécidomyies orange piégées, aucune parcelle n’atteint le seuil de nuisibilité.
Rendements et qualité
Débutée dès le 5 juillet tous secteurs confondus, la moisson 2026 s’est achevée autour du 20 juillet dans les zones les plus tardives. Côté résultats, le rendement départemental est estimé à 80-85 q/ha, mais derrière cette moyenne se cache une forte hétérogénéité : de 60 q/ha en terres superficielles à plus de 110 q/ha en limons profonds. L'écart s'est principalement joué sur la réserve utile des sols et la qualité de l'enracinement face aux épisodes de canicule répétés en fin de cycle. Les blés sur blés en petites terres ou les parcelles pénalisées par des soucis d'implantation et de désherbage accusent des pertes allant jusqu'à -20 q/ha.
Sur le plan des composantes :
• Densité d'épis : Le nombre d'épis/m² est comme l’année dernière nettement inférieur à la moyenne pluriannuelle (environ 480 à 500 épis/m² contre 561 habituellement).
• Fertilité & PMG : La fertilité de l'épi s'est montrée correcte (40 grains/épi) et le poids de mille grains (PMG) se situe dans la moyenne à 45 g (contre 44,6 g en pluriannuel), bien que les fortes chaleurs de juin aient parfois freiné le remplissage.
En revanche, le bilan qualité est très satisfaisant avec des poids spécifiques (PS) bons à très bons (régulièrement supérieurs à 80 kg/hl) et des taux de protéines au rendez-vous.