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Journée des droits des femmes
Catherine Faivre-Pierret : « Les agricultrices ont encore des droits à conquérir »

Dans cette année internationale des agricultrices, la présidente de la Commission nationale des agricultrices de la FNSEA, Catherine Faivre-Pierret, revient sur les acquis passés et sur ceux à conquérir pour les cheffes d’exploitations ou les conjointes.

journée des droits des femmes
La présidente de la Commission nationale des agricultrices de la FNSEA, Catherine Faivre-Pierret.
© D.R.

Que représente pour vous la journée du 8 mars qui a été consacrée journée internationale pour les droits des femmes ?  

Je pense que dans le quotidien de très nombreuses agricultrices, ce 8 mars est une journée comme les autres, avec son lot quotidien de travail, sur l’exploitation mais aussi dans le foyer autour de la cellule familiale. A titre personnel, cette journée, quelle que soit la météo est toujours rythmée par les deux traites de mon cheptel laitier, matin et soir, la nourriture des bêtes, les repas à préparer, etc. Une journée normale en somme. Cependant, j’ai une pensée pour toutes les femmes qui souffrent dans le monde pour des raisons diverses et variées, en particulier celles qui sont directement ou indirectement victimes des guerres qui essaiment le monde en ce moment et celles qui sont les souffre-douleurs d’un conjoint violent.

Selon vous, la condition des agricultrices s’est-elle améliorée au fil des années ?  

Bien sûr. La vie d’une agriculture au XXIe siècle n’a rien de comparable avec celle de nos ancêtres même si l’on remonte 80 ans en arrière. La modernité est entrée dans les exploitations et a facilité le travail au quotidien. Les rudes combats qu’ont menés nos aînées ont également permis d’importantes avancées sociales. Je rappelle que le mot « agricultrice » est récent à l’échelle humaine. Il n’est entré dans le Larousse qu’en 1961 ! 65 ans ce n’est pas vieux. Les femmes qui m’ont précédées à la CNA* mais aussi d’autres figures syndicales comme Michèle Chezalviel et Christiane Lambert ont permis l’avancée de nombreux dossiers : congés maternité, formation 200 heures, assurance veuvage, statut du conjoint collaborateur, extension de la retraite complémentaire obligatoire, transparence des Gaec, revalorisation des retraites etc. Le dernier acquis en date a été inscrit dans le dernier projet de loi de financement de la Sécurité sociale et concerne le conjoint collaborateur : le texte permet l’exonération dégressive sur cinq ans des cotisations sociales lors du passage au statut de chef d’exploitation après les cinq ans du statut de conjoint. 

Reste-t-il encore des droits à conquérir pour les agricultrices ?

Il reste encore des batailles à livrer et les agricultrices ont encore de nombreux droits à conquérir pour atteindre des droits équivalents à d’autres catégories professionnelles. Parmi les principales, il y a d’abord le nouveau congé de naissance. Tout comme pour la pérennité des acquis autour du congé maternité, nous allons nous assurer que la mise en œuvre de ce congé s’adapte vraiment au monde agricole, notamment avec le Service de remplacement. L’autre thème sur lequel les membres de la CNA sont très impliquées est la conciliation entre vie personnelle, vie professionnelle et nos engagements que ce soit dans les syndicats, les instituts et institutions, les chambres d’agriculture etc. Ici aussi, nous réclamons des moyens à la hauteur de notre investissement pour assurer notre remplacement sur l’exploitation mais aussi dans notre vie de famille. Un autre sujet nous tient à cœur : l’adaptation des outils et machines agricoles qui ont toujours été pensés pour les hommes et nettement moins pour les femmes. Les machinistes y travaillent mais nous voudrions que les améliorations promises se concrétisent plus rapidement. 

La ministre a présenté sur le salon de l’Agriculture un plan en 41 mesures. Y souscrivez-vous ?  

La CNA a suivi de près ce plan qui a résulté d’une large consultation citoyenne qui ell-même a reçu plus de 3500 contributions. Parmi les 41 mesures réparties en six axes thématiques (communication, enseignement, accompagnement au quotidien, installation-transmission, statut et conditions de travail, instances de gouvernance), les ministres ont dévoilé la mise en place dès cette année d’un mentorat reliant une agricultrice à une élève vise à susciter des vocations dans l'enseignement agricole. C’est une bonne initiative. Je souscris totalement à la plupart des mesures comme l’amélioration du dispositif de remplacement pour congé maternité qui sera ajusté dès l’été 2027 pour proposer des horaires plus adaptés aux besoins des mères, même si j’aurais aimé qu’il intervienne plus rapidement. Malgré tout, il faut maintenant que ces mesures se concrétisent et nous serons vigilantes à leur bonne application. Le ministère a annoncé deux rendez vous de suivi par an, nous y serons ! 

La CNA travaille-t-elle sur l’attractivité des métiers ?  

Aujourd’hui, environ 60 % des effectifs de l’enseignement agricole est féminin toutes filières et niveaux confondus. Je regrette comme beaucoup qu’à la fin de leurs études, peu de jeunes femmes s’engagent dans la voie productive. Le nombre de chefs d’exploitation a tendance à stagner ces dernières années autour de 25/26 %. Notre population rurale vieillit et la ruralité a aussi besoin de bras dans les secteurs médico-sociaux pour accompagner et soulager nos aînés. Cependant, avoir plus de femmes à la tête de fermes laitières, porcines, avicoles, arboricoles, viticoles, maraîchères ou autres est un objectif atteignable et souhaitable. Le renouvellement des générations et l’attractivité ne s’effectueront que si les agriculteurs et les agricultrices gagnent bien leur vie et que si le revenu est naturellement au rendez-vous. C’est aussi le combat quotidien de la Commission nationale des agricultrices. Avec des revenus décents et dignes, le renouvellement sera au rendez-vous. Il nous faut des agricultrices heureuses et épanouies pour en inciter d’autres à suivre leurs traces et creuser de nouveaux sillons. 

Un dernier mot sur l’année internationale des agricultrices ? 

Cette initiative va permettre de sensibiliser tout un chacun non seulement aux difficultés rencontrées par les femmes agricultrices, mais aussi par les patronnes pêcheuses, les apicultrices, les bergères, les détentrices de savoir-faire traditionnels...N’oublions pas qu’à l’échelle mondiale, les femmes représentent environ 40 % de la main-d'œuvre agricole, selon les données de la FAO de 2021, avec des proportions plus élevées dans les pays en développement. Cela signifie que près de la moitié de tous les travaux agricoles dans le monde dépendent des efforts des femmes. 

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