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Élevage bovin
Face au stress thermique, maintenir l’ingestion et les performances

Les épisodes de stress thermique deviennent plus fréquents et plus intenses. Chez la vache laitière, très sensible à la chaleur, ces périodes affectent directement les performances, en particulier via des perturbations profondes de l’ingestion et du fonctionnement digestif.

Saviez-vous que la température du rumen est supérieure de 1 à 2 °C par rapport à la température corporelle de la vache ? Ce sont les fermentations ruminales qui en sont responsables et qui rendent les bovins très sensibles au stress thermique. De plus, leur physiologie est peu efficace pour lutter contre la chaleur : faible sudation et capacités respiratoires très limitées (la capacité pulmonaire d’une vache est seulement de 12 litres — soit deux fois plus que celle d’un homme ).

Des réponses rapides… non sans conséquences

Lors des épisodes de chaleur, les vaches passent davantage de temps debout afin de maximiser les surfaces d’échanges entre l’air extérieur et leur corps. Cela s’accompagne d’une diminution de la sensation de confort des animaux et d’une augmentation de la production de l’hormone de stress (le cortisol). La santé des membres est aussi mise à mal par ces stations debout prolongées.

Dès les premières chaleurs, les vaches adaptent leur comportement : augmentation des fréquences respiratoire et cardiaque, réduction du temps de couchage et surtout modification du rythme et du niveau d’ingestion.

Un déficit énergétique difficile à compenser

La modification du rythme d’ingestion vise à réduire l’activité du rumen pendant les heures les plus chaudes. Les vaches consomment moins en journée et reportent en partie la prise alimentaire pendant les périodes plus fraîches (fin de nuit et début de matinée). Mais cela ne compense pas le déficit d’ingestion et la baisse varie de 10 à 35 % en fonction de l’intensité et de la durée du stress thermique. En parallèle, la vache boit des quantités d’eau importantes durant les heures chaudes afin de limiter la montée en température du rumen : en moyenne +20 % durant les périodes de stress.

Digestion et valorisation de la ration impactées

La modification du comportement alimentaire entraîne des perturbations profondes du fonctionnement du rumen :

• Réduction du temps de séjour des aliments dans le rumen entraînant une digestion moins complète et une baisse de la valorisation des éléments nutritifs.

• Diminution de la rumination et de la salivation avec baisse de l’apport en bicarbonate de sodium (moindre pouvoir tampon et risque accru d’acidose).

• Altération de la motilité (brassage des différents éléments constitutifs de la ration et des bactéries ruminales)

• Modification du microbiote ruminal.

Une baisse de production et de qualité

La baisse de production laitière observée en période de chaleur ne s’explique pas uniquement par la baisse d’ingestion (environ 30 % de l’impact). Elle résulte aussi de l’augmentation des besoins physiologiques (augmentation des fréquences respiratoires et cardiaques), de la moindre valorisation de la ration et de la diminution de l’absorption des nutriments.

L’impact du stress thermique sur le microbiote et le fonctionnement de la masse microbienne entraîne également une modification de la composition du lait. Les acides gras nécessaires à la production de lait et de matière utile ne sont plus synthétisés correctement par le rumen et la composition du lait s’en trouve modifiée. Le TP diminue (jusqu’à -2,5 points en cas de stress thermique important). Les caséines sont également impactées, dégradant la fromageabilité du lait produit durant ces périodes.

Plus les vaches sont productives, plus l’impact du stress est important. En effet, les baisses d’ingestion sont plus marquées chez ces animaux et les différents mécanismes du métabolisme digestif sont également plus impactés.

Des stratégies face au stress thermique

Face à ces impacts, l’adaptation de la stratégie alimentaire est essentielle dans l’objectif de maintenir l’ingestion et la valorisation de la ration.

• Augmenter l’accès à l’eau : +10 à 15 cm d’abreuvoir minimum par animal,

• Si possible, multiplier les distributions de la ration ou privilégier un apport en soirée, période plus fraîche

• Ajouter de l’eau dans la ration (2 à 5 litres en fonction de la MS moyenne) pour maximiser son appétence,

• Baisser la part de NDF et de cellulose pour concentrer la ration en énergie et en protéines afin de limiter les fermentations ruminales tout en maximisant les apports. Cependant, attention à conserver la structure nécessaire au bon fonctionnement du rumen,

• Prioriser des fourrages coupés courts (>15 mm) pour faciliter l’ingestion et limiter le besoin de fermentation ruminale et de rumination et limiter le tri de la ration.

Enfin, lors des périodes de chaleur, il ne faut pas négliger les vaches taries et en préparation au vêlage. En effet, un stress thermique prononcé durant la dernière phase de gestation altère la future lactation et la capacité de reproduction de la génisse à naître.

Le stress thermique agit avant tout comme un facteur de désorganisation du fonctionnement digestif chez la vache laitière. La baisse d’ingestion n’en est que la partie visible : c’est bien l’ensemble de la chaîne alimentaire — ingestion, digestion, absorption, métabolisme — qui est impacté. Dans ce contexte, la conduite alimentaire devient un levier stratégique majeur. L’anticipation et l’adaptation des pratiques permettent de limiter les pertes de production et de préserver la santé des animaux, en particulier dans un climat où ces épisodes sont appelés à se répéter.

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