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EuroDairy : les éleveurs dévoilent les secrets de la résilience

EuroDairy en Hauts-de-France, c’est fini. Enfin presque. Après deux années, les huit exploitations pilotes et les chambres d’agriculture ont mis en place des outils pour diffuser la notion de résilience.

Les éleveurs ne connaissaient pas le terme de résilience. Pourtant, ils étaient tous à sa recherche.
Les éleveurs ne connaissaient pas le terme de résilience. Pourtant, ils étaient tous à sa recherche.
© EuroDairy

La résilience. Un mot amphigourique qui, pourtant, est une priorité pour les éleveurs laitiers. C’est pourquoi le groupe opérationnel EuroDairy Hauts-de-France, composé de huit fermes pilotes de systèmes et de tailles différentes, a planché sur le sujet avec les Chambres d’agriculture de la région. Ils faisaient un bilan de leur expérience, ce 18 décembre, lors du séminaire de clôture du projet.

Leur définition de la résilience : «C’est la capacité d’adaptation pour assurer la pérennité de l’exploitation, via des facteurs sociaux, économiques et environnementaux.» Des outils d’accompagnement (cf. encadré) ont été mis en place, pour que tous les éleveurs puissent s’approprier cette notion.

Chez Jean-Marc Burette, éleveur EuroDairy à Fleurbaix (62), la prise de conscience de la résilience a découlé de la baisse des prix du lait. «J’ai passé le bilan économique de l’exploitation en revue. J’étais à 115 /1 000 l d’alimentation. Aujourd’hui, je suis descendu à 84 /1 000 l, et les charges globales de la ferme ont diminué de 26 000 .» Une des clés était l’optimisation de la fumure du maïs. «J’ai ainsi obtenu des plantes plus robustes, j’ai diminué les engrais chimiques.»

Ces pratiques, il les met en place pour lui et pour ses enfants, qui aimeraient reprendre l’exploitation.Pour l’éleveur, la transmission est d’ailleurs un qualificatif de la résilience. «Les codes changent, et les jeunes expriment le besoin d’avoir des loisirs et des week-ends. Il faut adapter l’exploitation à cela, mais il faut aussi qu’elle soit viable économiquement et qu’elle permette de dégager un revenu.»

Une problématique sur laquelle les coopératives travaillent. «D’après une enquête que nous avons menée, 48 % de nos coopérateurs ont plus de cinquante ans. A nous de faire en sorte que la production puisse attirer les jeunes», annonce Jacques Quaeybeur, éleveur laitier à Clairfontaine (02), président de la coopérative Laitnaa.

Remise en question

L’importance d’une bonne relation entre le producteur et son client direct est donc primordiale. Et cela, dans n’importe quelle filière. En témoigne Eric Legras, producteur de légumes de l’Aisne et président de l’Unilet (interprofession des légumes en conserve et surgelés) : «Pour être résilient, il faut savoir répondre à l’attente de son client, qui n’est autre que celle du consommateur.» L’agriculteur a très vite fait entrer ce terme dans la réflexion de son exploitation. «A l’époque des quotas betteraviers, je me suis dit qu’il fallait que je diversifie mes cultures. C’était plus contraignant, mais cette réflexion à long terme m’a permis d’être résilient.»

D’autres changements sont envisagés. «Les aléas de demain résident surtout en l’évolution de la réglementation, notamment en termes de phytos pour notre filière. Nous devons nous demander comment nous pouvons continuer à nourrir en quantité les gens, tout en répondant à leurs attentes.» La remise en question est certainement un grand pas vers la résilience.

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Des outils pour évaluer la résilience

Savoir s’adapter pour assurer la pérennité de son exploitation est la problématique de tout agriculteur. Et pour que tous puissent mesurer leur résilience, EuroDairy Hauts-de-France a mis en place des outils.

L’un d’eux, nommé «2mains» (pour «être là demain en élevage laitier»), est une première étape de questionnement pour prendre du recul par rapport à sa ferme, en cinq volets : l’environnement, l’économie, la stratégie et le système, la technique, et l’humain et le social. Les questions sont, par exemple : existe-t-il un plan d’action ? Quel est le revenu disponible ? Ou encore, quel est l’impact de votre travail sur la santé ? Le tout est synthétisé dans un schéma.

La boîte à leviers, elle, est une véritable médiathèque en ligne (sur le site de l’APCA et bientôt sur les sites des Chambres d’agriculture de la région). Là encore, les cinq volets de la résidence sont explorés, via des vidéos, fiches techniques, etc. Des sensibilisations à la résilience sont faites auprès des jeunes des MFR et des lycées agricoles, des formations sont proposées aux agriculteurs… Le mot résilience finira peut-être par entrer dans le langage courant.

 

Trois questions à J.-M. Fournier, éleveur EuroDairy samarien

Avant EuroDairy, que signifiait pour vous la résilience ?

Je ne connaissais pas ce terme, mais ça s’est éclairci grâce au travail en groupe. On s’est en fait aperçu que nous étions déjà résilients sur certains points, comme l’anticipation de l’évolution de l’exploitation. Les bâtiments ont, par exemple, été construits avec la possibilité de les agrandir si besoin. Cela a été très utile pour mon installation en 2014, puisque la production est passée de 700 000 l de lait par an à 1,2 million de litres (120 laitières, ndlr).

Quels ont été les pistes de réflexion dans votre exploitation ?

Nous avons surtout réfléchi à l’organisation du travail. Se dégager du temps libre et pouvoir partir en vacances deux semaines par an a toujours été important pour nous. Un éleveur doit pouvoir prendre du recul. Et puis il fallait anticiper le départ à la retraite de mon père, en mars prochain. Nous avons embauché deux personnes depuis un an, le temps de leur transmettre le savoir. Des outils ont été créé pour faciliter la communication entre nous. On travaille avec un tableau, sur lequel toutes les informations sont notées : numéros des parcs des animaux avec les rations de chacun, ration individualisée des veaux… C’est un gain de temps et on limite les risques d’erreur.

Avez-vous tiré d’autres enseignements de ce projet ?

Les visites dans des élevages d’Angleterre, d’Allemagne et du Danemark m’ont permis de relativiser nos contraintes. Par exemple, le foncier est encore plus élevé ailleurs. J’ai aussi été surpris de voir qu’on ne parlait pas de famille à l’étranger. Sûrement parce que les éleveurs n’ont pas de temps à leur consacrer, car leur charge de travail est énorme. En France, on a encore la chance de parler d’élevage familial. Ces échanges, avec les éleveurs étrangers comme français, nous ont permis de nous rendre compte des atouts de notre exploitation. Cela me rend optimiste !

 

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