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Fertilisation
Bien connaître ses apports organiques pour gagner en efficacité

Après la moisson, vient la période des épandages de produits organiques. Sources d’éléments fertilisants, ces produits permettent également d’entretenir la fertilité des sols, mais leur intérêt varie selon leurs caractéristiques agronomiques.

Effluents d'élevage, digestats ou composts ou autres produits organiques apportent à la fois des éléments fertilisants et de la matière organique. Encore faut-il bien comprendre leurs spécificités pour les valoriser au mieux.

Les produits organiques remplissent en réalité deux fonctions complémentaires. D'une part, ils contribuent à la nutrition des cultures grâce à leurs apports en éléments fertilisants (N, P, K...), d'autre part, ils participent à l'entretien du stock de matière organique du sol, indispensable à sa fertilité physique, chimique et biologique. Selon leurs caractéristiques, ils apporteront plus ou moins de la matière organique au sol.

Connaître son produit : la première étape indispensable

Les caractéristiques des produits organiques peuvent varier fortement selon leur origine, leur process de fabrication et même les conditions de stockage.

Face à cette variabilité, réaliser une analyse reste un bon moyen de raisonner correctement ses apports.

Pour un coût relativement limité (environ 40 € pour les paramètres agronomiques), cette analyse permet d'ajuster au mieux la fertilisation et d'éviter des erreurs parfois coûteuses.

Azote : tous les produits ne jouent pas le même rôle

La disponibilité de l'azote dépend principalement de sa forme. L’azote ammoniacal est immédiatement disponible pour les cultures, mais il est volatile ; alors que l’azote organique devra se minéraliser pour être assimilable par les plantes. La vitesse de minéralisation dépendra des caractéristiques des produits. Généralement, plus le C/N est faible, plus le produit minéralisera rapidement.

Les lisiers et digestats liquides contiennent une forte proportion d'azote ammoniacal, directement assimilable par les cultures. Ils présentent donc un effet fertilisant rapide et sont particulièrement intéressants lorsqu'ils sont apportés au plus près des besoins des cultures.

À l'inverse, les fumiers, composts et digestats solides renferment majoritairement (voire exclusivement) de l’azote sous forme organique.

Leur minéralisation est progressive et s'étale sur plusieurs mois, voire plusieurs années (cas par exemple des composts de déchets végétaux). Ils participent davantage à la fertilité à moyen terme qu'à la nutrition immédiate de la culture.

Pour cette raison, les apports de digestats liquides, lisiers ou effluents avicoles sont généralement plus efficaces au printemps, alors que les apports de fumiers et composts trouvent davantage leur place en été ou à 
l'automne.

Dans le tableau, on trouvera les coefficients d’équivalence minéral (Keq) à prendre en compte dans le plan prévisionnel de fumure pour quelques produits.

Un produit organique qui minéralise rapidement (ex : lisier, fiente, digestat liquide) a ainsi un Keq plus élevé en apport de printemps.

S’ils sont apportés en été/automne, l’azote présent dans le produit bénéficiera principalement au couvert d’interculture ou sera déjà absorbé en partie pendant l’hiver par la culture d’automne en place.

Attention aux pertes par volatilisation

Une part importante de l'efficacité des produits organiques riches en azote ammoniacal se joue au moment de l'épandage. Les pertes par volatilisation peuvent être considérables lors de conditions chaudes, venteuses ou sur sol sec.

Dans certaines situations défavorables, une grande partie de l'azote disponible peut être perdue dès l'épandage.

Plusieurs leviers permettent de limiter ces pertes, comme l’utilisation de pendillards ou d'enfouisseurs, l’incorporation rapide après épandage, le travail préalable du sol favorisant l’infiltration ou encore le choix de conditions météorologiques favorables (absence de vent).

Au-delà de l'intérêt environnemental, ces pratiques représentent également un gain économique direct par une meilleure valorisation de l'azote contenu dans ces effluents.

La matière organique : un enjeu de long terme

La contribution des produits organiques à l'entretien du stock d'humus mérite également d'être prise en compte. La matière organique joue en effet un rôle essentiel dans la stabilité structurale des sols, leur capacité de rétention en eau, leur activité biologique et leur fertilité globale.

Pour évaluer cette contribution, l'indicateur de référence est l'Ismo (Indice de stabilité de la matière organique).

Plus cet indice est élevé, plus la matière organique apportée résistera à la minéralisation et contribuera durablement à la formation d'humus.

Ainsi, certains composts de déchets verts présentent des Ismo élevés et constituent d'excellents amendements organiques, capables de compenser plusieurs années de pertes naturelles de matière organique.

Les fumiers bovins affichent également un potentiel humique intéressant, tandis que les résultats observés sur les composts à base d'effluents de volailles peuvent être beaucoup plus variables selon les produits (encadré ci-dessous).

Phosphore et potassium : des ressources souvent sous-estimées

Certains produits organiques apportent également des quantités significatives de phosphore et de potassium. Dans la plupart des cas, le potassium est considéré comme totalement disponible pour les cultures. Le phosphore présente, quant à lui, des niveaux d'efficacité généralement compris entre 70 et 95 % selon les produits.

Certains produits riches en P et K peuvent donc, selon les doses d’apports, couvrir une part importante des besoins des rotations et permettre de réduire les achats d'engrais minéraux. Il est donc important d’intégrer correctement ces produits organiques dans le raisonnement global de fertilisation.

Raisonner ses apports selon ses objectifs

En définitive, aucun produit organique n'est intrinsèquement meilleur qu'un autre. Leur intérêt dépendra avant tout de l'objectif recherché.

Si l’on souhaite apporter rapidement de l'azote, il vaut mieux se tourner plus particulièrement vers des produits qui minéralisent vite (digestats liquides, lisiers et fientes…). Pour entretenir le stock d'humus, plutôt choisir des composts stables et des fumiers pailleux. Généralement les composts et fumiers d’effluents d’élevage sont de bons compromis et permettent d’associer fertilisation et amélioration des propriétés du sol.

Dans tous les cas, il est important de bien prendre en compte les fertilisants de fond (phosphore, potasse, magnésie...) qui seront bien disponibles quels que soient les types de produits organiques.

Enfin, le coût des produits organiques est important à apprécier pour faire son choix. Pour ce faire, il faut comparer la valeur économique des produits par rapport aux engrais minéraux, en raisonnant selon la disponibilité des éléments fertilisants.

 

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