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Grandes cultures
Avec de nouvelles solutions, Sana Terra repense le désherbage des betteraves

Face au retrait progressif de solutions historiques de désherbage comme le Triflusulfuron (Safari), le Desmedipham (Betanal Booster) ou la Pyramine (Menhir), l’arrivée de nouvelles molécules redonne un nouveau souffle aux programmes de désherbage en betteraves. La coopérative Sana Terra abordait le sujet lors d’une visite d’essais le 26 mai à Rethonvillers.

La parcelle d’essai, infestée en ammi majus et matricaires, a été semée le 20 mars, puis désherbée selon seize modalités répétées trois fois.
La parcelle d’essai, infestée en ammi majus et matricaires, a été semée le 20 mars, puis désherbée selon seize modalités répétées trois fois.
© Sana Terra

Quelle solution pour désherber les betteraves dans les prochaines années ? Particulièrement efficace sur les ombellifères et les flores complexes, une innovation avec un nouveau mode d’action offrirait davantage de souplesse et de sélectivité. Cette solution est testée cette année par la coopérative Sana Terra, ainsi que deux autres nouvelles spécialités. L’essai était présenté le 26 mai à Rethonvillers.

L’innovation herbicide se nomme Rinskor (Florpyrauxifen) et son mode d’action est hormonal. Il compense en partie le spectre d’action de certains produits utilisés en betteraves, notamment le Betanal Tandem et le Safari. Ce dernier n’étant plus autorisé depuis deux ans et le Betanal pourrait lui aussi disparaître du marché d’ici deux ans. En revanche, son efficacité reste limitée sur les renouées et les repousses de colza, d’où l’importance de conserver des associations avec d’autres matières actives.

Les points forts du Rinskor restent son efficacité sur les ombellifères. Sur l’ammi majus et l'éthuse, il a une très bonne efficacité proche des 100 %. Son autre point fort, son efficacité sur chénopodes. Son mode d'action hormonal permet d’avoir un spectre antidicotylédones exclusivement foliaire. Il a une action plus rapide sur les chénopodes et empêche leur croissance jusqu’à la destruction.

Cumuler les doses

«Le Rinskor peut être appliqué en quatre passages de 0,02 l/ha, trois passages de 0,026 l/ha ou deux passages de 0,04 l/ha mais nous préconisons de l’intégrer dans les programmes classiques de désherbage à quatre passages. Des cadences trop espacées permettent le développement d’adventices difficiles à désherber», précise Grégoire Lesot, responsable technique Sana Terra.

En betteraves sucrières, dès lors qu’une pré-levée est appliquée, la culture démarre dans une situation saine : les compteurs sont remis à zéro en termes de pression dicotylédones. Cela permet de réaliser les désherbages de post-levée plus facilement, avec une meilleure efficacité et à des doses classiques.

«Il est important de réaliser une pré-levée afin de ne pas se laisser déborder, même en conditions sèches. Faire l’impasse sur cette intervention entraîne souvent la nécessité d’un passage supplémentaire, avec des doses plus élevées. Or, les alternances de périodes sèches et humides ainsi que les variations de température pénalisent inévitablement les betteraves», précise Jules Viltard, technico-commercial Sana Terra.

Un point est à retenir : les limites de spectre de cette nouvelle molécule sont désormais bien identifiées.

Il sera nécessaire de retravailler les programmes de désherbage, notamment en intégrant une application de pré-levée et en renforçant les partenaires tels que le Tramat (Ethofumesate), le Goltix (Métamitrone) ou encore le Venzar (Lenacile) afin de compenser les manques d’efficacité sur les renouées.

Multiplier les partenaires

Le Venzar apporte un spectre d’action plus large, notamment sur les crucifères, les matricaires et, dans une moindre mesure, les renouées. Son efficacité repose principalement sur une action racinaire (environ 80 %), complétée par une action foliaire (environ 20 %).

