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Conseil des ministres européen : le compte n’y est pas

Atmosphère de siège, le 7 septembre à Bruxelles, lors de la manifestation qui a réuni près de 7 000 agriculteurs et 1 500 tracteurs.

Délégations d’agriculteurs venus manifester à Bruxelles.
Délégations d’agriculteurs venus manifester à Bruxelles.
© AAP

Il y a avait bien entendu un fort contingent de Français venus surtout du nord et de l’est de la France, mais aussi beaucoup de Belges Flamands et Wallons, des Allemands et de fortes délégations venues de tous les pays de l’Union. Les autorités belges avaient déployé un important dispositif de sécurité pour contenir les manifestants et bloquer l’accès du Justus Lipsius, le siège du Conseil des ministres de l’Union européenne. Ce qui n’a pas manqué de suscité une tension extrême.
La police belge a fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eaux pour empêcher les manifestants de forcer les barrages. Ceux-ci ont répliqué par des feux de pneus, des jets de paille et d’œufs. Réunis à l’appel du Copa-Cogeca, les agriculteurs étaient venus faire pression sur les ministres de l’Agriculture en Conseil exceptionnel, à la demande de la France. Comme à Paris quelques jours plus tôt, les mêmes revendications traversent l’Europe : «moins de normes et plus de prix».

500 millions d’euros
Pour répondre à la détresse des agriculteurs, le commissaire Jyrki Katainen, le vice-président en charge de l’investissement qui a remplacé le commissaire à l’Agriculture, Phil Hogan, malade, n’a mis sur la table qu’une enveloppe de 500 millions d’euros. Et encore s’agit-il que d’un retour aux agriculteurs d’une partie de l’enveloppe des pénalités versées pour dépassement des quotas en 2014-2015, qui devrait atteindre près de 900 millions d’euros.
Bruxelles a écarté la possibilité d’un relèvement du prix d’intervention de la poudre et du beurre qui était réclamé par la France, la Belgique et l’Espagne. La Commission européenne ne déroge pas à son credo libéral.
Pour l’exécutif européen, l’intervention sur les marchés n’est plus de mise. Il a préféré de vagues mesures de stockage privé pour la poudre de lait, le fromage et le porc et des aides supplémentaires à la promotion à l’exportation inscrites dans le budget 2016, en attendant que les prix remontent et que la crise passe…

Les autres décisions
Le Conseil s’est également prononcé en faveur d’une anticipation du versement au 16 octobre de 70 % des aides directes de la PAC, ainsi que des enveloppes du développement durable, au lieu du mois de décembre. Sur la gestion des marchés, les ministres ont donné leur accord à une relance du stockage privé pour le porc, le fromage et la poudre de lait, avec de nouvelles mesures «améliorées», comme des aides plus élevées et/ou une période de stockage plus longue.
En outre, des fonds supplémentaires sont prévus pour la promotion des produits agricoles dans les pays tiers. Outre des fonds supplémentaires, le taux de cofinancement serait rehaussé (de 50 % à 70 %). Enfin, l’exécutif européen travaille également à la suppression des barrières non tarifaires à l’export et cherche à ouvrir son accès à certains marchés.

Une forme de mépris
Pas de quoi satisfaire le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, qui s’est montré très déçu à l’issue du Conseil. «Nous pensons toujours que la bonne mesure est un relèvement du prix d’intervention», a-t-il déclaré. Le Copa-Cogeca, à l’initiative de la manifestation des agriculteurs, estime que la décision des ministres est «bien loin du compte».
Pour sa part Xavier Beulin a reçu les conclusions du Conseil comme «une forme de mépris», à la fois de la Commission et du Conseil des ministres. Ce dernier doit se réunir une nouvelle fois, en session informelle, le 15 septembre, pour préciser les modalités de répartition de l’enveloppe des 500 millions d’euros entre les Etats membres.

REACTION

Laurent Degenne, président de la Frsea Picardie

«L’Europe n’a fait qu’une réponse médiatique»


Après Paris, la mobilisation des agriculteurs et de la Fnsea et JA n’a pas faibli à Bruxelles. Merci à chacun pour son engagement, et d’autant plus dans cette période de travail intense et d’enchaînement d’actions syndicales.
Nous sommes venus à Bruxelles pour demander que la politique agricole soit bien plus structurée et qu’un encadrement des marchés soit mis en place, avec un minimum de régulation. De même, nous demandons une harmonisation sociale, fiscale, normative, environnementale, de traçabilité et d’étiquetage des produits. Telles sont nos revendications.
Au final, l’Europe n’a fait qu’une réponse médiatique. C’est bien mal connaître la problématique agricole française, et même européenne. Force est de constater qu’il y a une véritable méconnaissance de la détresse dans le secteur de l’élevage, pour ne pas dire que cette méconnaissance s’apparente à un désintérêt. La méconnaissance de la demande structurante des filières est tout aussi flagrante, de même qu’une absence de vision et de réelle stratégie d’une politique agricole. Bref, ce que l’on veut, c’est avoir une Politique agricole commune digne de ce nom, en capacité de réagir face aux événements politiques, géopolitiques, climatiques et économiques.
Au vu de l’actualité de ces derniers jours, je m’interroge sur ce qu’il aurait fallu pour faire réagir les gouvernements. Aurait-il fallu un carnage à Bruxelles ou médiatiser les drames qui se déroulent en silence dans la profession ou une photo choc pour que les gouvernements prennent le sujet de l’agriculture à bras-le-corps ?

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