Alimentation animale
Déficit fourrager : comment adapter les rations hivernales pour les ruminants ?
Sécheresse et épisodes caniculaires ont mis en défaut la production d’herbe dans bon nombre de territoires. L’hiver qui arrive s’annonce compliqué pour la majeure partie des éleveurs, qui puisent depuis plusieurs mois dans les stocks pour alimenter leur troupeau. Le point sur les adaptations qui s’imposent.
Sécheresse et épisodes caniculaires ont mis en défaut la production d’herbe dans bon nombre de territoires. L’hiver qui arrive s’annonce compliqué pour la majeure partie des éleveurs, qui puisent depuis plusieurs mois dans les stocks pour alimenter leur troupeau. Le point sur les adaptations qui s’imposent.
Avec l’utilisation des stocks de fourrages initialement prévus pour passer l’hiver, combinée à des rendements en maïs fourrage très médiocres, les réserves pour l’hiver s’annoncent d’autant plus tendues. Les rendements des maïs sont déficitaires de 15 % et peuvent chuter jusqu’à 70 % dans les cas les plus défavorables et notamment dans des parcelles ensilées très précocement, début juillet, à la suite d’un arrêt total du développement de la plante. Outre cette perte de biomasse, la qualité du maïs ne sera probablement pas au rendez-vous, en raison du faible nombre d’épis par plante ou de grains par épi.
Par ailleurs, les fauches d’automne vont probablement être très rares cette année, à l’exception peut-être de certains secteurs bien arrosés fin août-début septembre.
Dans un contexte de manque de fourrages, l'utilisation d'une ration sèche à base de céréales et de paille constitue une solution efficace pour l'engraissement des animaux, notamment des jeunes bovins, à condition de respecter quelques règles essentielles.
Ration sèche à base de céréales et de paille
La base de la ration doit être constituée de céréales aplaties distribuées à volonté (blé, triticale, orge ou mélange composé de 40 % d’orge et de 60 % de blé), associées à une source azotée et à un apport suffisant de fibres. Les céréales ne doivent jamais être distribuées entières afin d'optimiser leur valorisation. La paille de blé, mise en libre-service permanent, est le fourrage le mieux adapté pour sécuriser le fonctionnement du rumen.
Pour sécuriser la ration, plusieurs complémentations sont possibles. Une formule simple pour des jeunes bovins Charolais consiste à apporter 1,7 kg de tourteau de colza par animal et par jour avec les céréales (7 kg). D'autres solutions existent : 0,9 kg de tourteau de soja et 2 kg de pulpe de betterave, 2 à 2,5 kg de tourteau de tournesol ou 2,5 kg de luzerne déshydratée. Au-delà de 3 kg de concentrés, il est nécessaire de passer à deux distributions par jour pour limiter les risques d’acidose.
La réussite de cette stratégie repose également sur une transition alimentaire progressive. Pour des broutards de 300 à 350 kg, il est recommandé de débuter avec 0,5 kg de céréales par jour puis d’augmenter la quantité de 0,5 kg tous les trois à quatre jours jusqu'à atteindre une consommation à volonté. Paille et eau doivent rester accessibles en permanence.
Enfin, prévoir 150 g de complément minéral et vitaminique par jour, enrichi en vitamine B1, afin de limiter les risques d'acidose.
Avec une conduite rigoureuse et un apport permanent de fibres, la ration sèche permet de préserver les stocks de fourrages tout en maintenant de bonnes performances d'engraissement.
La paille peut également être utilisée pour les rations des animaux d’élevage (génisses de deux ans et vaches en gestation ou en lactation) en remplacement d’une partie du fourrage. En fonction du taux de remplacement du fourrage par la paille, il sera nécessaire d’augmenter la complémentation en céréales et en tourteaux de colza. Sur des vaches en gestation, il est possible d’aller jusqu’à 4 kg de paille par jour (30-40 % du fourrage total). La paille peut alors être mise à disposition dans un râtelier et la distribution du fourrage rationnée au cornadis de manière journalière.