Avec la disparition du Safari, son utilisation tend à se développer pour renforcer les programmes de désherbage, en particulier en début de cycle. En fin de cycle, il peut être relayé par du Centium afin d’assurer une meilleure persistance d’action et une complémentarité de spectre.

Il conviendra également d’augmenter les doses de Goltix, voire de réaliser une pré-levée à base de ce produit pour mieux gérer les matricaires. En l’absence du Safari, aucune solution ne permet de rattraper efficacement des matricaires bien enracinées, d’où l’importance d’anticiper et de maîtriser ces adventices avant leur installation.

Meilleure sélectivité

Ce nouveau mode d’action en betteraves combine efficacité et bonne sélectivité, notamment lorsqu’il est intégré dans des programmes associant plusieurs matières actives. «Son mode d'action va être exclusivement foliaire avec des points forts qui sont majoritairement corrélés à la problématique betteravière, c'est-à-dire sur chénopodes. On va avoir un renfort sur matricaires et, clairement sur les ombellifères telles qu’ammi majus», explique Damien Brasseur, coordinateur technique Corteva.

«Le Rinskor apporte une meilleure sélectivité et se montre moins agressif pour la culture. Cette meilleure tolérance permet ensuite d’ajuster les autres partenaires du programme, comme le Tramat, le Goltix ou encore le Venzar, avec des doses potentiellement plus élevées selon les problématiques présentes dans la parcelle. Grâce à l’intégration 
du R, les programmes gagnent ainsi en souplesse et en adaptation aux différentes flores adventices», ajoute-t-il.

Cette année, les conditions météorologiques ont été favorables aux herbicides racinaires, grâce à une pluviométrie bien positionnée au moment des pré-levées et autour du 5 au 10 mai, permettant d’obtenir de très bons résultats. Toutefois, des pluies importantes peuvent entraîner un blanchiment du feuillage ou un tassement temporaire de la végétation. Ces symptômes restent généralement sans gravité, même si un ralentissement de croissance peut réduire le temps de développement de la betterave.

Concernant l’enveloppe désherbage, le coût de programme agriculteur sera sensiblement identique. «L’objectif est d'en faire un produit de base pour qu’il soit un pilier du désherbage betterave et pour cela, il est indispensable qu’il soit accessible et cohérent économiquement», conclut Damien.

_________________________________

l'Avis d'expert  de

Grégoire Lesot (Sana Terra)

Quel programme de désherbage pour demain ?

J’imagine un programme reposant avant tout sur une prélevée à base de métamitrone, associée selon les situations soit au Quinmérac (ex : Kezuro/Goltix silver), soit au Tramat (ex : Tornado combi). Ce dernier sera particulièrement intéressant dans les parcelles fortement infestées en renouées, afin de les maîtriser dès le départ, le Rinskor présentant justement des limites d’efficacité sur cette flore.

La stratégie pourra ensuite s’articuler autour de programmes de type 1 x BRTGV, suivis de 2 x RTGC. Le Rinskor devra être considéré comme un complément, voire dans certains cas comme un substitut au Betanal, selon la flore présente dans la parcelle.

Cette évolution des programmes répond notamment à la progression des ombellifères dans la région, des adventices devenues de plus en plus difficiles à gérer en betteraves avec le développement des surfaces en oignons. En effet, dans cette culture, des espèces comme l’ammi majus ou l’éthuse restent mal contrôlées.

 

À quand l’homologation ?

Le Rinksor est déjà approuvé au niveau européen depuis plusieurs années et continue même d'être déployé sur de nouveaux usages dans différents pays européens. Des produits à base de Rinskor ont ainsi obtenu récemment des autorisations pour diverses cultures, notamment en betterave et en maïs selon les pays. En ce qui concerne son homologation en France, selon les dernières informations disponibles, il est actuellement soumis à un nouveau processus. Sa disponibilité pour la prochaine campagne apparaît très incertaine. Une dérogation pourrait néanmoins être envisagée, à condition que la filière choisisse de porter cette démarche. À ce stade toutefois, les perspectives les plus réalistes s’orientent vers une commercialisation à l’horizon 2027.

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