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Emploi : agriculteur samarien cherche salarié «mouton à cinq pattes»

Employeur exigeant, salaires peu élevés, autres secteurs plus attractifs… Les offres ne manquent pas dans la Somme, mais les candidats ne se bousculent pas.

© AAP

Le mouton à cinq pattes. Voilà le profil type du salarié agricole recherché dans la Somme. «Les agriculteurs veulent quelqu’un hyper qualifié, avec des horaires très souples, mais un tout petit salaire», précise Antoine Roisin, responsable de la bourse de l’emploi à la Chambre d’agriculture de la Somme. Voilà qui expliquerait, en partie, que trois offres sur dix ne soient pas pourvues dans le département.
Huit mille salariés permanents seraient en contrat actuellement, et autant le sont en saisonnier. Les principaux postes sont dans les filières élevage, pommes de terre, endives, légumes de plein champ ou encore arboriculture. Dans tous ces domaines, le turnover et les nouvelles demandes font que, régulièrement, les offres d’emploi tombent. Selon l’enquête «Besoins en main-d’œuvre 2018» de pôle emploi, 2 378 projets de recrutement seraient en cours dans la Somme, dont 28,6 % de difficulté à recruter, mais 90,6 % de ces offres sont des emplois saisonniers. Agriculteurs salariés, maraîchers, horticulteurs et conducteurs d’engins agricoles sont les plus recherchés.
La bourse de l’emploi, elle, en reçoit environ soixante-dix par an, dont la moitié en CDI. Et cette année connaît une crise de recrutement particulière. «Voilà sept ans que je propose des candidats aux agriculteurs employeurs, et je n’ai jamais eu autant de mal, confie Sylvie Caval, de la bourse de l’emploi. Alors que d’habitude je trouve une vingtaine de postulants, cette année, je peine à en présenter trois ou quatre.»
Les raisons seraient multiples. Tout d’abord, les personnes se tournent vers les travaux publics,  en plein essor en ce moment, qui présentent plus d’avantages, avec des comités d’entreprises, des primes, des horaires fixes et des salaires plus élevés. Christian Grégoire, président de l’Association des salariés agricoles des Hauts-de-France, ajoute d’ailleurs que «les salaires ne sont souvent pas le reflet des responsabilités que peuvent avoir les employés agricoles. Pour pulvériser, par exemple, il faut passer le Certiphyto. Et cela n’est pas valorisé.» A cela s’ajoute l’absence de treizième mois dans la Somme.

Voir le verre à moitié plein
Pour Antoine Roisin, il s’agit pour-tant de «voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.» «Un salarié est une charge financière, c’est vrai. Mais il ne faut pas oublier que la première raison de l’embauche est de pouvoir gagner plus d’argent. Et pour gagner plus d’argent, il faut une personne qualifiée, donc rémunérée à sa juste valeur.»
Ensuite, «on ne s’improvise pas patron. Certains veulent embaucher pour remplacer le coup de main des parents qui partent à la retraite. Seulement, on ne se conduit pas avec un salarié comme avec sa famille.» Des formations «d’employeur pour les nuls» ne pourraient-elles pas être une solution ? Les quelques dates proposées n’ont en fait pas séduit… «Le sujet ne paraît sans doute pas sexy, et se former en tant que patron nécessite de se mettre à nu et de se remettre en question. Pas évident.»
L’agriculture souffre également d’une mauvaise image, faute de bonne communication : travail pénible, peu valorisant et peu moderne. «Alors qu’en réalité, c’est tout le contraire. Technologiquement, nous n’avons rien à envier aux autres secteurs, et la mécanisation fait que les contraintes physiques sont beaucoup plus souples qu’à une époque. Mais on ne sait pas se vendre.»

Vendre du rêve
Comment pourrait-on inverser la tendance ? «Les agriculteurs doivent vendre du rêve à leur salarié  !» Une des avancées principales : la mise en place d’une complémentaire de santé des salariés agricoles et d’une prévoyance santé en 2010, pour lesquelles a bataillé Marc Droy, responsable de la commission main-d’œuvre de la FDSEA de la Somme. «L’employeur prend en charge 50 % de la complémentaire santé et deux tiers de la prévoyance, explique-t-il. Mais surtout, la couverture est très bonne, grâce à une négociation commune de l’employeur et du salarié avec l’assurance. Cela a aussi l’avantage de renforcer les liens entre eux.»
La clé d’une relation employé-employeur réussie est d’ailleurs la bonne communication, pour une bonne ambiance au travail. «L’entretien individuel, par exemple, doit être fait tous les ans, conseille Antoine Roisin. Il permet de faire le bilan des satisfactions et attentes de chacun. Un bon management repose aussi sur l’anticipation des horaires, des congés…» Enfin, certains agriculteurs n’hésitent pas à mettre des dispositifs en place pour fidéliser, comme, par exemple, laisser un droit de chasse l’hiver. Le salarié se sent ainsi gratifié. «Des outils de ce genre sont à imaginer et à développer.»

«Aimer son métier», condition indispensable

«Pour être un bon salarié agricole, il faut absolument aimer son métier. Sinon, mieux vaut changer de voie.» Christian Grégoire, président de l’Association des salariés agricoles des Hauts-de-France, est franc. Même si certains avantages de la profession sont à souligner, comme le fait de travailler en extérieur et d’être assez libre, «on ne travaille pas dans une exploitation comme on travaille à l’usine.» Sous entendu, il faut être prêt à effecteur des horaires parfois décalées, travailler le week-end ou encore donner un coup de collier à la moisson.

Si les salaires et la non existence du treizième mois sont décriées, Marc Droy, responsable de la commission main-d’œuvre de la FDSEA de la Somme, assure pourtant que «la Somme est fait partie des départements qui offrent la plus grande ouverture de grille de salaire de France.» Autrement dit, les salariés agricoles samariens sont des privilégiés, avec 25 % de plus qu’un Smic horaire au minimum pour un employé au coefficient 42, le plus élevé, soit 12,38 Ä/h brut au tarif normal.
Pour atteindre ce niveau de rémunération, il faut cependant être qualifié et/ou grimper les échelons. Pour cela, un conseil d’Antoine Roisin, de la bourse d’emploi : «Il ne faut pas hésiter à changer d’exploitation.» C’est ce qu’a fait Christian Grégoire. Après une formation agricole, il est entré en tant que salarié en 1983 et à force de bonne volonté, est devenu cadre en 2000. «C’est ma deuxième entreprise, et je suis désormais chef d’exploitation.» Une carrière qui lui permet de s’épanouir pleinement dans son métier.

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