Écho des moissons
Dans le Vimeu-Ponthieu, une moisson 2026 express au bilan amer
Une réunion post-moisson a été organisée par la coopérative agricole Noriap le 28 juillet, dans la commune de Contre. Entre baisse des rendements, vagues de chaleur et sécheresse : décryptage d’une récolte 2026 décevante pour les céréales.
Une réunion post-moisson a été organisée par la coopérative agricole Noriap le 28 juillet, dans la commune de Contre. Entre baisse des rendements, vagues de chaleur et sécheresse : décryptage d’une récolte 2026 décevante pour les céréales.
“La réunion d’aujourd’hui est exceptionnelle par sa temporalité”, introduit Géraldine Poiret, cheffe de région Vimeu-Ponthieu chez Noriap, devant une quarantaine d’agriculteurs. Tous se sont rendus ce 28 juillet, à Contre, pour un bilan post-moisson du secteur Vimeu-Ponthieu. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle fut express avec une récolte réalisée en seulement sept à huit jours. Mais rapidité ne rime pas avec quantité, surtout en agriculture. “Cette année, près de 290 000 tonnes ont été collectées contre environ 330 000 en 2025, soit à peine 88 % de la récolte précédente”, poursuit Géraldine Poiret.
En l’espace d’une journée, la coopérative agricole a enregistré des pics de réception pouvant atteindre 30 000 tonnes. Cependant, les volumes récoltés sont restés inférieurs aux engagements et aux références contrats de 8,5 t/ha.
La qualité du grain, quant à elle, n’a pas été impactée par les fortes chaleurs, avec un poids spécifique supérieur à 80 et un bon niveau de protéines.
Coup de massue pour les céréales…
Les vagues de chaleur et de sécheresse intenses sont en grande partie responsables de rendements très hétérogènes en blé. “C’est frustrant car, jusqu’au 20 mai, le potentiel était jugé exceptionnel. Le point positif que l’on a pu tout de même constater, c’est la faible présence de maladies”, explique Philippe Pluquet, responsable technique productions végétales chez Noriap. Face à ces épisodes climatiques, l’accent est mis sur le progrès génétique.
Des essais menés par la coopérative montrent un gain moyen de 0,46 quintal par hectare et par an, confirmant l’intérêt de sélectionner des variétés toujours plus résistantes. “Pour les premiers semis, le mélange King Kong, Pondor et RGT Arpeggio reste une référence. Pour les deuxièmes semis, Thermidor, Intensity et SU Pulsion ont de très bons taux de rendement, avec de nouvelles variétés prometteuses comme KWS Foudre, Kaktus et Funny”, détaille Philippe Pluquet.
Du côté de l’escourgeon, le bilan est à la limite de la déception. Les rendements ont été pénalisés par un épisode de froid autour du 20 avril, durant la méiose, et un échaudage fin mai. Certaines variétés ont toutefois été performantes, comme SY Coopernic, Fastnet ou encore Loona.
…mais bonne surprise pour le colza
À l’issue de cette moisson, le constat est formel : coup dur pour les céréales. Mais une culture a su tirer son épingle du jeu : le colza. Avec des rendements souvent compris entre 40 et 50 q/ha, l’oléagineux a bénéficié d’une floraison favorable et d’un bon rayonnement pour la deuxième année consécutive. Parmi les variétés les plus performantes en craie figurent LG Adrenalin, Bessito et Domingos.
Pourtant, l’automne 2025 a marqué le retour en force des altises et des méligèthes, qui auraient pu avoir un lourd impact sur les rendements. La prévention contre ces ravageurs se fait dès le semis, rappelle Philippe Pluquet : “En semant de manière précoce, c’est-à-dire idéalement avant le 15 août, l’objectif est d’avoir un colza au stade six feuilles au 20 septembre. L’apport de matière organique ou de phosphore protégé au semis constitue également un atout.”
“La solution est avant tout dans le sol”
Si cette année n’a pas été épargnée par le climat, elle rappelle l’enseignement suivant : l’action pédologique est primordiale. Pour Quentin Denorme, agronome pour le groupe Noriap, l’un des premiers leviers consiste à améliorer le complexe argilo-humique. “Il faut travailler avec l’humus qui peut stocker dix fois son poids en eau”, rappelle-t-il. L’enjeu reste de limiter le dessèchement en reverticalisant le sol et en y apportant de la matière organique à Ismo élevé (Indice de stabilité de la matière organique) : compost ou fumier composté par exemple.
Concernant les couverts végétaux, leviers de préservation de la qualité des sols, l’agronome recommande cette année de ne pas se précipiter dans les semis : “Il vaut mieux attendre plusieurs épisodes pluvieux afin de bénéficier d’un sol humidifié sur 3 à 5 cm, condition indispensable à une bonne levée.” Si les semis interviennent plus tardivement (fin septembre par exemple), il conseille de privilégier le trèfle à la vesce, une espèce plus adaptée à ces conditions d’implantation.
Des incertitudes géopolitiques qui planent sur les marchés mondiaux
À l’échelle mondiale, les marchés céréaliers restent marqués par un équilibre fragile entre une offre importante et une demande moins dynamique. La consommation de blé ralentit et limite les perspectives de hausse durable des prix.
Les tensions en mer Noire continuent également d’influencer les échanges. Les bombardements et les attaques de drones russes ont provoqué une remontée des cours, avant un repli lié aux potentielles perspectives d’accords.
Du côté du maïs, la production mondiale est en recul, accompagnée par une demande légèrement à la baisse. Les acteurs du marché restent donc attentifs à l’évolution des récoltes et aux décisions des grands pays exportateurs.