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Filière avicole : une poule sur deux en élevages alternatifs à la cage d'ici 2022

La filière française des œufs a décidé de mettre les bouchées doubles pour tenir les objectifs qu’elle s’est fixés dans son plan de transition vers les élevages hors cages. Premier bilan.

Les coûts de production, en sortie d’élevages, seraient supérieurs d’environ 15 % pour le sol, de 22 % pour le plein air, d’environ 35 % pour le Label Rouge, et sont plus que doublés (+ 113 %) pour les élevages conduits 
selon les règles de l’agriculture biologique, selon les calculs du CNPO.
Les coûts de production, en sortie d’élevages, seraient supérieurs d’environ 15 % pour le sol, de 22 % pour le plein air, d’environ 35 % pour le Label Rouge, et sont plus que doublés (+ 113 %) pour les élevages conduits
selon les règles de l’agriculture biologique, selon les calculs du CNPO.
© P. le Douarin



L’interdiction des œufs coquilles issus d’élevages en cages à partir de 2022, promesse d’Emmanuel Macron, n’a pas été finalement retenue dans la loi Agriculture et alimentation, promulguée le 2 novembre dernier. Seule a été votéew l’interdiction de la mise en production de tout bâtiment nouveau ou réaménagé d’élevage de poules pondeuses élevées en cages. Un soulagement pour la filière.
Reste que, quelques mois auparavant, les principales enseignes de la grande distribution se sont engagées à arrêter la commercialisation de ces produits, le plus souvent à l’horizon 2020 pour les marques de distributeurs, et horizon 2025 pour les marques nationales comme Matines (à l’exception de Casino qui souhaite arrêter dès 2020, ndlr). Conclusion : entre les attentes sociétales et la pression de la grande distribution, la filière n’a d’autre choix que de s’engager dans la transition vers les élevages hors cages.
Lancé en 2015, le plan volontaire de transition vers les élevages hors cages a pour objectif d’atteindre une poule sur deux en élevages alternatifs à la cage aménagée d’ici 2022. En un an, de 2016 à 2017, le nombre de poules élevées au sol, en plein air ou en bio a bondi de plus de 13 %. Et près de deux poules sur cinq sont en élevage alternatif (37 %). Soit plus du double qu’en 2002 (16,5 %) et quatre points de plus qu’en 2016 (33 %). Si ce n’est pas le «grand bond en avant», pour paraphraser Mao Zedong, «la filière française avance à grands pas dans la transition et à une vitesse supérieure à ce qui était prévu», se félicite le CNPO, l’interprofession des œufs.
Reste que sur une production de 14,9 milliards d’œufs en France, 63,3 % correspondent encore à des œufs «standards», soit issus des élevages en cages, contre 35,2 % d’œufs de plein air, 10,2 % d’œufs bio, 6,4 % au sol et 5 % Label Rouge. Une fois cela dit, la part des poules pondeuses élevées en cages aménagées a, en quinze ans, chuté de vingt points, passant de 83,5 % en 2002 à 63,3 % en 2017. Mais, comme le suggère Claude Dumoulin, ancien directeur général de Matines, «pour atteindre l’objectif fixé, il faudra bien dix ans».

Une transition qui coûte cher
La stratégie de transition massive des élevages en cages vers les élevages alternatifs représente un coût non négligeable pour la filière française de l’œuf, à savoir un minimum de 277 millions d’euros afin d’arrêter la production de près de neuf millions de poules élevées actuellement en cages et mettre en place le même nombre de poules en systèmes alternatifs. Sans compter que les coûts de production des élevages dits alternatifs sont supérieurs à ceux des élevages en cages. Le CNPO estime que ces coûts, en sortie d’élevages, sont supérieurs d’environ 15 % pour le sol, de 22 % pour le plein air, d’environ 35 % pour le Label Rouge, et sont plus que doublés (+ 113 %) pour les élevages conduits selon les règles de l’agriculture biologique.
Et des coûts de production à la hausse avec l’augmentation des prix des matières premières, que ce soit les céréales ou les oléagineux, qui ont fortement augmenté cette année, et restent sous tension pour les mois à venir en raison des mauvaises récoltes et des conditions macroéconomiques défavorables. L’indice Itavi a ainsi augmenté de 16,6 % entre décembre 2017 et août 2018, équivalant à une hausse de prix de revient de l’œuf de 10 % en moyenne (l’aliment constituant 60 % du prix de revient de l’œuf). A cela s’ajoutent les hausses des coûts de transport et d’emballage. Aussi l’interprofession demande-t-elle une revalorisation rapide des prix de vente des ovoproduits et des œufs coquilles auprès des clients de la filière pour maintenir l’équilibre économique.
Et d’autant que, même si les éleveurs, qui avaient investi, cinq ans après la mise aux normes des cages, au 1er janvier 2012, retrouvent des capacités de financer de nouveaux projets, la viabilité économique de leurs exploitations restent fragiles. Comme le rappelle le président de la Confédération française de l’aviculture, Jean-Michel Schaeffer, «on ne change pas de production du jour au lendemain. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de temps». Du temps, mais aussi des hectares pour le passage en œufs alternatifs, sujet crucial s’il en est pour la transition, mais rarement énoncé. Autre risque : cette marche accélérée peut entraîner, au final, une désorganisation et une inadaptation entre l’offre et la demande.

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