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Solidarité
Échanges paille–fumier : une synergie à redécouvrir dans un contexte tendu

Les liens historiques entre élevage et grandes cultures constituent un fondement de l’agronomie, même si la spécialisation des systèmes a distendu ces complémentarités.

Dans un contexte de hausse et de volatilité des prix des fertilisants minéraux, notamment de l’azote, les échanges entre éleveurs et céréaliers devraient revenir au premier plan. Pourtant, de nombreux éleveurs font face à une difficulté croissante d’approvisionnement en paille. La concurrence avec les usages alternatifs, le choix de préserver le maintien au sol ou simplement la volonté de ne pas se compliquer la vie contribue à tendre le marché.

Rappelons que les échanges entre exploitations d’élevage et exploitations de grandes cultures sont une solution pragmatique pour sécuriser l’accès à la paille et accéder à des fertilisants organiques en substitution partielle des engrais minéraux. Ils offrent une opportunité concrète de réduire la dépendance aux intrants extérieurs, tout en valorisant des ressources disponibles à proximité. Mais leur réussite repose sur une bonne connaissance de la valeur agronomique des produits échangés, de leur impact sur les sols et des règles qui encadrent leur utilisation.

Conséquence d’une exportation des pailles

Les pailles de céréales contiennent divers éléments fertilisants, notamment du potassium en quantité notable, mais également de l’azote, du phosphore et du soufre. À cela s’ajoute une proportion importante de carbone, qui contribue à l’entretien du stock de matière organique. C’est également une source d’alcalinité.

Le tableau n°1 présente des valeurs moyennes de teneurs en éléments fertilisants pour les pailles de céréales.

Si on considère un rendement en paille exportable de l’ordre de 4.5 t/ha pour du blé, cela représente donc un peu moins de 30 unités d’azote, moins d’une dizaine d’unités de phosphore et une cinquantaine d’unités de potasse.
Pour la potasse, le supplément de fertilisation induit par l’exportation des pailles sans compensation dépend de la situation et notamment de la richesse du sol.
Pour ce qui est de l’azote, cette perte apparente est largement à relativiser. En effet, la décomposition des pailles au cours de l’automne-hiver s’accompagne d’une organisation de l’azote minéral par les micro-organismes du sol (une vingtaine d’unités) : à court terme, l’exportation des pailles se traduit donc par une augmentation de l’azote minéral disponible pour la culture suivante.

Par contre, à long terme, l’exportation sans compensation des pailles peut, en fonction des situations (rotation, type de sol…) et de la richesse initiale du sol, conduire à un effet négatif vis-à-vis du stock de carbone du sol et diminuer le potentiel de fourniture d’azote par le sol. Mais on parle là de dizaines d’année.

Les engrais de ferme : une ressource fertilisante complète mais variable

Les effluents d’élevage, et en particulier les fumiers, présentent de nombreux atouts agronomiques. Ils apportent non seulement des éléments fertilisants majeurs (azote, phosphore, potassium), mais aussi de la matière organique, favorable à la fertilité physique et biologique des sols.

Le tableau n°2 présente des valeurs moyennes de teneurs en éléments fertilisants pour divers fumiers. Cependant, ces valeurs ne doivent être considérées avec précaution, la composition d’un fumier pouvant varier fortement en fonction du type d’animaux et de leur alimentation, des quantités de pailles utilisées en litière, du mode de stockage... Cette variabilité rend indispensable, la réalisation d’analyses.

Au-delà de leur composition, les engrais de ferme se distinguent par leur cinétique de libération des éléments. Contrairement aux engrais minéraux immédiatement disponibles, les éléments contenus dans les fumiers sont progressivement minéralisés. Pour l’azote, seule une fraction est disponible la première année, le reste étant libéré au fil du temps.
Les fumiers présentent donc un double intérêt : fournir des nutriments aux cultures dans la durée et contribuer à l’enrichissement du stock d’humus et à la vie du sol, avec des effets bénéfiques à moyen et long terme sur la fertilité et la résilience des sols.

Trouver l’équilibre économique : échange ou vente ?

La question du prix ou de l’équivalence entre paille et fumier est souvent au cœur des discussions. La paille et le fumier n’ont pas la même valeur fertilisante. Comme on l’a vue précédemment, une tonne de paille exporte notamment davantage de potassium qu’elle n’apporte d’azote, tandis qu’un fumier présente un profil nutritionnel différent, avec un apport plus équilibré en éléments.

Pour raisonner au mieux ces échanges, il est recommandé de :
• calculer la valeur des éléments fertilisants contenus dans chaque produit ;
• intégrer les coûts annexes (pressage, transport, stockage, épandage) ;
• tenir compte de la qualité réelle des produits.

Des outils existent pour accompagner cette démarche, comme les calculettes proposées par la Chambre d’agriculture de l’Aisne (envoyée sur demande) ou par Arvalis (https://paille-fumier.arvalis-infos.fr), qui permettent d’objectiver les équivalences et de sécuriser les accords entre partenaires.

Des règles à respecter : un cadre réglementaire à ne pas négliger

Les échanges de fumier s’inscrivent dans un cadre réglementaire précis, en particulier dans notre région qui est concernée par la directive nitrates.

Plusieurs obligations doivent être respectées :
• la mise en place d’un bordereau d’échange ou de livraison, garantissant la traçabilité des flux ;
• le respect du calendrier d’épandage, qui définissent les périodes autorisées ;
• l’application des règles de distance vis-à-vis des habitations, des cours d’eau ou des points de captage.

Pour les élevages classés au titre des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), des exigences supplémentaires s’appliquent, notamment en matière de plan d’épandage.

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