Loisirs
Chasse d’été : la controverse monte d’un cran avec la canicule
Autorisée dans plusieurs départements, la chasse d’été du grand gibier est régulièrement contestée par les associations animalistes, qui dénoncent une pression supplémentaire exercée sur des animaux déjà fragilisés par la période de reproduction et les fortes chaleurs.
Autorisée dans plusieurs départements, la chasse d’été du grand gibier est régulièrement contestée par les associations animalistes, qui dénoncent une pression supplémentaire exercée sur des animaux déjà fragilisés par la période de reproduction et les fortes chaleurs.
Ouverte depuis le 1er juin, la chasse d’été fait de nouveau débat. Alors que l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) a lancé une campagne intitulée «Les animaux aussi souffrent de la canicule… Stop à la chasse d’été !», l’association demande l’arrêt des tirs anticipés de certaines espèces de grand gibier durant la période estivale.
Cette pratique permet, sous conditions, de chasser certaines espèces avant l’ouverture générale. Dans la Somme, comme dans d’autres départements, les arrêtés préfectoraux encadrent chaque année les périodes et les modalités de chasse ainsi que les éventuelles autorisations de tirs anticipés, notamment pour le sanglier et le chevreuil, en fonction des enjeux locaux liés aux dégâts agricoles et à la gestion des populations.
Les critiques des associations de protection animale
Pour les associations opposées à la chasse d’été, le calendrier constitue un point central de désaccord. Le début de l’été correspond à une période où de nombreuses espèces sauvages élèvent leurs jeunes. L’ASPAS estime donc que l’intervention humaine se produit dans une phase particulièrement sensible du cycle biologique des animaux. L’association met également en avant les effets des épisodes de chaleur. Selon elle, les températures élevées accentuent les contraintes auxquelles sont confrontés les animaux sauvages : recherche d’eau, déplacements plus difficiles, raréfaction des ressources dans certains milieux. La chasse ajouterait ainsi un facteur de stress supplémentaire dans un contexte climatique déjà dégradé.
Elle critique aussi la justification liée aux dégâts agricoles, estimant que la régulation invoquée ne doit pas masquer des pratiques de loisir, notamment lorsque certains animaux sont ciblés pour des caractéristiques spécifiques.
Les défenseurs de la chasse d’été mettent, quant à eux, en avant une logique de régulation des populations de grand gibier, en particulier du sanglier, fortement impliqué dans les dégâts agricoles observés dans les zones de grandes cultures.
Le Code de l’environnement permet en effet au préfet d’autoriser, sous conditions, des tirs anticipés pour certaines espèces de grand gibier afin de prévenir les déséquilibres agro-sylvo-cynégétiques et de limiter les dommages aux cultures et aux milieux naturels.
Une chasse d’observation autant que de prélèvement
La chasse d’été, notamment au chevreuil, repose essentiellement sur des pratiques individuelles d’approche ou d’affût, qui supposent un temps important d’observation préalable des animaux et de leurs comportements. On notera aussi, n’en déplaise aux critiques, que la chasse d’été est une chasse silencieuse et discrète puisqu’elle se pratique généralement de manière individuelle, à l’affût ou à l’approche.
Pour les chasseurs qui la pratiquent, cette période constitue autant un moment de suivi des populations qu’une phase de prélèvement. Il s’agit d’observer les chevreuils présents sur un territoire, d’évaluer leur état sanitaire, leur développement et leur dynamique.
Dans le cas du brocard, le mâle du chevreuil, la sélection peut répondre à différents critères. Certains chasseurs recherchent des sujets âgés portant un trophée jugé remarquable, tandis que d’autres ciblent des animaux considérés comme déficients, présentant par exemple un développement anormal du bois ou des signes de faiblesse physique.
Des chasseurs présents sur le terrain pour la petite faune en période estivale
Au-delà du débat sur le grand gibier, les structures cynégétiques mettent également en avant la présence de chasseurs sur le terrain pendant l’été pour des actions liées à la petite faune. Ces activités peuvent inclure le suivi des populations de perdrix, de faisans ou de lapins, l’entretien de certains aménagements favorables aux espèces ou encore la surveillance des points d’eau en période de sécheresse. Les associations de protection animale considèrent en revanche que ces activités de suivi ne répondent pas à la question centrale du maintien des tirs estivaux sur le grand gibier, qu’elles contestent. Ce qui laisse à penser que la controverse autour de la chasse d’été s’inscrit dans un débat plus large sur la gestion de la faune sauvage et des équilibres agro-sylvo-cynégétiques. Reste que le cadre réglementaire qui autorise (ou pas) la chasse d’été repose sur des décisions préfectorales qui fixent les conditions d’exercice de la chasse en fonction des contextes locaux et des objectifs de gestion retenus, et non en fonction de la sensibilité de quelques militants.