Politique
« Aucune motion de censure (…) n’irrigue les cultures »
Accusant l’exécutif d’« impréparation » face au changement climatique et aux épisodes de chaleur extrême, les députés écologistes annoncent le dépôt d’une motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu. Une initiative vivement contestée par l’ancien ministre de l’Agriculture Marc Fesneau, qui estime qu’« aucune motion de censure ne sauve des vies, n’irrigue les cultures ou n’éteint les incendies ».
Accusant l’exécutif d’« impréparation » face au changement climatique et aux épisodes de chaleur extrême, les députés écologistes annoncent le dépôt d’une motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu. Une initiative vivement contestée par l’ancien ministre de l’Agriculture Marc Fesneau, qui estime qu’« aucune motion de censure ne sauve des vies, n’irrigue les cultures ou n’éteint les incendies ».
La séance des questions au gouvernement du mardi 30 juin a tourné à l’affrontement politique autour de la gestion des épisodes caniculaires. À la tribune de l’Assemblée nationale, la présidente du groupe Écologiste et social, Cyrielle Chatelain, a annoncé l’intention de son groupe de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu.
L’élue écologiste reproche à l’exécutif son manque d’anticipation face aux conséquences du dérèglement climatique, alors que plusieurs régions françaises affrontent une vague de chaleur intense.
« Nous avons un gouvernement qui n’est pas prêt », a-t-elle lancé, accusant le pouvoir en place de porter une responsabilité dans la gestion de la crise. « 33 000 décès entre 2014 et 2022 dus à la chaleur et vous n’avez rien anticipé », a affirmé la députée de l’Isère.
Pour Cyrielle Chatelain, la situation actuelle témoigne d’un échec politique : « Sous votre gouvernement, la canicule s’est transformée en violence politique. Les morts, vous les avez sur la conscience, la politique que vous menez est une politique inégalitaire ! »
À la sortie de l’hémicycle, elle a justifié le recours à la motion de censure en estimant que « le gouvernement peut, par son impréparation, représenter un danger ».
Lecornu dénonce une « polémique purement politicienne »
La réponse du Premier ministre n’a pas tardé. Sébastien Lecornu a vivement contesté les accusations portées par les écologistes, dénonçant une attaque politique dans un contexte de crise.
« On peut critiquer le gouvernement, mais je vous entends dans les médias depuis plusieurs jours semer le doute sur l’action de l’État et l’État tient face à chaque crise ! », a répondu le chef du gouvernement.
Il a également contesté les chiffres avancés par certains élus écologistes concernant le bilan humain des épisodes de chaleur. « D’où sortez-vous ce bilan de 10 000 morts ? », a-t-il interrogé, avant de qualifier ces données de « faux bilan humain ».
Sébastien Lecornu a appelé les députés écologistes à davantage de « dignité », estimant que leur démarche relevait davantage de la polémique que d’une volonté de répondre aux urgences climatiques.
Le Premier ministre a aussi rappelé l’action engagée par l’État, citant notamment la création du fonds vert sous le premier quinquennat d’Emmanuel Macron.
Une motion de censure qui cherche encore ses soutiens
Pour être déposée, une motion de censure doit recueillir au minimum 58 signatures de députés. Le groupe Écologiste et social comptant 38 élus, Cyrielle Chatelain devra donc convaincre d’autres parlementaires de gauche de rejoindre l’initiative.
« Globalement, nous sommes sur une motion de censure de gauche », a-t-elle indiqué, excluant un soutien venu des rangs du Rassemblement national.
La députée écologiste affirme vouloir déposer le texte « dans les heures qui viennent », dans le prolongement d’une autre initiative parlementaire : une proposition de résolution visant à créer une commission d’enquête sur la gestion du changement climatique par les gouvernements successifs depuis 2017.
Une demande à laquelle Sébastien Lecornu s’est dit favorable, tout en prévenant que cette commission pourrait se retourner contre ses initiateurs. « Cela va permettre enfin d’objectiver le rôle de chacun et quelque chose me dit que cette commission d’enquête vous reviendra en boomerang », a-t-il déclaré.
Marc Fesneau : « Aucune motion de censure ne sauve des vies, n’irrigue les cultures ou n’éteint les incendies »
La décision des écologistes a provoqué une vive réaction de Marc Fesneau, ancien ministre de l’Agriculture et chef de file des députés démocrates à l’Assemblée nationale. L’élu a dénoncé une démarche qu’il juge déconnectée des urgences auxquelles la France doit faire face.
« Les écologistes déposent une motion de censure au motif de la canicule. Le populisme n’a décidément aucune limite », a-t-il écrit, estimant que « prôner le chaos politique pour répondre au chaos climatique » constituait une erreur.
Le député démocrate a dressé la liste des difficultés rencontrées sur le terrain : tensions hospitalières, incendies, restrictions d’eau, mais aussi conséquences agricoles de la chaleur.
« Les agriculteurs souffrent : des millions d’animaux morts dans les élevages. 6 600 tonnes de cadavres rien que dans l’Ouest du pays. Les centres d’équarrissage sont saturés. Du jamais-vu depuis 2003 », a-t-il alerté.
Sur les cultures, Marc Fesneau évoque également une situation préoccupante : « 30 % de pertes anticipées sur le maïs. Les céréales à paille brûlent sur pied, comme nombre de productions de fruits et légumes. Des difficultés en cascade qui annoncent peut-être une crise majeure, alors même que nous ne sommes pas encore en juillet. »
Pour l’ancien ministre de l’Agriculture, la priorité doit rester la mobilisation des services publics et des acteurs de terrain. « Partout en France, les préfectures, les services de l’État, les collectivités et les associations sont mobilisés nuits et jours. Aucune motion de censure ne leur rendra hommage », affirme-t-il.
Marc Fesneau considère que la chute éventuelle du gouvernement affaiblirait la capacité d’action de l’État dans une période critique. « Un gouvernement censuré ne peut plus qu’expédier les affaires courantes. Il est privé d’un certain nombre de moyens pour agir, à court et moyen terme », rappelle-t-il.
S’il reconnaît que « la crise climatique a des dimensions politiques », il estime qu’elle ne peut être traitée uniquement à l’échelle nationale. « Ces dimensions sont mondiales, interconnectées et d’une immense complexité », écrit-il.
Sa conclusion vise directement les députés écologistes à l’origine de la motion : « Aucune motion de censure ne sauve des vies, n’irrigue les cultures ou n’éteint les incendies. Les Français n’ont pas besoin d’une crise politique en plus d’une crise climatique. »