Élevage avicole
Comment réduire la consommation d’eau potable de son bâtiment de volailles
L’eau était le fil rouge du Space 2026, à Rennes. Et pour cause : face aux tensions sur la ressource, toutes les filières d’élevage sont concernées, y compris l’aviculture. Abreuvement, lavage des bâtiments, brumisation : comment réduire les prélèvements sur le réseau d’eau potable sans compromettre la santé des volailles ? Léa Ottmann, chargée de mission santé animale à l’Itavie, a présenté plusieurs pistes pour mieux gérer cette ressource.
L’eau était le fil rouge du Space 2026, à Rennes. Et pour cause : face aux tensions sur la ressource, toutes les filières d’élevage sont concernées, y compris l’aviculture. Abreuvement, lavage des bâtiments, brumisation : comment réduire les prélèvements sur le réseau d’eau potable sans compromettre la santé des volailles ? Léa Ottmann, chargée de mission santé animale à l’Itavie, a présenté plusieurs pistes pour mieux gérer cette ressource.
En élevage avicole, l’eau ne sert pas seulement à abreuver les volailles. Lavage des bâtiments, brumisation : plusieurs postes pèsent sur la consommation, alors que la ressource se fait parfois plus rare. Et si une partie de ces besoins pouvait être couverte par l’eau de pluie ? Au Space 2026, à Rennes, où l’eau était le fil rouge, Léa Ottmann, chargée de mission santé animale à l’Itavie, a présenté des pistes pour réduire les prélèvements sur le réseau d’eau potable, sans faire de compromis sur la santé des animaux. «Se concentrer sur une seule source d’eau est dangereux. Des alternatives à l’eau du réseau apportent une sécurité dans les périodes sèches. L’enjeu est de bien identifier les usages de l’eau dans l’exploitation pour savoir sur lesquels il est possible d’agir», explique l’experte.
L’abreuvement, premier poste de consommation
Les données du projet Cerceau 2, mené entre 2022 et 2026, permettent de mieux cerner la répartition des consommations. Léa Ottmann avance les chiffres : «chez les poulets de chair, l’abreuvement représente 82 % de l’eau utilisée, contre 15 % pour le lavage et 3 % pour la brumisation. La consommation totale moyenne atteint 4,2 litres par kilogramme de poids vif. Chez les poules pondeuses, l’abreuvement représente également 82 % des volumes consommés. La brumisation compte pour 5 % et le lavage pour 13 %. La consommation moyenne s’établit à 217 ml par poule et par jour.»
Ces chiffres montrent où se situe le principal enjeu : la consommation d'eau de boisson ne peut évidemment pas être réduite au détriment de la santé et du bien-être des animaux. Il s’agit plutôt de préserver cet usage prioritaire tout en identifiant les besoins qui pourraient être couverts par une autre ressource.
Récupérer l’eau de pluie pour le lavage
Première piste : valoriser les eaux de toiture. Collectée puis stockée dans une installation adaptée, l’eau de pluie peut servir au lavage des bâtiments et, sous certaines conditions, à l’abreuvement des animaux. «La récupération des eaux pluviales suppose de dimensionner le stockage en fonction des besoins de l’exploitation, de la surface de toiture disponible et de la pluviométrie locale. Le volume récupérable ne sera pas le même d’un élevage à l’autre», prévient Léa Ottmann.
Deux solutions sont notamment envisageables : la citerne souple, installée au sol, et la cuve enterrée. La première présente l’avantage d’une installation rapide, avec peu de terrassement. La seconde protège davantage l’eau des variations de température et des rayons ultraviolets, mais nécessite des travaux plus importants. «Avant d’investir, il faut partir des besoins réels de l’élevage et de la capacité de collecte des toitures. L’objectif est de disposer d’un volume cohérent avec les usages que l’on souhaite couvrir», indique la chargée de mission.
Le projet Cerceau 2 rappelle également plusieurs points de vigilance : vérifier les matériaux de couverture et l’état des gouttières, prévoir une filtration en amont du stockage et évacuer, si nécessaire, les premières eaux de pluie, plus chargées en contaminants. La cuve doit être opaque et fermée pour limiter le développement des algues et des micro-organismes.
Pas d’eau de pluie sans contrôle
Peut-on utiliser cette eau pour l’abreuvement ? «La réglementation l’autorise, mais c’est exclu de certains cahiers des charges», prévient l’experte. Elle ajoute que l’eau de pluie n’est pas une eau potable par définition. «Avant de l’utiliser pour les animaux, il faut s’assurer que sa qualité est maîtrisée et que le traitement choisi est adapté.» Les analyses réalisées dans le cadre du projet Cerceau 2, entre janvier 2024 et janvier 2026, sur six sites d’élevage montrent que la qualité bactériologique des eaux de pluie brutes est variable. Une contamination peut également augmenter après stockage, notamment en raison de l’accumulation de dépôts et du développement de biofilms dans les équipements et les canalisations.
Il faut donc mettre en place un traitement biocide avant toute utilisation en abreuvement ou en lavage. «Plusieurs dispositifs sont possibles, selon la qualité de l’eau, les volumes à traiter et les caractéristiques de l’installation : rayonnement ultraviolet, chloration, dioxyde de chlore, peroxyde d’hydrogène ou électrolyse.» Chaque méthode présente ses avantages et ses limites. Les ultraviolets (UV) désinfectent l’eau sans ajouter de produits chimiques, mais leur efficacité diminue si l’eau est trouble ou si la lampe est encrassée. Le peroxyde d’hydrogène offre une action désinfectante efficace, mais son coût de fonctionnement est plus élevé et sa stabilité peut poser problème. Le dioxyde de chlore agit sur les biofilms et conserve une action résiduelle, mais nécessite un investissement important et des précautions de manipulation. La chloration, plus accessible à l’installation, reste sensible au pH de l’eau et peut entraîner la formation de sous-produits indésirables. Enfin, l’électrolyse, avec ou sans membrane, permet de produire un désinfectant sur place et d’agir sur les bactéries et les biofilms, mais demande un investissement initial conséquent et un entretien adapté. Le choix dépend donc de la qualité de l’eau, des volumes à traiter et des contraintes sanitaires de l’élevage.