Politique
Eau et loi d'urgence : cinq anciens ministres de l'Agriculture dénoncent une loi « court-termiste »
À quelques jours de la commission mixte paritaire sur le projet de loi d'urgence agricole, cinq anciens ministres de l'Agriculture montent au créneau. Dans une tribune publiée le 9 juillet dans Le Figaro, Marc Fesneau, Stéphane Le Foll, Stéphane Travert, Guillaume Garot et Agnès Pannier-Runacher estiment que le texte adopté par le Sénat le 3 juillet fait fausse route sur la gestion de l'eau. Selon eux, l'avenir de l'agriculture passe par une politique de préservation de la ressource, et non par des réponses qu'ils jugent « simplistes et court-termistes ».
À quelques jours de la commission mixte paritaire sur le projet de loi d'urgence agricole, cinq anciens ministres de l'Agriculture montent au créneau. Dans une tribune publiée le 9 juillet dans Le Figaro, Marc Fesneau, Stéphane Le Foll, Stéphane Travert, Guillaume Garot et Agnès Pannier-Runacher estiment que le texte adopté par le Sénat le 3 juillet fait fausse route sur la gestion de l'eau. Selon eux, l'avenir de l'agriculture passe par une politique de préservation de la ressource, et non par des réponses qu'ils jugent « simplistes et court-termistes ».
Le débat autour du projet de loi d'urgence agricole continue de susciter de vives réactions. Après les organisations professionnelles favorables au texte, ce sont désormais plusieurs anciens responsables du ministère de l'Agriculture qui interpellent les parlementaires. Dans une tribune collective publiée jeudi 9 juillet dans Le Figaro, ils alertent sur les conséquences qu'aurait, selon eux, une remise en cause des équilibres actuels en matière de gestion de l'eau.
Les agriculteurs « premières victimes » du changement climatique
Les signataires partent d'un constat partagé : les épisodes de chaleur et de sécheresse se multiplient et frappent de plein fouet les exploitations agricoles.
« Les agriculteurs sont les premières victimes du dérèglement climatique », écrivent-ils, évoquant des « sols asséchés », des « récoltes entières anéanties » ou encore des troupeaux plus difficiles à abreuver.
Pour eux, cette réalité impose d'adapter les politiques publiques à une ressource qui devient de plus en plus rare. Ils rappellent que l'agriculture a besoin d'eau pour produire, mais estiment que la réponse ne peut pas reposer uniquement sur le développement des retenues de stockage.
Stockage de l'eau : un outil, mais pas une solution unique
Les anciens ministres ne remettent pas en cause le principe des ouvrages de stockage. Ils reconnaissent qu'ils peuvent constituer « une partie de la réponse » en valorisant les épisodes pluvieux importants.
En revanche, ils dénoncent ce qu'ils considèrent comme une illusion consistant à présenter ces infrastructures comme une réponse universelle. « Le stockage ne fabrique pas d'eau : le volume de cette ressource dépend du climat, de l'état des sols, des nappes et des rivières », rappellent-ils.
Ils mettent également en avant le rôle des zones humides dans le maintien du cycle de l'eau et estiment que leur dégradation fragiliserait encore davantage les territoires agricoles à moyen terme.
Une agriculture appelée à évoluer
La tribune insiste également sur l'évolution des systèmes de production. Les auteurs estiment que les exploitations devront poursuivre leur adaptation face au changement climatique, en développant notamment des pratiques agroécologiques, des sols plus riches en matière organique ou encore des cultures moins consommatrices d'eau.
Ils jugent également que « autoriser des pesticides interdits n'est pas une solution durable » et défendent des systèmes agricoles plus diversifiés, capables de mieux résister aux ravageurs et aux aléas climatiques.
Une critique directe du projet de loi
Au-delà des questions techniques, c'est bien le projet de loi d'urgence agricole qui est visé. Les signataires estiment que plusieurs dispositions adoptées par le Sénat remettent en cause l'équilibre actuel de la gouvernance de l'eau, fondée sur une gestion par bassin associant collectivités, agriculteurs et autres usagers.
Selon eux, supprimer ou affaiblir ce cadre ne ferait que déplacer les tensions autour d'une ressource de plus en plus convoitée.
Leur conclusion est sans ambiguïté : « Sans véritable politique de préservation de cette ressource de plus en plus précieuse, il n'y aura demain ni irrigation, ni élevage, ni agriculture viable. »
À quelques jours de la commission mixte paritaire, les cinq anciens ministres appellent donc les parlementaires à revoir le texte. Ils estiment que « nous n'avons pas besoin de solutions simplistes et court-termistes qui se retourneront contre les agriculteurs » et invitent députés et sénateurs à « défendre l'avenir de notre agriculture et de notre souveraineté alimentaire en refusant le simplisme et la caricature ».
La tribune est signée par Marc Fesneau, ancien ministre de l'Agriculture (2022-2024), Guillaume Garot, ancien ministre délégué à l'Agroalimentaire, Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture de 2012 à 2017, Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre déléguée à l'Agriculture, et Stéphane Travert, ancien ministre de l'Agriculture (2017-2018).