France-Maroc : le match des agricultures
Ce soir, les Bleus retrouvent le Maroc sur la pelouse pour disputer un quart de finale de la Coupe du monde de football. Mais un autre match se joue depuis plusieurs années : celui de l'agriculture.
Ce soir, les Bleus retrouvent le Maroc sur la pelouse pour disputer un quart de finale de la Coupe du monde de football. Mais un autre match se joue depuis plusieurs années : celui de l'agriculture.
Entre la première puissance agricole européenne et un royaume devenu un acteur majeur des fruits et légumes, les styles sont différents, les atouts aussi. Qui remporte la rencontre ? Coup d'envoi.
La puissance de feu française
Dès le coup d'envoi, la France prend l'avantage. Avec 26,7 millions d'hectares de surface agricole utilisée (SAU) et 389 779 exploitations agricoles, elle demeure la première puissance agricole de l'Union européenne. Son agriculture représente 97 milliards d'euros de production et s'appuie sur une industrie agroalimentaire qui génère 373 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
Le Maroc évolue dans une autre catégorie. Le pays dispose de 8,7 millions d'hectares de terres cultivées, dont 18 % sont irrigués. L'agriculture y occupe une place stratégique dans l'économie et fait vivre près d'un tiers de la population active.
Premier point pour les Tricolores.
Deux philosophies agricoles
Les deux pays ne jouent pas le même football.
La France est la spécialiste des grandes cultures : blé tendre, orge, maïs, colza, betteraves sucrières, lait, viande bovine ou encore vins et spiritueux constituent le socle de sa production. Elle reste également le premier producteur européen de betteraves sucrières.
Le Maroc, lui, a construit sa réussite sur les productions méditerranéennes à forte valeur ajoutée : tomates, agrumes, fruits rouges, olives et primeurs. Son climat lui permet d'approvisionner les marchés européens lorsque les productions du nord du continent sont limitées.
Match nul.
L'eau, l'arbitre du match
C'est probablement là que se joue l'avenir.
En France, les sécheresses se multiplient mais les conditions climatiques restent globalement plus favorables.
Au Maroc, la dépendance à la pluie est beaucoup plus forte. L'État investit massivement dans l'irrigation localisée, le goutte-à-goutte et le dessalement de l'eau de mer afin de sécuriser les productions. Les 18 % de terres irriguées génèrent une part essentielle de la richesse agricole nationale.
L'avantage reste français, mais l'écart se réduit.
Tomates : le vrai derby
S'il existe un secteur où les deux agricultures se regardent droit dans les yeux, c'est bien celui de la tomate.
La production française destinée au marché du frais atteint près de 500 000 tonnes par an.
En face, le Maroc dépasse 1,2 million de tonnes et s'est imposé comme un fournisseur incontournable de l'Union européenne, notamment sur les tomates cerises. Les services du ministère français de l'Agriculture soulignent d'ailleurs que les importations marocaines ont fortement progressé ces dernières années et alimentent les inquiétudes de la filière française.
Sur ce terrain, les Lions de l'Atlas égalisent.
Commerce extérieur : expérience contre montée en puissance
La France conserve une longueur d'avance. Ses exportations agroalimentaires reposent sur les céréales, les produits laitiers, le sucre, les vins et les spiritueux, qui lui permettent de rester l'un des grands exportateurs mondiaux.
Le Maroc, lui, gagne chaque année du terrain sur les marchés européens grâce à ses fruits et légumes frais. Son modèle repose sur des coûts de production plus faibles, une forte réactivité commerciale et une capacité à fournir les marchés européens pendant l'hiver.
Verdict : la France gagne… mais le Maroc n'est plus un outsider
Au score final, la France s'impose. Sa surface agricole, sa puissance économique, son appareil de recherche, son industrie agroalimentaire et la diversité de ses productions lui permettent encore de conserver une nette avance.
Mais le Maroc a changé de dimension. En quelques années, il est devenu un concurrent crédible sur plusieurs productions à forte valeur ajoutée, au premier rang desquelles la tomate. Son développement oblige désormais les producteurs français à gagner en compétitivité plutôt qu'à regarder uniquement leur voisin du Sud.
Comme au football, le score final dépend finalement du terrain choisi. Sur les céréales, le lait ou les betteraves, la France l'emporte en revanche largement. Reste qu’en ce qui concerne les tomates d'hiver, les agrumes ou certaines primeurs, le Maroc fait désormais figure de redoutable challenger.
Score final : France 3 – Maroc 1.